Luz prend des nouvelles du milieu de la musique

Franck Vergeade, François Moreau, Jean-Marc Lalanne
·3 min de lecture
© Luz
© Luz

Dominique A, chanteur et musicien

“Bonjour Luz, ça va plutôt pas mal, merci, j'espère que toi aussi. En fait, je n'ai pas l'impression de me sortir de quoi que ce soit, parce que j'avais des sous de côté et que j'ai trouvé la parade, imparable, pour ne pas déprimer cette année : écrire et faire de la musique et travailler sur ce qu'il en ressort avec des gens de bonne compagnie. Quant à la dématérialisation, on était déjà dedans jusqu'au cou, non, avec nos putains d'écrans ?

La pandémie ne fait qu'en rajouter une (grosse) couche. A force de manœuvrer pour ne pas se toucher, chacun·e voit chaque jour les autres se dissoudre un peu plus et reste là comme un·e con·ne avec sa matérialité inutile, enfin ce qu'il en reste avec nos putains d'écrans, etc., et ses élans de tendresse réfrénés. C'est sûr, gros boulot de remise en route en perspective pour nos bouches et nos mains à la sortie du tunnel… Bon, haut les coudes, hein ? Bibis, comme dit l'ami Lippe.”

Zouzou Auzou, directrice d’exploitation et associée des Rosa Bonheur à Paris

“Je vais bien, Luz, et je m’en sors parce qu’on a décidé de laisser ouvert le Rosa Bonheur des Buttes-Chaumont, car c’est notre établissement historique depuis douze ans. Dans ce quartier du XIXe arrondissement, on a un rôle social de 6 ans à 90 ans, en accueillant aussi bien les minorités sexuelles que les boulistes du JBBC (Joyeux boulomanes des Buttes-Chaumont), les classes écologiques avec l’école de La Villette, le bal des séniors, La Ruche qui dit Oui !, la chorale chaque dimanche.

On essaie malgré tout de maintenir un petit Rosa, ouvert et accueillant, du vendredi au dimanche. Au moins, les soixante-dix personnes qui viennent chez nous peuvent manger une pizza chaude, un camembert au four et discuter – tout ça n’a pas de prix. Parce que la période qu’on traverse actuellement est tellement triste.

Halte à la morosité !, pour reprendre un jingle qu’on diffuse souvent. Ce que dit justement la dématérialisation de nous, c’est que les humains deviennent de plus en plus individualistes parce qu’on les pousse à l’être, en les enfermant chez eux devant des écrans et pour ne pas propager un virus. J’aimerais faire la révolution, mais je n’en ai pas les moyens, et j’ai aussi la responsabilité de mes employé·es. Je suis quelqu’un de très optimiste – je chante et danse tous les jours –, et je sais qu’on va s’en sortir.

En se protégeant, on peut vivre avec le coronavirus et la Terre ne doit pas s’arrêter de tourner. Car nous sommes en train de devenir des moutons. Tout le monde se rue dans le métro ou au supermarché, mais manger au restaurant serait dangereux. Etre joyeux risquerait de propager le Covid. Comme si le coronavirus avait un happy hour après 22 heures. Au final, le confinement, c’était le warm-up d’une grosse descente de merde.”

Lire la suite...