La moitié des adultes sont incapables de reconnaître les signes de la démence… Alors, comment les repérer ?

De nouvelles statistiques ont révélé que la moitié des adultes ne connaissaient pas les facteurs de risque de la démence [Photo: Getty]

La moitié des adultes britanniques sont incapables de reconnaître les facteurs de risque clés de la démence, d’après une étude menée par Alzheimer’s Research UK.

Nous sommes nombreux à avoir peur de la démence, une maladie qui peut être terrifiante pour les personnes qui en souffrent, mais également déchirante pour leurs proches.

Cette maladie complexe et handicapante, associée à un déclin progressif des fonctions cérébrales, finit par entraîner le décès de la personne concernée.

Mais, cette maladie n’est pas toujours bien comprise, et certaines personnes ont souvent du mal à reconnaître les facteurs de risque associés à la démence.

L’étude d’Alzheimer’s Society précise que 850 000 habitants du Royaume-Uni souffrent d’une forme de démence, une maladie qui touche principalement les capacités cognitives et fonctionnelles.

1 million de personnes pourraient vivre avec cette maladie d’ici 2021. Et le total pourrait atteindre 2 millions d’ici 2051.

Une étude récente, intitulée Dementia Attitudes Monitor, a permis de conclure que seul 1 % des 2 361 personnes interrogées étaient capables de nommer les septs facteurs de risque ou de protection de la démence, alors que plus de la moitié des adultes du Royaume-Uni connaissent une personne atteinte de démence.

Les six facteurs de risque incluent l’abus d’alcool, la génétique, le tabac, l’hypertension, la dépression et le diabète, alors que l’exercice physique est un facteur de protection.

Un tiers des cas de démence seraient influencés par des facteurs que nous pouvons contrôler, mais seulement 34 % des personnes interrogées considèrent qu’il est possible de limiter les risques de démence, contre 77 % pour les maladies cardiaques et 81 % pour le diabète.

De plus, seule la moitié des personnes interrogées considéraient la démence comme une maladie mortelle, et un cinquième pensaient à tort que la maladie était une phase inévitable de la vieillesse.

Sally Copley, Directrice des politiques, campagnes et partenariats pour l’Alzheimer’s Society, a confié à propos des conclusions : “La démence est le tueur le plus prolifique au Royaume-Uni, et il est donc inquiétant de constater que près de 2 tiers des gens pensent qu’il est impossible d’agir pour limiter les risques”.

“Il est potentiellement possible de prévenir environ un tiers des cas, c’est pourquoi nous avons investi 20 millions de livres (près due 23 millions d’euros) dans la recherche afin de mieux comprendre la démence et les solutions pour empêcher les gens d’en souffrir. C’est également pour ça que nous nous battons pour que la démence fasse partie de la liste des contrôles de santé du NHS (NHS Health Checks) et ainsi aider la population à identifier les risques”.

“Il est crucial que tout le monde bénéficie de ces contrôles. Actuellement, seulement la moitié des 15 millions de personnes admissibles ont profité de cette opportunité”.

“Il est parfois embêtant de transformer son mode de vie, mais notre recherche indique que de petits changements peuvent avoir de gros impacts”.

“Prendre des petites mesures, comme remplacer les sucreries par des fruits ou marcher au lieu de conduire, permet de réduire le risque de démence”.

D’après l’Alzheimer’s Society, les facteurs de risque augmentent le risque qu’une personne souffre de démence avec le temps, mais certains facteurs de protection peuvent également permettre de limiter ces risques.

Certains facteurs de risque associés à la démence sont inévitables ou incontrôlables, comme l’âge, la génétique, le genre et l’ethnicité, mais d’autres facteurs sont ‘modifiables’, ce qui signifie qu’il est possible d’agir et ainsi de réduire le risque de démence.

Nous nous sommes entretenus avec l’Alzheimer’s Society afin d’en apprendre davantage sur certains facteurs de risque.

Il est possible de modifier certains facteurs de risque associés à la démence [Photo: Getty]

Les facteurs de risque associés à la démence que nous ne pouvons pas changer

L’âge

L’Alzheimer’s Society confie qu’il s’agit du facteur de risque le plus important dans le contexte de la démence, car le risque de souffrir de cette maladie augmente de manière significative avec l’âge, même si la démence ne fait pas partie du processus de vieillissement normal.

