Magna Graecia : Seletti présente une nouvelle collection déco inspirée de la culture méditeranéenne

De Seletti, on connaît les lampes en forme de singe ou de chat noir, les assiettes bi-goût et autres objets décoratifs à l’esprit pop et transgressif. Découverte de sa dernière collection imaginée par le designer Antonio Aricò.A l’occasion du salon Maison & Objet, l’éditeur italien, Seletti lance une grande collection baptisée « Magna Graecia », qui revisite dans un style cartoonesque les reliques grecques du Sud de l’Italie. L’occasion d’interviewer son designer, Antonio Aricò, imprégné de culture méditeranéenne.Quel a été votre parcours ?J’ai étudié à Milan puis j’ai travaillé à travers le monde, à la fois comme designer, scénographe et directeur artistique, pour différents fabricants, des cafetières Bialetti aux pâtes Barilla. Cependant, il y a quelques années, j’ai ressenti le besoin de revenir dans la région où j’ai grandi: la Calabre. Située tout en bas de la Botte, face à la Sicile, elle est réputée la plus pauvre d’Italie. Pourtant, sa culture et ses ressources sont immenses. En 2020, je suis donc revenu m’installer dans ma ville natale, où mon grand-père était menuisier. La culture grecque est très présente dans cette région. Nous n’avons pas de temples, comme en Sicile, mais beaucoup de statues et d’objets. Dans certains villages, on parle encore un dérivé du grec, plus de 2500 ans après l’occupation...Comment cette collection est-elle née ?En 2012, Seletti a été la première maison de design avec laquelle j’ai collaboré. Nous sommes restés en contact et on a commencé à travailler sur la terracotta il y a cinq ans. Stefano Seletti, son boss, m’a commandé une collection « dans mon style ». Il voulait d’emblée beaucoup de pièces. L’an dernier, j’ai attrapé un Covid sévère et j’ai dû rester un mois à la maison. J’ai mis à profit cette période pour réfléchir à un concept global. Je voulais tout penser : les objets mais aussi la communication, l’Instagram, le packaging... Je voulais interpréter cet héritage grec en utilisant la terracotta, le tout dans un esprit joueur qui me correspond !À lire aussi : Une sublime villa hollywoodienne au charme méditerranéenComment avez-vous procédé ?J’ai commencé par faire plein de dessins que j’ai retranscrits en volume avec un logiciel de 3D. Seletti a ensuite trouvé un moyen de répliquer à l’identique les traits de mon dessin. C’est la première fois dans ma carrière de designer que les pièces finales sont exactement celles que j’avais dessinées. On y retrouve la modernité mais aussi la pureté de la fabrication traditionnelle.Qu’avez-vous voulu montrer avec cette collection ?« Magna Graecia » reflète un imaginaire plus méditerranéen que calabrais. Il fait référence à la Grande Grèce de l’Antiquité mais aussi aux empereurs romains, aux traditions siciliennes comme la Testa di Moro. Je ne voulais surtout pas faire des répliques, des souvenirs. Ces pièces sont contemporaines et pensées dans un esprit fun, qui est celui de Seletti.Pourquoi avoir choisi la terracotta ?J’ai grandi dans un atelier de menuiserie et j’aime le bois, qui est mon matériau favori. La terracotta est de la même teinte mais plus expressive par sa plasticité. J’aime l’aspect « nude »de cette matière, qui donne de la pureté mais pas blanche, plus chaleureuse...Vous interprétez entre autres un artefact très célèbre de l’Antiquité grecque...A la fin du process, Stefano Seletti m’a demandé ce qu’il manquait. Je lui ai alors parlé des « Bronzes de Riace », des statues de guerriers du Ve siècle avant JC, toujours entourées de beaucoup de mystères. On parle d’une troisième statue perdue et moi, j’ai imaginé une femme... Femmes et hommes sont ainsi mélangés, comme dans la culture grecque, dans une certaine fluidité des genres.Pourquoi avoir dessiné un cendrier ?Les cendriers ne sont pas une typologie très populaire, mais, comme moi, Stefano Seletti fume une cigarette par jour, et nous trouvions qu’un cendrier de jardin était un concept très méditerranéen. J’avais réalisé ce dessin d’orgie homo-érotique, comme ceux que l’on découvre, enfant, sur des vases antiques. Je l’avais mis de côté pour l’apposer sur une pièce de grande taille. Je n’aurais jamais pu le faire avec un autre éditeur que Seletti...Quels sont vos plans pour 2023 ?Je veux continuer à réconcilier le Nord et le Sud de l’Italie. Chez Seletti, bien sûr, avec de nouveaux objets conçus pour l’extérieur. Mais je prépare aussi une collection complètement différente pour Dolce & Gabbana, toujours très méditerranéenne. J’aimerais aussi développer une résidence artistique dans ma région de Tropea, avec vue sur le volcan Stromboli et le détroit de Messine. Il faut changer l’esprit des gens sur la Calabre...