Hervé Guibert par Eric Reinhardt : “Une forme d’urgence inexorable et impérieuse”

Eric Reinhardt
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© Francesca Mantovani/Gallimard
© Francesca Mantovani/Gallimard

“Quand j’ai commencé à écrire, ou plutôt à me rêver écrivain, mes contemporains capitaux étaient Samuel Beckett, Thomas Bernhard et Hervé Guibert, tous trois disparus à quelques mois d’intervalle (entre février 1989 et décembre 1991) au moment où je me mettais au travail sur ce qui allait devenir mon premier roman. Hervé Guibert, je l’ai découvert en 1985 avec Des aveugles, lisant dans la foulée les livres qu’il avait fait paraître antérieurement et continuant sans faillir avec les suivants (à La Hune où j’achetais mes livres, il n’était pas possible de rater la sortie d’un nouveau livre d’Hervé Guibert, une pile vous happait dès l’entrée, sur la toute première table).

Mais si je suis honnête, Hervé Guibert, je m’y étais attaché, j’aimais son univers, il y avait dans ses livres un charme et une délicatesse que je trouvais uniques, quelque chose d’à la fois impudique, sulfureux, raffiné, tenu, altier, risqué et aristocratique, mais je n’étais pas (je m’en souviens) fasciné au point de savoir le défendre comme il l’aurait fallu auprès d’un ami qui un soir s’était mis à critiquer son œuvre au café Le Bonaparte. Ses livres étaient comme des curiosités, des miniatures merveilleuses qui m’aimantaient, mais il n’avait pas pour moi par exemple la puissance de Thomas Bernhard, que je lisais passionnément à la même époque (comme le faisait d’ailleurs Hervé Guibert lui-même, je ne tarderais pas à le découvrir).

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