Iris Brey : « L’inceste est le socle des dominations patriarcales »

© Bea Borgers

Pourquoi l’inceste est-il si répandu ? Quel est son rôle au sein de notre société ? Que cherchent les incesteurs ? Dans son nouveau livre « La Culture de l’Inceste » (Seuil), ouvrage collectif qu’elle dirige avec Juliet Drouar, Iris Brey a demandé à des chercheuses, universitaires et militantes féministes de réfléchir aux arcanes de ce fléau. Un éclairage passionnant.

ELLE. Votre ouvrage s'intitule « « La culture de l'inceste ». Qu’entendez-vous par là ?

Iris Brey. De la même manière qu'on a parlé de culture du viol pour expliquer que cela n’arrivait pas qu’à certaines femmes tard dans la nuit mais que cela s’inscrivait dans un système de domination et de violence, il ne faut plus penser l'inceste comme le fait de quelques individus de manière sporadique. L'inceste structure la société, il est le socle des dominations patriarcales, comme l’explique dans notre ouvrage l’anthropologue Dorothée Dussy.

ELLE. Selon vous, au regard des chiffres, on ne peut plus considérer l'inceste comme un tabou mais comme une norme. C'est un point de vue très fort …

I.B. Comment peut-on parler de l'inceste comme d’un tabou alors que cela se produit dans tous les milieux sociaux et qu’il concerne une personne sur 10 , soit trois ou quatre élèves par classe en France. Dire que c’est un tabou nous empêche de le penser.

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ELLE. N’est-ce pas le fait de révéler l’inceste qui est tabou ? 

I.B. Non, parce qu'en réalité les enfants parlent et les adultes ne veulent pas ou ne peuvent pas l'entendre. Et puis, il y a la difficulté liée à la mémoire traumatique : on ne parvient pas parfois à retrouver les traces de l'inceste de manière assez claire et, même une fois l'adulte, c'est très difficile de pouvoir en parler.

ELLE. Selon...

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