INTERVIEW - Edgar Morin : "Il faut retrouver ces fêtes qui sont des moments de poésie"

·1 min de lecture

Vous avez toujours insisté sur l’importance de la dimension poétique de la vie. Nous fait-elle défaut, actuellement ?

E. M. Nous en avons besoin, plus que jamais. Nous sommes assaillis par des problèmes de plus en plus prosaïques, qui nous agressent. La dimension poétique de la vie, c’est être dans un sentiment de ferveur, de communion, que nous trouvons dans l’amitié, dans l’amour, dans la musique, les arts, la beauté des paysages… Tout ce qui nous donne une sorte de petite transe douce.

N’avez-vous pas l’impression que ces choses ne sont pas considérées comme importantes en ce moment ?

E. M. Elles ne sont pas considérées du tout. On ne voit dans l’humain que son aspect économique. L’Homo ludens, celui du jeu, de la gratuité, du don, est ignoré. On a oublié cette part poétique et on pense que la politique ne devrait pas s’en préoccuper. Celle-ci pourrait pourtant créer les conditions pour nous permettre de mieux nous épanouir.

La société de consommation ne semble pas très propice à ce que vous appelez de vos vœux...

E. M. Les jeunes, dans leurs fêtes, dans leurs rituels, trouvent le moyen d’atteindre ces états poétiques. Même aujourd’hui, dans la précarité qui les frappe. Ils font un apprentissage des difficultés qui leur servira peut-être plus tard. La plupart des générations ont connu ces états. La mienne a connu la guerre, l’Occupation, et ça nous aguerris. Dans la Résistance, on courait des dangers mais on se sentait bien dans sa peau parce qu’on faisait quelque chose (...)

(...) Cliquez ici pour voir la suite