Images 3D : Au-delà du réel

Des maisons plus vraies que nature, des paysages à couper le souffle, du mobilier comme on en rêve… ne vous fiez pas aux apparences, de plus en plus de comptes Instagram mettent en ligne des lieux fantasmés. Décryptage.Quel est le point commun entre la maison sur l’eau de Benjamin Guedj et la villa troglodyte signée Charlotte Taylor, repérées sur Instagram ? Ces lieux n’existent pas. Sauf dans l’imagination de leurs concepteurs. Depuis quelques mois, des images virtuelles de maisons de rêve fleurissent sur les réseaux sociaux. Aux manettes, des graphistes, des artistes, des designers d’objets, des architectes d’intérieur rompus aux techniques de la 3D, qui conçoivent des endroits imaginaires hyperréalistes. Confinement oblige, l’envie d’évasion a pris une nouvelle tournure. « Il y a eu un engouement ces derniers mois pour les visuels 3D. La crise sanitaire du Covid-19 y est pour quelque chose, c’est certain. Toute la journée, on était tous penchés sur nos téléphones », rapporte Stefano Giacomello, basé à Montréal, dont le compte Instagram ( @stefo_rotolo) compte plus de 25 000 followers. Même son de cloche avec Benjamin Guedj ( @oursroux), 19 000 followers au compteur : « Les gens ont besoin de s’échapper vers un ailleurs, explique-t-il. La 3D permet de créer des images virtuelles qui font rêver. » Ces magiciens 3.0 gagnent leur vie en créant des visuels pour des marques ou en modélisant des intérieurs pour des studios d’architecture. Par ailleurs, ils conçoivent des espaces idylliques juste pour le plaisir. Leurs inspirations ? Ce qui les entoure, des éléments du réel (paysage, mobilier, matière…) ou d’autres sortis tout droit de leur imagination. Au point de susciter parfois de la confusion ! « Je me suis retrouvé dans une situation cocasse, raconte Benjamin Guedj. Il y a quelques semaines, un architecte d’intérieur a proposé un de « mes » canapés à l’un de ses clients et a donc voulu passer commande. Il a été un peu déçu quand je lui ai dit qu’il n’existait qu’en pixels ! » Résultat, Benjamin est en discussion avec un éditeur de mobilier pour donner vie à certaines de ses créations virtuelles. Au-delà de faire rêver les scrollers, ces comptes Instagram « ont permis de briser la barrière entre l’artiste et le client », se réjouit Charlotte Taylor, directrice artistique et créatrice du compte @maison_de_sable, qui comptabilise 178 000 abonnés. Et de décrocher des contrats ! « La crise sanitaire a normalisé l’idée du travail à distance, analyse Stefano Giacomello. Faire appel à un designer de l’autre côté de la planète est maintenant envisageable. » Preuve qu’à toute chose, malheur est bon.