Les femmes, le travail et le virus : "J’ai fini par dire oui à une rupture conventionnelle parce que j’étais à bout"

Lucile Bellan
·5 min de lecture

La pandémie mondiale de coronavirus sévit depuis un peu plus d’un an maintenant. En février 2021, le New York Magazine a fait sa une sur un phénomène préoccupant : des millions de femmes auraient disparu du marché du travail, par choix ou par contrainte, à cause de l’épidémie.

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Les femmes, le travail et le virus
Les femmes, le travail et le virus

Naïma garde du premier confinement un souvenir chaotique : "Tout s’est enchaîné très vite. Le premier confinement a été mis en place et je me suis retrouvée enfermée avec mes deux fils. Nous avons un deux-pièces, ils dorment dans la même chambre et moi dans le salon. Au quotidien, il arrive que leur père, qui habite dans la même ville que nous, me les prenne pendant quelques jours ou le week-end. Mais pendant le confinement je ne voulais pas prendre de risque supplémentaire… et puis il n’a même pas proposé."

Mon patron a mis en place le télétravail et avec mes deux ados à la maison ça a vite été l’enfer

Maman solo avec deux grands garçons, elle souffre particulièrement de ne pas réussir à gérer son temps de travail à domicile avec sa vie familiale et personnelle : "Mon patron a mis en place le télétravail et avec mes deux ados à la maison ça a vite été l’enfer. Je ne peux pas dire qu’ils sont mal éduqués mais aucun des deux n’a fait d’effort particulier pour le ménage et la cuisine. Je pense qu’ils géraient aussi leur propre frustration d’être enfermés sans leurs amis et leurs copines. Mais ça a été particulièrement dur pour moi. Je me levais à l’aube pour faire le ménage, travailler avant qu’ils ne se réveillent et je ne prenais des pauses que pour leur préparer à manger. Le soir, il fallait recommencer tout le cycle du ménage et des lessives. J’ai tenu 3 semaines."

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Au bout de 3 semaines, je me suis mise à pleurer un peu n’importe quand

Naïma a vite conscience que la situation n’est plus tenable pour elle : "Au bout de 3 semaines, je me suis mise à pleurer un peu n’importe quand, même quand j’étais en visio avec mes collègues. J’étais en train de faire un burn out. Je n’avais aucun relais et même aucun adulte proche avec qui discuter de tout ça. Ma famille est loin et je ne voulais inquiéter personne et mes amies avaient au moins autant de trucs à gérer que moi. J’ai pensé demander de l’aide au père de mes fils. Mais sa passivité pendant le confinement a fini de me mettre en colère contre lui, je ne voulais pas m’abaisser à lui demander de l’aide à lui. C’est finalement chez mon patron que je suis allée toquer. Enfin, je l’ai appelé pour lui demander si on ne pouvait pas aménager mes horaires. Il a refusé mais m’a proposé une rupture conventionnelle à la place. J’ai dit que je prendrais le temps d’y réfléchir."

Je n’avais pas d’autre choix que de laisser tomber mon CDI

Pour elle, le fait de ne plus travailler est un échec. Mais elle sent bien qu’elle n’a pas le choix et qu’elle doit préserver sa santé. "J’ai pleuré encore quelques jours de plus. J’avais le sentiment d’être doublement punie. D’une part, par la situation difficile et de l’autre sur le plan de mon travail et de mon avenir. Je n’avais pas d’autre choix que de laisser tomber mon CDI. Et alors que je n’étais jamais en retard, que je ne prenais jamais de congé maladie, j’ai fini par dire oui à une rupture conventionnelle parce que j’étais à bout."

Finalement, son choix a donné un nouvel élan à la relation de Naïma et de ses fils : "Mes fils ont beaucoup culpabilisé. Ils savaient combien le travail était important pour moi. Ils se sont impliqués un peu plus à la maison et on a pu finir le confinement avec beaucoup moins de conflits et de cris. J’en ai profité pour leur apprendre à faire eux-mêmes leurs lessives, à leur donner de l’autonomie et des responsabilités à la maison. Ce n’est pas parfait mais ça part d’un bon sentiment. Et ça me soulage aussi."

"L’été, on a pu partir en vacances séparément. Le père de mes fils les a pris pendant 2 semaines et ma famille en a fait de même. J’avais besoin de ce temps pour moi, pour me reposer. J’ai vu trois fois une psychologue."

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J’ai essayé de chercher du travail sérieusement mais l’angoisse d’un nouveau confinement pèse sur ma recherche

Aujourd’hui, Naïma pense à reprendre sa vie professionnelle laissée en suspens. Mais elle craint aussi les annonces gouvernementales : "J’ai essayé de chercher du travail sérieusement mais l’angoisse d’un nouveau confinement pèse sur ma recherche. Je ne veux pas me retrouver dans la même situation qu’en mars dernier. Des amies ont déjà promis d’être plus présentes pour moi. Je me donne jusqu’à cet été pour trouver quelque chose."

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