Le Japon rêve de « nouvelles hauteurs » après la victoire contre l'Espagne

Les rues de Tokyo bondées pour le match Japon-Espagne. (K. Kyung-Hoon/Reuters)

La victoire du Japon contre l'Espagne (2-1), qui qualifie les Nippons pour les huitièmes face à la Croatie (lundi, 16 heures), a été très suivie malgré l'heure nocturne à Tokyo. La presse rêve déjà de voir les Samouraïs bleus disputer un premier quart de finale en Coupe du monde.

La quasi-totalité du pays était déjà debout à quatre heures du matin, heure de Tokyo, quand l'arbitre M. Gomes a sifflé le coup d'envoi de ce Japon-Espagne haletant. La veille, dans les journaux télévisés, les employés de bureau montraient fièrement leur sac de couchage apporté sur leur lieu de travail, fin prêts pour un voyage au bout de la nuit. Ce vendredi matin, les journaux ont annoncé une part de marché de 17 % sur le diffuseur hertzien exclusif FUJI TV, loin du record d'audimat de l'année réalisé dimanche soir à 19 heures contre le Costa Rica (43 % de part de marché). Le chiffre reste toutefois phénoménal pour une partie en pleine nuit.

Nombreux ont été donc les hommes et femmes, enfants et grands-parents qui ont des petits yeux ce vendredi matin, le regard embrumé mais émerveillés lorsqu'ils ont découvert les titres des journaux pendus aux kiosques du métro de la capitale et dans les konbini (supérettes) de tout le pays : le quotidien national Asahi a sobrement titré en première page « le football japonais vers de nouvelles hauteurs », alors que l'objectif demeure d'atteindre pour la première fois les quarts de finale.

Le journal a insisté sur l'exploit retentissant constitué par les deux victoires face à deux immenses pays de football que sont l'Allemagne et l'Espagne. Jusqu'ici, les samouraïs bleus n'avaient inscrit à leur tableau de chasse mondialiste (première qualification en 1998) que des pays au moindre palmarès (Russie, Tunisie, Cameroun, Danemark et Colombie).

Le journal sportif Nikkan Sports s'est montré plus romantique avec le titre « La victoire sur un fil, à quelques millimètres » en référence au but vainqueur validé après vérification du VAR, alors que le ballon semblait sorti du terrain avant la passe décisive de Kaoru Mitoma pour Ao Tanaka.

Selon Keiji Tamada, buteur contre le Brésil à la Coupe du monde 2006 et commentateur de la chaîne ABEMA TV, le héros s'appelle Ritsu Doan, le milieu de 24 ans déjà buteur miraculeux contre l'Allemagne. Il est le symbole et le leader de la nouvelle génération nipponne sans complexe qui a été en demi-finales des JO de Tokyo l'année dernière, comme ses compères Kubo, Mitoma, Maeda ou Tanaka. Il ne faut pas oublier Junya Ito, le Rémois, comme le souligne le journaliste Yoshihiro Iwamoto du magazine Real Sports : « la façon dont il a bousculé l'arrière espagnol Balde sur le but égalisateur, provoquant le deuxième ballon que récupère Doan, m'a rappelé Olive et Tom » rigole-t-il de bon coeur.

En huitièmes pour la quatrième fois de leur histoireC'est donc la troisième fois que le Japon jouera la Croatie en Coupe du monde après 1998 (0-1, but de Davor Suker) et 2006 (0-0). Ils s'attaquent à la montagne des huitièmes de finale pour la quatrième fois (défaite contre la Turquie en 2002, le Paraguay en 2010 et la Belgique en 2018), avec un vent de folie qui prend tout l'archipel. Dans le quotidien Sunspo, Yasutaro Matsuki, ancien entraîneur de l'âge d'or des Tokyo Verdy (premiers vainqueurs de la J-league en 1993), a prédit « un combat âpre, où il faudra contenir les éclairs de génie de Modric » si possible avec un marquage à la culotte d'Endo ou Morita.

Quant au tabloïd Sponichi, il a pris tout le monde à revers avec une première page présentant les trois prochains candidats au poste d'entraîneur national pour les quatre prochaines années : « Joachim Löw, Marcelo Bielsa ou Roberto Martinez, le Japon change de catégorie ». En effet après cette parenthèse cent pour cent japonaise de quatre ans et demi, de Nishino à Moriyasu, le Japon va sans doute renouer avec un nom étranger. Avant peut-être la glacière de Bielsa, il faudra « mettre Modric au frigo » dixit Matsuki, en route vers un quart de finale historique contre le Brésil ? Réponse lundi soir, minuit heure d'Osaka, pour une nouvelle nuit blanche... et bleue.