Lingua Ignota, portrait d'une artiste qui mêle lyrisme et metal pour panser ses traumas

Carole Boinet
·2 min de lecture
© Lingua Ignota par Luz
© Lingua Ignota par Luz

“C’est mon vieux copain Thomas Bernard qui m’a fait découvrir son travail hallucinant. Lingua Ignota est la plus forte claque musicale que j’ai reçue cette année. Un MeToo surgi des ténèbres. C’est particulièrement All Bitches Die qui m’a accompagné en boucle lors de mon travail sur les pages les plus deep de Vernon Subutex. Depuis, mon trait crisse et hurle. Sans le savoir, la voix de Lingua Ignota a bouleversé les codes graphiques d’un dessinateur dans sa grotte.” Luz

C'est le cri d'une bête. Une bête à qui l'on arracherait les entrailles. C'est le cri d'une bête qui arracherait à son tour les entrailles de son tortionnaire, ses propres entrailles à elle pendantes, dégoulinantes de sang et de bile. C'est un cri terrifiant, difficilement supportable mais terriblement cathartique. Un cri dans lequel on se projette irrémédiablement. Un cri dans lequel on projette son propre cri, celui qui passait difficilement la gorge. Un cri quasi fantomatique, d'une surréalité qui glace le sang et transcende la matière.

Ce cri de bête torturée et vengeresse, on le doit à Kristin Hayter, qui chante et hurle sous l'alias Lingua Ignota sur deux albums, All Bitches Die (2017) et Caligula (2019). Sur Zoom, où rendez-vous est pris, Kristin Hayter a le port altier d'une danseuse, les cheveux blonds ramenés en chignon, les épaules droites, le regard très calme.

Seul le grand “Caligula” qui embrasse en lettres gothiques son torse matérialise le cri de bête, bousculant la sérénité d'apparence, d'apparat. On croirait voir sa peau hurler le nom de cet empereur romain qui fit tuer tout son entourage par paranoïa et mégalomanie, avant d'être lui-même assassiné. Un tatouage en forme de réappropriation de l'horreur pour faire taire l'horreur. Un tatouage à l'image de ses deux albums : d'une violence d'exutoire.

Durant des années, Kristin Hayter a été victime d'agressions physiques et psychologiques. Un traumatisme qu'elle expurge par la musique. Et quelle musique ! Un mélange de metal, de doom, de noise, d'indus et de chant lyrique.

Un langage de commotion cérébrale et de ténébreuse mystique

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