"On a l'air fin": la présence de Damien Abad à l'Assemblée embarrasse des députés Renaissance

Après les vifs propos d'Aurore Bergé contre Adrien Quatennens dans l'hémicycle mardi, plusieurs députés Renaissance s'inquiètent de la présence de Damien Abad, visé par plusieurs accusations de viols. Des élus défendent la présomption d'innocence.

Une immense malaise. Après la prise de parole d'Aurore Bergé ce mardi lors des premières questions d'actualité de la rentrée, qui a visé Adrien Quatennens qui a reconnu avoir giflé sa femme, la présence de Damien Abad sur les bancs de l'hémicycle dérange les députés Renaissance.

"On a eu raison de cibler La France insoumise avec Jean-Luc Mélenchon qui a soutenu un homme qui avoue des violences conjugales. Mais forcément, on a l'air un peu fin avec quelqu'un comme Abad chez nous", reconnaît un député macroniste auprès de BFMTV.com.

"On va l'avoir tout le temps maintenant"

Au lendemain de sa nomination au poste de ministre des Solidarités, en mai dernier, Mediapart révélait que l'ex-président du groupe LR à l'Assemblée nationale était accusé de viol avec usage de drogue sur une femme, avant que d'autres victimes présumées ne s'expriment dans les médias. Le gouvernement soutient dans un premier temps Damien Abad, visé par 4 accusations de viols et tentative de viol.

Mais Élisabeth Borne finit par lui demander sa démission, quatre jours après l'ouverture d'une enquête judiciaire à son encontre. Damien Abad, qui a dénoncé des "calomnies ignobles" à son départ du ministère, nie tous les faits reprochés.

Trente jours après son départ, conformément à la règle en vigueur, il fait son retour à l'Assemblée nationale en tant que député rattaché au groupe Renaissance, quelques jours avant la fin de la session parlementaire.

"Là, on l'a vu à peine dix jours. On va l'avoir tout le temps maintenant, à toutes les réunions de groupe, à toutes les questions au gouvernement. On va pouvoir remettre une pièce dans la machine à chaque fois en devant se justifier", reconnaît une collaboratrice du groupe à l'Assemblée nationale.

"La présomption d'innocence s'applique"

Au sein du groupe, on assure pourtant défendre une ligne cohérente et une stricte application de la loi.

"Il faut s'en tenir aux faits et au droit. Damien Abad se dit innocent et donc la présomption d'innocence s'applique", avance Maud Bregeon, députée et porte-parole du groupe.

Même son de cloche du côté de Prisca Thévenot.

"On ne minimise rien. Mais nous ne sommes pas des magistrats. À l'instant T, il nie tous les faits qui lui sont reprochés. Nous n'avons pas changé d'avis depuis son retour le 25 juillet dernier", répond la députée des Hauts-de-Seine.

Changement d'atmosphère depuis l'été

Mais le contexte politique a changé depuis la fin de l'été. Adrien Quatennens, qui a reconnu des faits de violences conjugales, s'est mis en retrait de son poste de coordinateur de La France insoumise et de ses fonctions de député. Une enquête judiciaire est ouverte. Sa démission n'est cependant pas à l'ordre du jour selon Mathilde Panot, la présidente du groupe.

"Je ne suis pas certaine qu'il soit le bienvenu dans l'hémicycle", a cependant déjà prévenu Aurore Bergé, la patronne des députés Renaissance.

Julien Bayou, accusé de violences psychologiques par son ex-compagne - ce qu'il nie-, a quitté ses fonctions de numéro un des écologistes et la co-présidence de son groupe à l'Assemblée nationale. Les faits qui lui sont reprochés ne sont pas clairement connus, aucune plainte n’a été déposée et aucune enquête judiciaire n’a été ouverte.

Sur BFMTV ce mercredi, François Ruffin a dénoncé le "deux poids, deux mesures" d'Aurore Bergé.

Abad se montre au travail

Damien Abad ne compte pas en tout cas faire de la figuration. Photo postée depuis la réunion de groupe mardi en présence Bruno Le Maire, cliché de lui lors d'une séance à l'Assemblée nationale fin juillet... Sur son compte Twitter, celui qui a dix ans d'expérience parlementaire au compteur, fait passer son message.

"Il peut bien dire qu'il connaît l'Assemblée nationale mais ça m'étonnerait qu'on lui donne la moindre mission à défendre. Faut peut-être pas déconner", argue un membre du groupe Renaissance.

"Du chahut" pour empêcher Abad de s'exprimer

La députée écologiste Sandrine Rousseau, l'a en tout cas déjà prévenu.

"Le jour où Damien Abad entrera dans l'Assemblée, il y aura 180 députés de la Nupes qui feront le chahut nécessaire pour qu'on ne puisse pas l'entendre", avait-elle lancé en juin dernier sur le plateau de TF1.

"On ne peut pas exclure" qu'il soit hué, avait encore avancé l'insoumise Clémentine Autain au micro de BFMTV en juillet dernier. De quoi peut-être refroidir les ardeurs de Damien Abad et soulager les députés Renaissance.

Article original publié sur BFMTV.com

VIDÉO - Jean-Michel Aphatie - Affaire Abad : "Emmanuel Macron demeure un amateur de la politique"