Industrie pharmaceutique : l’impact des « cadeaux » aux médecins sur les ordonnances

Megaflop/shutterstock.com

Même si cette pratique est bien plus encadrée depuis l’affaire du Médiator, les médecins continuent de bénéficier de « cadeaux » de la part de l’industrie pharmaceutique. Ces avantages en nature ont-ils une influence sur leur travail ? Une étude française constate des ordonnances plus onéreuses et concernant des traitements considérés comme plus à risque par les praticiens bénéficiaires de ces largesses.

Depuis 2013, la base Transparence Santé créée après l’affaire du Médiator recense l’ensemble des cadeaux offerts par les labos pharmaceutiques aux médecins. Et la même année, un décret a durci la loi en la matière en rendant obligatoire la déclaration des avantages accordés. Ce qui a provoqué une baisse sensible de la distribution de ces présents, sous forme de voyages, de repas etc… Toutefois, ces derniers n’ont pas totalement disparu et des chercheurs français du CHU de Rennes ont souhaité étudier l’impact de ces cadeaux sur la pratique médicale. Et en particulier sur les ordonnances destinées aux patients.

Des prescriptions plus chères et plus à risque

Dans ce travail, les chercheurs se sont basés sur les données concernant 41 257 médecins généralistes du fichier Transparence Santé et du SNDS, le système national des données de santé. Résultat, les praticiens n’ayant bénéficié d’aucun cadeau prescrivent davantage de génériques d’antibiotiques, d’antihypertenseurs et de statines, comparé à ceux ayant reçu au moins un cadeau entre 2013 et 2016. Le coût pris en charge par l’Assurance-maladie est donc plus faible.

Autre constat, « ces médecins ont également rédigé moins d’ordonnances de benzodiazépines sur les 12 derniers mois comparés à ceux ayant perçu des cadeaux d’une valeur de plus de 240 euros en 2016 ». Ces molécules utilisées comme somnifères, calmants ou anxiolytiques, induisant un fort risque de dépendance, sont des médicaments à risque important. L’Inserm rappelle d’ailleurs qu’ils « font l’objet d’une surveillance renforcée car leur usage prolongé expose à un risque de tolérance pharmacologique, ainsi qu’à celui de dépendance psychique et physique pouvant se manifester par un syndrome de sevrage à l’arrêt du traitement ».

Ces résultats « suggèrent que les généralistes ne recevant aucun cadeau de la part de l’industrie du médicament prescrivent mieux et de manière moins onéreuse pour l’Assurance-maladie », concluent les auteurs.