Ladj Ly : « La réalité des banlieues est dix fois plus cruelle que dans mon film Les Misérables »

Florence Trédez

Prix du Jury à Cannes, sélectionné pour représenter la France aux Oscars, « Les Misérables », de Ladj Ly, reprend le titre du roman de Victor Hugo pour raconter le quotidien ultra-violent d'une banlieue française à travers la tournée de trois policiers de la Bac (Brigade anti-criminalité). C'est une fiction, mais inspirée de faits réels. Et un film choc, drôle et plein d'humanité, porté par les trois formidables acteurs Damien Bonnard, Alexis Manenti et Djebril Zonga, coups de coeur du Grand Prix Cinéma Elle 2019. Un film nécessaire dont on sort K.O. Interview d'un réalisateur habité.

ELLE. Vous avez lancé un appel à Emmanuel Macron pour qu'il voie votre film. A-t-il réagi ?

Ladj Ly. Il nous a invités à venir à l'Élysée, mais j'ai refusé. Je lui ai proposé de le visionner à Montfermeil, à l'école Kourtrajmé. Symboliquement, ce serait fort, j'attends sa réponse.

ELLE. Dans votre film, les dealers ou les policiers, brutaux et racistes, gardent leur part d'humanité. Pourquoi ?

Ladj Ly. J'ai eu longtemps un rapport très compliqué avec les policiers. À chaque fois qu'ils intervenaient dans le quartier, j'avais ma caméra et je tournais. Ça a duré des années jusqu'à ce jour de 2008, où j'ai filmé une bavure que j'ai diffusée sur Internet et les policiers impliqués ont été condamnés. J'étais leur bête noire... Quarante plaintes à mon actif, autant de gardes à vue... Mais j'ai bientôt 40 ans, trois enfants et j'ai évolué. Un film anti-police n'aurait pas eu le même impact. En tant que cinéaste, j'ai la responsabilité d'être le plus juste possible.

ELLE. Dans « Les Misérables », on s'aperçoit que les policiers ne sont parfois pas mieux lotis que les autres...

Ladj Ly. Avec le temps, je me suis lié d'amitié avec certains. J'ai un pote de la Bac, il vient dîner chez moi. Quand tu découvres leur vie, tu t'aperçois que c'est la misère. Ils habitent dans des HLM, ils ont des salaires minables, ils sont tous dépressifs. À la limite, dans le quartier, on a une meilleure vie qu'eux !

ELLE. Pourtant, la réalité policière...

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