Loin d’un monde de l’art figé, les programmes éducatifs alternatifs prospèrent

Ingrid Luquet-Gad
·2 min de lecture
© Cyril Verde,
© Cyril Verde,

Comment remplacer les affects dysphoriques ? Comment éviter que le statu quo ne bloque l’élaboration d’alternatives désirantes ? Immobilisé sous l’effet de la crise sanitaire, le monde de l’art est simultanément transi de ses failles structurelles désormais béantes : ses figures d’autorité, ses institutions établies et ses processus de validation sont datés. Iniques même, reproduisant en circuit fermé les dominations de classe, de race et de genre. Alors, il faut déconstruire, mais également refonder.

D’autres possibles

Se rendre “fugitif” des centres commodifiés et tenter d’échafauder “un autre monde dans le monde”, ainsi que l’exprime Fred Moten, auteur avec Stefano Harley de The Undercommons (2013). Dans cet ouvrage indispensable, les auteurs prolongent la tradition radicale afro-américaine pour l’étendre au monde contemporain néolibéral. Un chapitre y est consacré à l’Université, qui résonne aujourd’hui avec une puissance amplifiée.

Puisqu’il n’est plus tenable de continuer à nourrir de contenus, d’informations et de flux de capitaux le monstre, les programmes éducatifs alternatifs prospèrent. Ce sont eux, présentement, qui colorent la lassitude des prémices d’autres possibles, animés de l’énergie décuplée qui vient à ceux et celles qui contemplent l’abîme en face.

L’interrogation du “populaire”

Aux Etats-Unis naissait en mars la plateforme en ligne Dark Study. Suite à une campagne de financement participatif, les codirectrices Caitlin Cherry, Nora N. Khan et Nicole Maloof, deux artistes et une théoricienne, proposent désormais un master (MFA) gratuit à l’intersection de la pratique, de la théorie des médias et de la théorie décoloniale. Si, en 2017, le livre School de Sam Thorne, dressant une histoire de l’éducation artistique autogénérée depuis 2000, faisait état de projets à Londres, Lagos, Los Angeles, Mexico, Ramallah, Berlin ou Saint-Pétersbourg, de nouvelles initiatives en dur s’implantent désormais aussi en France – en région parisienne plus exactement.

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