Jeanne Balibar : “Je refuse de m’épancher sur le monde d’après ; là on n’est pas après, on est pendant”

Théo Ribeton
(Patrick KOVARIK / AFP)

Quelles ont été les conséquences immédiates du confinement pour votre année professionnelle et vos projets en cours ?

Jeanne Balibar - J’ai une chance phénoménale, parce que j’avais déjà prévu de m’arrêter de janvier à juin. J’avais beaucoup travaillé en 2019 : j'ai fini mon film (Merveilles à Montfermeil), puis enchaîné deux tournages, avec Xavier Giannoli et Apichatpong Weerasethakul, et la représentation de Bajazet de Frank Castorf en automne, avant la sortie du film en janvier. Je savais que j’allais être sur les rotules et j’avais mis de l’argent de côté pour m’arrêter. Ce printemps, je n'avais que quelques dates de tournées à l’international pour Bajazet, en Italie – évidemment c’est le premier truc qui a sauté –, au Portugal, mais pas grand-chose. Après, je m’étais dit qu’il faudrait retravailler, qu’on verrait ce qui arriverait. Là, il est clair que rien ne va se présenter du tout, mais je vais tâcher de faire tenir l’argent de côté jusqu’à 2021, puis on verra.

Vous avez été à l'initiative d'une tribune adressée à Emmanuel Macron, parue vendredi dans Le Monde. Comment s’est-elle lancée et pourquoi ?

C’est moi qui ai écrit une première version de ce texte, un soir, pour mettre mes idées au clair. Je l’ai envoyé le lendemain à Pascale Ferran, Marina Foïs puis Catherine Corsini, avec qui il y a eu quelques échanges et rectifications, avant d’assez vite le faire circuler. Il y avait déjà eu les pétitions des collectifs Année noire et Culture en danger, mais on a eu le sentiment que ce n’était pas la même chose, que ça pouvait être bien qu’il y ait, en plus des pétitions, une tribune.

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Les débats entre vous ont-ils été l’occasion de divisions, ou avez-vous trouvé facilement un consensus sur les propositions à exprimer ?

Il y avait, je crois, un consensus sur deux choses. Un consensus sur la colère et l’inquiétude d’abord, et la forme que cela pouvait donner au texte : un cri d’inquiétude parce qu’en six semaines, pas une seule fois le mot "culture" n’avait été prononcé. Et un consensus sur les demandes : un plan précis pour tout notre secteur d’activité, qui représente beaucoup de monde et sept fois plus de PIB que l’industrie automobile ; et des mesures pour les emplois discontinus, les contrats courts et les gens qui ne sont pas salariés à plein temps - ce qui va au-delà des artistes et même au-delà du secteur culturel, avec les intérimaires, les saisonniers.

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