« Komodo », la pépite de David Vann

Clémentine Goldszal
·1 min de lecture

David Vann, auteur du spectaculaire « Sukkwan Island » (2010) et de romans qui ont confirmé son expertise pour raconter de l'intérieur les familles dysfonctionnelles, signe un livre suffocant. 

« Aigrie », « mal baisée », « frustrée ». Voilà sûrement ce que pense Roy de sa sœur Tracy, 45 ans. Voilà aussi comment une société assigne une femme malheureuse, engluée dans un mariage misérable, clouée au sol par la maternité, au rôle de vilaine, d'ingrate, voire de sorcière. En faisant de Tracy sa narratrice, David Vann donne la voix à une fille, sœur, épouse, mère désaxée, et livre un drôle de roman en deux actes. Les deux premiers tiers se déroulent en extérieur jour. En toile de fond : une île indonésienne où Tracy et sa mère ont rejoint Roy pour une semaine de plongée paradisiaque. Mais entre la découverte des fonds marins, silencieux et splendides, et les remontées à la surface où éclate comme des bulles nauséabondes une flopée de ressentiments fraternels jamais digérés, l'atmosphère tourne au vinaigre. Jusqu'à l'incident de trop, qui coule les rêves de concorde et met fin aux vacances.      

C'est à ce moment que le roman bascule sans crier gare pour nous plonger dans un intérieur jour étouffant. De retour chez elle, en Californie, Tracy doit gérer ses deux jumeaux de 5 ans et son mari absent qui lui donne du « mi amor », mais pas beaucoup d'amour. Trop de pression, pas assez d'air, et la beauté sereine de l'océan bien vite oubliée : la mère menace de déborder… Jusqu'à la rupture ? Avec une habileté psychologique qui résiste à une construction un brin désordonnée, David Vann documente une tension...

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