Lucia Silvestri, créatrice de Bulgari : « Avec le film "Inside the Dream", nous voulons montrer le travail derrière les bijoux »

Pour la première fois, une maison de haute-joaillerie, Bulgari, accepte d’accueillir des caméras pour raconter l’incroyable parcours qui se cache derrière ses collections d’exception. « Inside the Dream », projeté en ouverture du festival du film de Toronto, est disponible dans plus de cent pays et sur Amazon Prime et Canal +. Nous avons rencontré la directrice artistique de cette mythique maison italienne.Dès les premières images, sur une bande son très réussie, on se laisse embarquer à Venise, dans la chambre feutrée d’un palace, où Lucia Silvestri, directrice artistique et acheteuse pour Bulgari depuis plus de 30 ans, dévoile à Zendaya le collier Serpenti Hypnotic qu’elle portera sur le tapis rouge de la Mostra. L’aboutissement d’un très long chemin pour cette pièce incroyable, au cabochon taillé dans une émeraude de 93,83 carats et aux courbes serties de diamants et d’émeraudes. « Inside the Dream » retrace, en une heure, sa longue épopée. On y suit Lucia Silvestri, parcourant le monde pour obtenir les précieuses permettant de donner vie aux pièces de ses rêves. Des trésors taillés sous son étroite supervision créative, pour orner poignées et nuques des superstars du monde entier. On y découvre Zendaya, Priyanka Chopra, Lisa de Blackpink, Chiara Ferragni et chaque célèbre ambassadrice, ouvrant « la » boîte. Moment suspendu où, sous le regard ému de Lucia, apparaissent les dernières splendeurs de la géniale créatrice. Rencontre avec Lucia Silvestri, le joyau de Bulgari. ELLE: Vous êtes d’une créativité incroyable, renouvelant sans cesse vos inspirations depuis 30 ans. Avez-vous toujours en tête vos créations avant de chercher les pierres Lucia Silvestri : Toujours, c’est ma règle d’or. J’ai commencé ma carrière en tant qu’acheteuse pour Bulgari, il y a plus 30 ans. A cette époque, je n’avais pas la casquette de la direction artistique, mais j’entendais Monsieur Bulgari répéter : « On n’achète jamais une pierre sans savoir déjà ce que l'on veut en faire. On peut changer d’avis, mais on saura au moins que l’on peut s’en servir de cette façon. On n’achète pas une pierre simplement parce qu’elle est belle, ou rare. ». Donc depuis très jeune, j’ai dû développer ma créativité avant même de voir les pierres. ELLE : « Inside the dream » retrace l’histoire d’un bijou exceptionnel. Pourquoi vous-est il apparu important de montrer le making-of de votre travail ?Lucia Silvestri : L’idée vient des producteurs, Terminal 9, qui sont venus vers nous. Ils voulaient montrer que les bijoux ne sont pas seulement sublimes, mais qu’il y a du travail, une histoire, un héritage, une philosophie derrière. Cela a été une véritable expérience, car nous ne suivions aucun script. Toutes les situations étaient spontanées et naturelles. De toutes façons, je ne suis pas actrice et j’en serais incapable. Je ne voulais pas jouer. J’ai d’ailleurs beaucoup de mal à me voir à l’écran. ELLE : On découvre dans ce film vos voyages pour aller chercher les plus belles pierres. On ressent des liens profonds, même amicaux avec vos partenaires aux quatre coins du monde…Lucia Silvestri : On voit dans le film Vicky, en Inde. Je travaillais déjà avec son père, et son grand-père, il y a 30 ans. Nous connaissons donc intimement cette famille, nous avons des liens de confiance très forts. On ne peut pas tout voir dans le film, mais je passe beaucoup de temps à discuter avec lui des idées que j’ai en tête pour diriger la façon dont on devrait tailler la pierre. Ça, c’est quelque chose d’assez nouveau et j’en suis très fière. ELLE : Vous avez pourtant mis des décennies à le convaincre de casser son impressionnante émeraude de 4 kg qui a servi aux cabochons du collier Serpenti Hypnotic de la collection Magnifica ?Lucia Silvestri : Oui, pendant des années, ils refusaient de la toucher. En Inde, la mentalité est très différente. Ce n’était « pas le moment ». Or, je rêvais de gros cabochons sculptés dans cette sublime émeraude, nous n’en avions pas dans la collection. Vous n’imaginez pas le nombre de coups de fil, de réunions, de visites en Inde que j’ai dû multiplier pendant des années pour réussir à le convaincre. ELLE : Le mariage des couleurs est la signature Bulgari, quelles émotions particulières vous procurent chaque pierre ?Lucia Silvestri : Je ne peux pas mettre une émotion sur une pierre, car j’en ressens vraiment beaucoup trop. C’est une explosion. Face à une pierre, je suis à la fois heureuse, intriguée, excitée, rêveuse, admirative.... Je ne suis jamais blasée, j’ai même du mal à m’arrêter de travailler quand je suis lancée. ELLE : Comment nous décririez-vous votre style ?Lucia Silvestri : Mon style, je dirais que c’est de maintenir la signature, l’audace, la couleur et la créativité de la Maison. De créer des bijoux qui rendent les femmes confiantes. Créer pour des femmes qui portent nos créations car elles les trouvent belles, et non pour le côté « show-off ». Personnellement, j’adore mêler les genres des pièces de différents styles et de différentes époques de la collection Bulgari. Jouer avec les mix and match. On peut porter les bijoux de manières très diverses, et exprimer sa personnalité, son style. ELLE : On vous voit travailler directement pour Zendaya, Priyanka Chopra, Lisa des Blackpink … Sur quels critères et valeurs sont choisies vos ambassadrices ?Lucia Silvestri : Je ne suis pas directement impliquée dans le choix des ambassadrices, mais le premier critère est qu’elles aiment Bulgari. Ce sont toujours des femmes féminines, modernes, travailleuses, créatives, aimant la couleur. Des femmes qui correspondent aux valeurs de Bulgari. ELLE : Est-il essentiel pour vous de les connaître personnellement avant de créer ce qu’elles porteront sur red carpet ? Lucia Silvestri : Non, car je ne crée pas en pensant aux célébrités mais en pensant à Bulgari. Mais j’ai besoin de les rencontrer quand je leur fais découvrir les bijoux. Pour voir leur réaction, leur émotion quand elles les portent, la façon dont elles les incarnent et les réactions qu’ils provoquent. ELLE : Dans le film, les égéries Bulgari disent se sentir plus fortes avec leurs bijoux Bulgari. Quel est, selon vous, le pouvoir des pierres ?Lucia Silvestri : Je ne parlerais pas de pouvoir, mais plutôt d’énergie. Je ne ressens jamais la fatigue lorsque je travaille sur les pierres, cela m’a toujours étonnée. Je crois fermement que ce sont des cadeaux de la nature. Ces pierres sont enfouies depuis des millions d’années, il est évident qu’elles dégagent de l’énergie, une énergie extrêmement positive."Inside The Dream" disponible sur Amazon Prime et Canal + depuis le 13 septembre.