Jeanne Balibar : “Une librairie m'a sauvé la vie”

Jean-Baptiste Morain
·2 min de lecture
(Patrick KOVARIK / AFP)
(Patrick KOVARIK / AFP)

“Pour moi, les librairies, ça a le parfum rock des pubs anglais à cause des enseignes absurdes dans la ville. Là-bas, il y a le “Vicaire à 3 Jambes” ou “L'Escargot et la Longue-Vue”, ici, il y a Les Guetteurs de Vent, Le Merle moqueur, Le Coupe Papier, il y avait La Hune...

Quand j'étais petite, il y avait Autrement dit, à Paris. C'est la première librairie à laquelle j'ai pensé quand vous m'avez sollicitée. J'y ai pensé en premier parce que j'avais un compte là-bas quand j'étais enfant, vers neuf-dix ans j'y allais toute seule avec le Bus 21, je m'asseyais dans les rayons. Dans les librairies, on a le droit de s'asseoir dans les rayons et de feuilleter, pour peu qu'au bout du compte on achète, c'est-à-dire qu'on s'engage, qu'on fasse un choix et qu'on l'affirme et qu'on le paye. C'est ça le contrat, non ? A la fin, il faut faire un geste d'affirmation, qui n'est pas le même que celui d'emprunter dans une bibliothèque. Moi, j'achetais La Petite Maison dans la Prairie et des romans pour ados comme Une Maison de Poupée, qui n'avait rien à voir avec Ibsen. Des livres girly qui n'étaient pas de la “grande littérature”.

Et ça m'a sauvé la vie puisque chez moi, des parents fous adeptes du gavage des enfants aux livres surmoïques me faisaient ingurgiter de force des kilomètres d'“écritures saintes” type Balzac, Charlotte Brontë, Robert Desnos (fort biens par ailleurs mais “venues d'en haut”), ou bien leur liste à eux de livres pour enfants, toujour

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