Les pro-VAR Anonymes


Les pro-VAR Anonymes (Photo by JAVIER SORIANO / AFP)

S'il vous plaît, ne me jugez pas ! Je m'appelle Nicolas et je suis un pro-VAR. Enfin, je l'étais. Sûr de mes convictions et certain de mes arguments. La justice, l'équité, l'objectivité poussée à l'extrême au profit d'un football parfait, débarrassé de ses imperfections arbitrales et surtout de ses privilèges séculaires. Foutaise que tout cela !

Il y a quelque chose de pourri au royaume de la vidéo. Et le vaccin prodigué fera assurément plus de ravages que le virus que l'on souhaitait éradiquer. Parce que la valeur d'une idée n'a rien à voir avec la conviction de celui qui l'exprime (Oscar Wilde), parce qu'il serait surtout profondément malhonnête de ne pas admettre ses erreurs, j'ai eu tort. Nous avons eu tort.

Aveuglés par une quête absurde et utopiste, nous avons eu foi dans un système imparfait, persuadés de son efficacité malgré les défauts de ses qualités. Mais c'est désormais une évidence : la vidéo, dans son utilisation actuelle, ne sauvera rien ni personne. Au mieux déplacera-t-elle les problèmes, plongeant le football dans une version 3.0 qui verra des présidents de clubs s'engouffrer dans un car pour demander des explications.

C'est d'ailleurs là tout le paradoxe de cette situation pour le moins incongrue. Je reste profondément convaincu que le VAR et le foot ne sont pas incompatibles, à condition d'en accepter certaines limites. C'était d'ailleurs l'idée originelle, avec un cadre bien défini et des situations parfaitement identifiées. Alors pourquoi ce malaise et ce sentiment d'échec rédhibitoire après si peu de temps ?

La faute évidemment à l'intervention humaine, à cette part de subjectivité inhérente au système, à ces analyses au millimètre pour justifier d'un hors-jeu injustifiable, à ces jugements devant un écran qui prennent le pas sur le ressenti depuis le terrain, à cette déresponsabilisation de l'arbitre central et de ses assistants, inexorablement condamnés à écouter leurs oreillettes et à se plier aux directives digitales.

J'en suis désormais convaincu, nous avons laissé entrer un loup dans la bergerie. Un monstre à sept têtes qu'il faut décapiter au plus vite pour retrouver nos esprits. Une prise de conscience, un retour en arrière, une vidéo moins intrusive, voire minimaliste, une aide à l'arbitrage et non pas son substitut. Ne me jugez pas ! Je m'appelle Nicolas, je suis un pro-VAR. Mais je viens de m'engager sur le long chemin de l'abstinence.

Nicolas Puiravau