Les femmes, le travail et le virus : "Personne ne prenait jamais vraiment de mes nouvelles à moi"

Lucile Bellan
·5 min de lecture
Les femmes, le travail et le virus
Les femmes, le travail et le virus

La pandémie mondiale de coronavirus sévit depuis un peu plus d’un an maintenant. En février 2021, le New York Magazine a fait sa une sur un phénomène préoccupant : des millions de femmes auraient disparu du marché du travail, par choix ou par contrainte, à cause de l’épidémie.

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Nous sommes en mars 2021 et Maeva est encore sous le choc de la dépression qui l’a cueillie au coeur du premier confinement. Maeva a 43 ans. Elle est en couple, maman de deux enfants d’une dizaine d’années et vit proche de sa famille, qui a toujours été un soutien pour elle. Pourtant le premier confinement a été une épreuve pour cette secrétaire de direction : "Même quand les enfants étaient très petits, je n’ai pas le souvenir d’avoir eu autant le sentiment d’être abandonnée par mes proches. Très vite, et alors que ce n’est pas particulièrement le cas d’habitude, je me suis retrouvée à être le socle de toute la famille et même à mon travail. Comme si chacun avait décidé qu’il avait besoin d’un réceptacle à son stress et de quelqu’un à qui déléguer les choses et que je me retrouvais toujours en bout de chaîne." Elle est en effet sur tous les fronts : "J’ai télé-travaillé comme mon compagnon et puis je me suis aussi pas mal occupée de faire l’école à domicile à mes deux enfants. En plus de ça s’est ajouté toujours plus de charge mentale, puisque tout le monde était à la maison il y avait deux fois plus de repas, de vaisselle à faire, de courses, de lessives etc… Et puis ma famille s’est ajoutée, avec une tonne de petites taches à faire pour les soulager au quotidien : une course à la pharmacie, le pain à déposer, les coups de fil de soutien moral. Pendant ce temps, personne ne prenait jamais vraiment de mes nouvelles à moi."

Quand j’ai réalisé que je devrais tout nettoyer de toute façon, j’ai éclaté en sanglots

Fin avril, elle explose : "J’ai craqué. J’étais devant ma vaisselle et je me suis mise à la laisser tomber par terre par réflexe. Quand j’ai réalisé que je devrais tout nettoyer de toute façon, j’ai éclaté en sanglots. C’est là, enfin, que mon compagnon a compris que j’avais besoin d’aide."

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Le médecin m’a fait un arrêt maladie pendant un moment mais dans l’été j’ai posé ma démission

Maeva est tout de suite suivie par un psychologue et son médecin généraliste lui prescrit des médicaments pour supporter le stress : "Ils ont attribué ma crise et ma fatigue générale à la situation sanitaire et au stress lié au confinement. En réalité, on m’en a juste trop mis sur les épaules. Je me suis retrouvée à penser au bien-être et à la santé d’une vingtaine de personnes en comptant ce qu’on me demandait de faire au travail. C’est juste trop. J’ai envisagé de me séparer de mon compagnon mais il semble depuis avoir réalisé qu’il n’en faisait pas assez. Par contre, j’ai mis un peu de distance entre ma famille et moi. Il n’y avait aucune raison qu’ils m’en demandent autant alors que j’avais un travail et deux plutôt jeunes enfants. Le médecin m’a fait un arrêt maladie pendant un moment mais dans l’été j’ai posé ma démission. Cet hiver, j’ai beaucoup réfléchi à ce que je voudrais faire après."

Si elle est sûre de ne jamais avoir envie de revenir dans l’entreprise qu’elle a quitté, Maeva ne sait pas si elle souhaite changer totalement de branche ou continuer sa carrière : "Je doute beaucoup. Un matin je me dis que je vais demander une formation comme fleuriste, un métier qui m’a toujours fait rêver, et un autre je me dis qu’avant la pandémie j’étais aussi très heureuse dans mon travail. Mais je crois que de toute manière, je ne peux pas revenir en arrière. Quelque chose s’est cassé en moi et je ne sais plus m’occuper des autres. Je suis donc concentrée en ce moment sur l’idée que je dois me soigner, prendre à nouveau du plaisir aux choses, avant de savoir ce que je dois faire ensuite."

J’en veux toujours à mon compagnon, à mes parents et à mon frère, à mon patron, de ne pas avoir pris plus soin de moi

Maeva constate que la dépression qui a été la conséquence d’un burn out a eu des conséquences sur tous les aspects de sa vie : "C’est l’histoire de la goutte qui a fait déborder le vase. Il faut bien que quelqu’un ajoute goutte après goutte de quoi le remplir puis le faire déborder. J’en veux toujours à mon compagnon, à mes parents et à mon frère, à mon patron, de ne pas avoir pris plus soin de moi. Je ne demandais pas une attention particulière mais juste qu’on ne m’ajoute pas tant de charge. Ce qu’ils ont fait tous, c’est me mettre la tête sous l’eau. Alors ils ne peuvent pas s’étonner de la situation aujourd’hui et de la dégradation de ma santé et de nos relations. Ça reviendra peut-être un jour, je ne sais pas. Mais en attendant, j’ai décidé de penser à moi."

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