L’UE doit trancher si le nucléaire et le gaz seront taxés comme des énergies vertes

AP - Jean-Francois Badias

Le Parlement européen doit se prononcer mercredi 6 juillet sur l’inclusion ou non du nucléaire et du gaz sur la taxonomie verte européenne - soit de nouvelles règles de taxation censées favoriser les énergies vertes et la transition écologique. Le 14 juin dernier, deux commissions avaient refusé d’inclure des activités gazières et nucléaires à la liste des activités économiques durables, au grand désarroi de Paris, qui compte se tourner davantage encore vers le nucléaire.

Avec notre envoyé spécial à Strasbourg, Romain Lemaresquier

Il y a trois semaines, un premier vote avait surpris nombre de députés européens : après une adoption en décembre, deux commissions de députés ont alors rejeté l’inclusion du nucléaire et du gaz dans la taxonomie verte. Ces mêmes députés vont à nouveau se prononcer sur ce dossier, à l’occasion d’un vote final mercredi, en session plénière.

Le résultat s’annonce très serré et pourrait finalement pencher vers l’inclusion de certaines activités gazières et nucléaires dans la liste des énergies taxées comme vertes, selon les rumeurs dans l’hémicycle européen. Cela dû à un intense lobbying et à des pressions exercées par différents membres de l’Union européenne (UE).

Si cela se concrétise, il s’agirait d’une décision qui irait à l’encontre des recommandations de deux commissions européennes : celle de l’Économie et celle de l’Environnement.

Par ailleurs, comme le dénoncent de nombreux députés européens, cela pourrait être interprété comme une aide à la Russie, qui non-seulement reste le principal fournisseur de gaz, mais qui est également l’une des sources d’approvisionnement de combustible nucléaire. Soit un problème de taille dans le contexte de la guerre en Ukraine.

Selon le député européen David Cormand, membre de la formation Europe Écologie-les Verts, « les lobbys et la diplomatie française ont forcé la main ces dernières semaines pour inclure, parmi les énergies vertes, deux énergies qui ne le sont pas : le gaz et le nucléaire ». Et cela « voudrait dire clairement financer Poutine ».

Ce vote sera très scruté. Il va également peser sur la politique en matière d’énergie que le président français Emmanuel Macron souhaite mettre en place.

Les pro et anti-nucléaire multiplient actions devant le Parlement européen à Strasbourg

Alors que députés doivent trancher en session plénière, à l’extérieur, des militants pro ou anti-nucléaire multiplient depuis mardi les manifestations devant et autour du parlement, à Strasbourg.

Avec notre correspondante à Strasbourg, Angélique Ferat

Les députés sont très divisés sur la question : la crise ukrainienne et la hausse du prix de l’électricité ont fait changer les opinions publiques. La majorité, soit 353 voix, est donc loin d’être acquise.

Alors Greenpeace, les amis de la terre et leurs équivalents européens ont multiplié les actions pour mettre la pression sur les députés avec une manifestation, une intrusion dans le parlement européen ou une baignade dans la rivière qui longe ce même parlement et un seul cri : non au gaz ni au nucléaire.

« Ils peuvent, en rejetant l’inclusion du nucléaire et du gaz dans la taxonomie, donner toutes les chances pour le développement renouvelable et des économies d’énergie, qui sont la solution la plus rapide et la moins coûteuse, affirme Pauline Boyer de Greenpeace France. Et pour l’indépendance énergétique de l’Europe, notamment vis-à-vis de la Russie. »

En face, l’association la Voix du nucléaire n’a que quelques banderoles et un ours polaire en guise de mascotte. Mais son discours ne laisse plus indifférent : le nucléaire est décarboné, soit une énergie propre qui est un outil pour lutter contre l’urgence climatique.

Myrto Tripathi ancienne employée d’Areva et présidente de l’association les Voix du nucléaire : « On a les Pays-Bas qui commencent à appeler, de ses vœux et de manière extrêmement forte, pour plus de nucléaire. Et on sent que les choses bougent en Belgique, en France, et il faut qu’on s’appuie plus sur le nucléaire, qui est aujourd’hui la première énergie bas-carbone en Europe. »

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