Jeanne Balibar : “La réponse d'Emmanuel Macron n'était pas à la hauteur des enjeux”

Jean-Marc Lalanne

Initiatrice d'une tribune publiée dans Le Monde sur l'oubli de la culture dans le discours d'Edouard Philippe, Jeanne Balibar a corédigé un second texte, signé par plus de 800 professionnel·les, publié le week-end dernier par Libération, s'exprimant sur la prise de parole d'Emmanuel Macron sur les actions des pouvoirs publics pour sauver les industries culturelles. L'actrice et réalisatrice revient pour nous sur ces annonces jugées "trop floues".

Pourquoi avez-vous choisi de publier cette seconde tribune ?

A l’issue de la première tribune que nous avons publiée dans Le Monde, l’Elysée nous a contactés et nous a invités à envoyer un mail pour préciser ce que nous voulions. Nous l’avons fait en mettant en relief les deux points essentiels de notre tribune : un grand plan d’ensemble et, au-delà même de la situation des intermittents du spectacle, une attention à tous les travailleurs qui ont des emplois discontinus.

Dans la foulée, l’Elysée a communiqué sur les annonces à venir du Président. Nous les avons bien sûr écoutées en direct et ensuite nous nous sommes retrouvés avec Eric Toledano, Olivier Nakache et Sandrine Kiberlain, qui participaient à la discussion avec Emmanuel Macron, pour discuter de ce qui venait d’être dit.

On s’est rendu compte qu’il y avait quelques annonces très précises concernant la production cinématographique. Mais elles portaient sur des points qui étaient déjà en discussion avant le Covid : à savoir faire participer les plateformes à la création cinématographique ou encore la question du piratage. Mais, sinon, pour toutes les autres questions pour le cinéma et pour tous les autres arts, les mesures étaient très floues.

C’est un élément qui nous est beaucoup revenu du monde de la musique par exemple : les salles, les concerts, les tourneurs, tout ce qui concerne le live en musique, rien n’a été travaillé qui prenne en compte le scénario du pire. En ce qui concerne les arts plastiques, les fonds levés paraissent misérables par rapport aux autres arts. En danse, Mathilde Monnier a attiré notre attention sur la situation des compagnies indépendantes, sur lesquelles personne ne sait rien.

Tout d’un coup, nous sont remontés une infinité de problèmes. Tout cela étant à mettre en parallèle avec les sept milliards qui ont été débloqués pour Air France. Donc des grands plans d’action chiffrés ont été étudiés et annoncés dans certains domaines.

Il vous est apparu que la protection des industries culturelles n’était pas une priorité, n’est-ce pas ?

Oui, nous avons eu l’impression d’un faible engagement en ce qui concerne le plan de survie d’un pan énorme de l’économie de notre pays, qui constitue un pourcentage significatif du PIB. Un pan dont l’importance n’est d’ailleurs pas seulement économique, mais aussi spirituelle. Parce qu’elle engage la vie de l’âme, du rêve et de l’intelligence des gens. La réponse n’était pas à la hauteur des enjeux. Progressivement, nous nous sommes rendu compte aussi que sur la question des intermittents les zones de flou qui restaient étaient très dangereuses.

Lire la suite...

Ce contenu peut également vous intéresser :