Publicité

Législatives en Grèce : "Nos vies ne vont pas changer"

"Nos vies ne vont pas changer". Dans une Grèce appelée aux urnes dimanche, nombre d'électeurs apparaissent sans illusion devant des responsables politiques incapables, selon eux, de soulager leurs difficultés économiques depuis les années du marasme financier.

"A en juger par les conversations, les gens sont déçus" par la gauche et la droite, assure Vassilis Kalyvas, 55 ans, propriétaire d'un magasin d'optique à Patras, le grand port de la péninsule du Péloponnèse.

C'est dans cette ville, la troisième du pays, que le dirigeant de la gauche radicale SYRIZA et ancien Premier ministre (2015-2019), Aléxis Tsípras, tient ce soir-là un ultime rassemblement de campagne avant les élections législatives de dimanche.

Devant ses troupes qui agitent des drapeaux rouges ou jaunes, il prédit la fin du "cauchemar" enduré durant les quatre années du mandat du Premier ministre de droite sortant, Kyriákos Mitsotákis, qui brigue un second mandat.

Mais à quelques encablures du rassemblement, l'opticien ne se fait guère d'illusions malgré son souhait de voir un gouvernement qui "défende les intérêts du peuple. Et aide l'économie à croître".

"D'après ce que je vois, ce n'est pas le cas", déplore-t-il.

"Déçu par les partis au pouvoir"

A des centaines de kilomètres de là, dans la deuxième ville du pays, Thessalonique, Nikos Kalaitzidis, pompiste dans une station-service, ne cache pas lui non plus sa résignation.

"Je suis déçu par les partis au pouvoir", lâche cet homme de 32 ans.

"Je n'espère rien de cette élection. Quel que soit le vainqueur, nos vies ne changeront pas le lendemain" du scrutin.

En campagne, le chef du gouvernement sortant et leader de Nouvelle Démocratie (ND) n'a cessé de mettre en avant son bilan économique : retour de la croissance (5,9% en 2022), envolée du tourisme et baisse du chômage après les années de crise et de plans de sauvetage au prix de lourds sacrifices pour de nombreux Grecs.

Mais la hausse du coût de la vie et l'envol des prix de l'énergie figurent en tête des préoccupations d'électeurs éprouvés par une inflation qui a frôlé les 10% en 2022.

A Patras, le propriétaire d'une taverne, Kyriakos Bazaroglou, 50 ans, fait ses comptes.

"En 2019 un gyros me coûtait 45 cents (à fabriquer) et maintenant il coûte 1,70 euro. Je ne peux pas le vendre 4 euros" aux clients, détaille-t-il.

"Le coût de la vie est ma plus grande préoccupation", souligne-t-il.

Une forte abstention ?

Avec un taux d'abstention déjà massif de 42% lors des élections de 2019, les analystes ont averti que le nombre d'électeurs boudant les urnes pourrait être encore plus élevé cette fois-ci.

Chrysa Papadimitriou, une chômeuse de 43 ans, constate d'ailleurs "de l'indifférence" chez la plupart des électeurs, peu intéressés par une campagne que beaucoup d'observateurs jugent atone.

"Vous n'entendez plus de discussions politiques comme par le passé et la plupart des gens évitent de parler ouvertement de celui pour qui ils vont voter", assure-t-elle.

A Athènes, Stavroula, 31 ans, qui ne souhaite pas donner son nom de famille, a quant à elle décidé que dimanche, elle n'effectuerait pas le voyage dans sa ville natale du Péloponnèse pour voter.

"A quoi ça sert ? Les politiciens nous amadouent avec des promesses qu'ils ne tiendront pas".

L'abstention pourrait même s'avérer encore plus forte parmi les 440 000 jeunes appelés pour la première fois aux urnes.

Seule une personne sur quatre âgée de 17 à 24 ans a voté lors des dernières élections en 2019, selon Maria Karaklioumi, analyste politique pour la société de sondage RASS.

Le quotidien de centre-droit Ta Nea a d'ailleurs mis en garde samedi contre les dangers de l'abstention.

"Quiconque ne vote pas ne peut pas avoir d'opinion sur la façon dont les partis remplissent leur rôle", juge le journal dans un éditorial.

Alors que cette campagne s'est déroulée dans l'ombre de celle du grand voisin truc avec lequel la Grèce entretient régulièrement des relations acrimonieuses, Ta Nea relève samedi : "Si nous avons quelque chose à envier aux élections en Turquie, c'est leur très forte participation".

Mais le Premier ministre sortant a voulu voir dans ce manque d'intérêt des Grecs pour cette campagne "une dédramatisation" du débat politique dans un pays longtemps habitué aux échanges enflammés.