Jean-Pascal Zadi : “Ce n’est pas l’école qui m’a appris l’histoire des Noirs français”

Théo Ribeton
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Personne n’aura sans doute connu en France d’année 2020 plus faste que Jean-Pascal Zadi. Ce ne serait pas lui faire affront que de concéder qu’il fallait avoir le nez creux pour prédire, en janvier dernier, la révélation imminente de ce touche-à-tout qui avait certes accumulé quelques années de solide bouteille en passant par le rap, le cinéma autoproduit, la télévision, la radio, mais qui n’était pourtant jamais sorti d’une notoriété confidentielle.

En co-réalisant et en interprétant le rôle principal du mockumentaire Tout simplement noir, le voilà soudain au centre d’un entertainment noir français dont le film dresse justement le portrait, aussi vitriolé qu’intelligent. Sa réussite est à la fois publique (750 000 tickets vendus au moment le plus sinistré de l’année pour les salles françaises), artistique (une reconnaissance unanime qui en fait un des plus sérieux candidats pour le César) et politique, au sein d’une année marquée par la mort de George Floyd en mai, l’agression violente de Michel Zecler par des policiers en décembre, et le franchissement d’un nouveau cran dans le mouvement Black Lives Matter. Après le carton surprise, l'avalanche de débats, les innombrables résonances avec l'actualité, et même une projection à l'Elysée, on a voulu débriefer l'année 2020 hors normes de ce comédien désormais incontournable.

Quels enseignements tirez-vous des débats occasionnés par Tout simplement noir en 2020 ?

Jean-Pascal Zadi - Je crois que ce que j’ai compris, c’est que la question raciale passionne en France. Elle est occultée, alors que les gens ont envie d’en parler. D’une manière positive ou négative, Tout simplement noir a ouvert beaucoup de discussions. Le credo “on est tous ensemble, il n’y a pas de couleur” a ses limites, et ceux qui subissent le racisme sont donc contents qu’on en parle, tandis que ceux qui ne le subissent pas y trouvent leur compte aussi.

Votre regard sur votre film a-t-il évolué ?

On est contents de ce qu’on a fait. Il y a notre humour, notre point de vue. Avec le recul, j’ai même l’impression que je le kiffe encore plus. Quand on a fini le film, j’ai pensé : “On a fait notre boulot.” Aujourd’hui, je me dis : “Putain, c’était pas mal !”

De quelles scènes êtes-vous le plus fier ?

Celles avec mon père, qui joue son propre rôle dans le film. On a souvent eu – je commence déjà à me livrer, c’est Fréquenstar... – des divergences. On n’a pas la même vision de la France, de nos vies. Il est arrivé à la fin des années 1970, moi je suis né à Bondy en 1980. Il a un instinct de discrétion, un côté “ne pas déranger”. Je trouve qu’il ne devrait pas. Mon père est né en 1949 en Côte d’Ivoire, il est donc né Français, dans une colonie. Venir plus tard en métropole, c’est se déplacer dans le pays où il est né : c’est normal. Il a quitté sa Côte d’Ivoire, comme un mec peut quitter sa Bretagne pour venir à Paris. Aujourd’hui nos rapports, nos discussions ont évolué. Mais je suis heureux d’avoir montré ça dans le film.

Y a-t-il des idées de scènes auxquelles vous avez dû renoncer ?

Si on a parlé de Dieudonné, c’est qu’on a tout mis...

Il y a des scènes choquantes, dans le bon sens du terme, et qu’on imagine difficile à écrire, à tourner. Tout est sur une brèche.

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