L'expérience : filer la laine

Mathilde Berthier
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Diana portant son pull Black Sheep en 1981.
Diana portant son pull Black Sheep en 1981.

Il ne manquait que lui à l'inventaire des travaux manuels sauvés de l'oubli. Chaque jour ayant livré, depuis plusieurs mois, son lot de points de croix anti-Trump ou de tricots-graffitis engagés, le rouet file la métaphore de l'aiguille politique. Ces artisans d'un nouveau genre n'ont pas exhumé les savoir-faire de leurs aïeux par snobisme, mais par militantisme. Quenouille au poing, ils replacent la main et la patience au c?ur de la mode et de l'artisanat.

Peu pourtant auraient parié sur cette image d'Épinal pétrie d'a priori patriarcaux : la Belle au bois dormant qui s'assoupit pour cent ans à son fuseau ; Hercule, travesti en femme par Omphale, filant la laine pour expier ses crimes? L'activité contemplative chantée par Victor Hugo et Paul Valéry ou mise en musique par Schubert recouvre en 2020 sa dimension artisanale première : au Moyen Âge, le filage au rouet n'était pas un antidote au dés?uvrement, mais bien une pratique professionnelle.

Gravure de Gustave Doré pour « La Belle au bois dormant ». © DR

Ainsi, du côté de Felletin, dans la Creuse, le réseau Lainamac forme-t-il aux métiers de la laine avec une volonté constante d'expérimentation. Envolés, napperons et bigoudènes. Balayée, l'atmosphère de conservatoire. Les ateliers de découverte ou stages certifiants capitalisent sur l'idée de traçabilité et de valorisation. S'y croisent des bergers, des éleveurs, des façonniers, des designers d'objets? Un réseau en puissance dont la finalité, loin du seu [...] Lire la suite