Lana Del Rey, une cowgirl qui a le blues

Sophie Rosemont
·2 min de lecture
© Lana Del Rey/Universal
© Lana Del Rey/Universal

Présente et absente à la fois. Huit albums depuis son tout premier disque, Lana Del Ray A.K.A. Lizzy Grant, paru en 2010, juste avant l’explosion de Born to Die, l’un des trois albums signés par une artiste féminine à être resté plus de six ans dans le classement du Billboard. Ces deux dernières années, sa production s’est intensifiée : Norman Fucking Rockwell! à l’été 2019, Violet Bent Backwards over the Grass à l’automne 2020, et aujourd’hui Chemtrails over the Country Club. En publiant un disque ou presque par an depuis une décennie, Lana Del Rey réussit donc le tour de force de se faire tellement désirer qu’elle en paraît inactive.

Evanescente à l’excès, en dépit d’un Instagram bien tangible où elle récite ses poèmes face caméra et poste des images de ses copines et/ou idoles – d’Andra Day à Joan Baez. Parce qu’elle ne se produit que rarement en concert sur nos terres européennes – la faute à des annulations pour “raisons de santé” et le Covid-19. Parce qu’elle parle peu. Obtenir une interview pour Norman Fucking Rockwell! tenait du miracle, et notre discussion d’alors nous avait confirmé que ses premières années d’interviews avaient été si calamiteuses (merci au paternalisme méprisant réservé par certains confrères aux jeunes artistes féminines) qu’elle avait décidé de réduire au strict minimum sa promotion. Voire au néant.

Pour Chemtrails over the Country Club, elle n’a parlé à ce jour qu’au magazine Mojo. Un recueil de onze chansons impeccablement tournées, où elle se révèle fidèle à elle-même et pourtant différente. Elle qui semble sans cesse changer – d’humeur, de chevelure, de visage parfois –, on la reconnaît néanmoins entre mille. Comme si elle souhaitait avoir l’apparence de ce qu’elle prétend être : la définition même du simulacre.

“Le simulacre n’est jamais ce qui cache la vérité – c’est la vérité qui cache qu’il n’y en a pas. Le simulacre est vrai” Jean Braudillard

Qu’aurait pensé le philosophe Jean Baudrillard de Lana Del Rey ? Peut-être l’aurait-il fustigée, le simulacre brouillant les pistes, dissimulant nos référents. Peut-être aurait-il été intrigué comme il l’avait été jadis par Madonna, dont il identifiait le manque d’“altérité réelle”. Peut-être aurait-il été séduit par la mélancolie innée de Lana, bien réelle celle-ci, et qui peut offrir une autre lecture à cette formule de Jean Baudrillard : “Le simulacre n’est jamais ce qui cache la vérité – c’est la vérité qui cache qu’il n’y en a pas. Le simulacre est vrai.”

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