Des statistiques récentes indiquent que la démence touche une personne âgée de plus de 65 ans sur 14 et une personne âgée de plus de 80 ans sur 6.

Les gènes

Nos gènes ont un impact sur la démence, et plus de 20 gènes susceptibles de légèrement augmenter le risque de démence ont été identifiés.

“Le plus connu est surnommé APOE, et il en existe trois versions : APOE2, APOE3 et APOE4”, confie Lotty Davies (Alzheimer’s Society Research Communications Manager).

“La version la plus courante dans la population est APOE3, et elle est donc associée à un taux de risque normal. Par contre, les personnes qui héritent d’une ou deux copies du gène APOE4 risquent davantage de souffrir de démence, et celles qui héritent d’une ou deux copies du gène APOE2 sont légèrement protégées. Certains gènes peuvent entraîner une forme héritée de démence, mais cela est plutôt rare et n’est constaté que dans moins d’1 % des cas”.

Le genre

L’Alzheimer’s Society confie que les femmes sont davantage susceptibles de souffrir de la maladie d’Alzheimer que les hommes, mais pas uniquement car elles ont tendance à vivre plus longtemps. “On ne comprend pas encore complètement pourquoi, mais certaines preuves indiquent que les hormones pourraient jouer un rôle”, précise Lotty Davies.

Cependant, les hommes sont légèrement plus susceptibles de souffrir de démence vasculaire, car ils sont davantage touchés par les AVC et les maladies cardiaques associés à cette maladie.

L’éthnicité

D’après l’Alzheimer’s Society, les personnes d’origine sud-asiatique, africaine et afro-caribéenne, souffriraient plus souvent de démence que les européens blancs. “Cela pourrait être lié au fait qu’ils sont davantage susceptibles de souffrir de diabète et d’AVC, tous deux associés à un risque supérieur de démence”, confie L. Davies.

Plus de 850 000 personnes souffrent de démence au Royaume-Uni. [Photo: Getty]

Les facteurs de risque modifiables

Le tabac

Les fumeurs risquent davantage de souffrir d’Alzheimer et de démence vasculaire, et certaines recherches estiment que le risque augmente de 30 à 50 %, en fonction des études et du type de démence étudié.

L’activité physique

Les personnes d’âge moyen et plus âgées qui effectuent régulièrement des exercices d’aérobie sont moins susceptibles de souffrir d’Alzheimer et de démence vasculaire. Les études estiment que l’effet de protection tournerait autour de 30 à 40 % par rapport à ceux qui font peu ou pas d’exercice.

Les traumatismes crâniens

Une blessure grave au niveau de la tête peut augmenter le risque de démence plus tard dans la vie. “Les conclusions des différentes études varient au sujet de l’ampleur de l’effet, mais une étude réalisée auprès de 200 000 vétérans de guerre américains suggère qu’un traumatisme crânien sérieux augmente le risque de souffrir de démence à hauteur de 60 %”, confie L. Davies.

L’alimentation

Les bienfaits d’un régime alimentaire méditerranéen ne font pas toujours l’unanimité, mais un régime riche en poisson gras, fruits, légumes, céréales non raffinées et huile d’olive, et pauvre en viande rouge et en sucre, est associé à un risque réduit de démence. Les études estiment qu’un tel régime pourrait réduire le risque à hauteur d’environ un tiers.

Le diabète de type 2

D’après l’Alzheimer’s Society, les personnes atteintes de diabète de type 2 souffrent davantage de démence que les personnes qui ne souffrent pas de diabète, et ce à hauteur de 60 %.

L’hypertension artérielle

Des études sur le long-terme indiquent que l’hypertension artérielle en milieu de vie est un facteur clé associé à un risque supérieur de démence plus tard dans la vie. Ces conclusions confirment qu’adopter un mode de vie sain est une manière idéale de réduire le risque de démence.

Une éducation limitée pendant l’enfance

Ceux qui passent moins de temps à étudier lorsqu’ils sont enfants risquent davantage de souffrir de démence plus tard dans la vie. “On ne peut rien y faire une fois adulte, mais nous pouvons essayer de faire évoluer la société dans son ensemble afin de réduire les cas de démence dans le futur”, explique Lotty Davies.

Marie Claire Dorking