Malgré le confinement, des collectifs féministes mobilisés contre les violences faites aux femmes

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Après une journée de mobilisation virtuelle à l’appel du collectif #NousToutes, samedi, plusieurs organisations appellent à un rassemblement à Paris, mercredi, contre les violences sexistes et sexuelles à l’occasion de la journée internationale dédiée à cette cause.

En ligne ou dans la rue, les collectifs féministes poursuivent leur engagement contre les violences sexistes et sexuelles. Un an après une importante mobilisation qui avait réuni des dizaines de milliers de personnes à Paris, les organisations de défense des droits des femmes appellent à un rassemblement "contre les violences", mercredi 25 novembre, à l’occasion de la journée internationale dédiée à cette cause.

"Il est important, tout en respectant les gestes barrières, qu’on soit dans la rue pour le 25 novembre, c’est l’occasion de mettre en avant plusieurs mesures d’urgences", explique Suzy Rojtman, porte-parole du Collectif national pour les droits des femmes (CNDF), contactée par France 24. Elle demande, entre autres, "qu’un seuil d’âge existe dans la loi en-dessous duquel le consentement ne serait même pas interrogé" – une demande qui résonne avec une actualité judiciaire récente, où des pompiers au départ mis en examen pour viol sur une mineure (crime passible de vingt ans de prison) vont finalement être poursuivis pour atteinte sexuelle (délit passible de 7 ans de prison).

D’autres mots d’ordre sont mis en avant pour le rassemblement du 25 novembre : la lutte contre le proxénétisme, la ratification par la France de la Convention sur la violence et le harcèlement au travail ou encore la non-mise en concurrence du 3919 – la ligne d’écoute pour les violences faites aux femmes. Sur ce dernier point, un collectif de personnalités a estimé, dans une tribune publiée par Le Monde le 16 novembre, que "mettre en concurrence la gestion de [cette] ligne d’écoute […] représent[ait] un risque majeur de voir la qualité du service réduite."

"Les violences conjugales ont vraiment augmenté pendant le confinement"

Géré depuis 1992 par la fédération nationale Solidarité Femmes, le 3919 a aussi fait partie des thèmes abordés par le collectif #NousToutes à l’initiative, samedi 21 novembre, d’une journée de mobilisation virtuelle contre les violences sexistes et sexuelles. "Initialement, on voulait organiser des rassemblements des lieux symboliques qui montraient la défaillance de nos institutions pour nous protéger : des commissariats, des mairies, les sièges du Medef ou encore du Conseil national de l’ordre des médecins", explique Yuna Miralles, coordinatrice des réseaux sociaux de #NousToutes, contactée par France 24.

Mais l’annonce du reconfinement, fin octobre, a perturbé l’organisation de cet événement. "Pour ce week-end qui précède le 25 novembre, on a donc décidé de proposer uniquement une mobilisation en ligne, et on est plutôt contentes du résultat", ajoute Yuna Miralles. Selon le collectif, plus de 6 000 activistes ont participé samedi aux actions organisées : interpellation de personnalités politiques sur Twitter, formations en ligne sur l'accompagnement des victimes, rencontres en direct avec des militantes comme la gynécologue Ghada Hatem, fondatrice de la Maison des femmes de Saint-Denis…

>> À (re)voir sur France 24 : REPORTERS - Avec les vivantes : en finir avec les violences faites aux femmes

Cette journée a aussi été l’occasion d’aborder le sujet des violences faites aux femmes en temps de confinement. Un rapport de la Mission interministérielle pour la protection des femmes, publié en juillet 2020, notait que "le nombre de victimes accompagnées a augmenté" en mars-avril 2020, "sans pouvoir en tirer la conclusion que le confinement a eu un effet "déclencheur" des violences dans le couple". Et d’ajouter que "le confinement aurait été plutôt un "révélateur"" pour beaucoup de victimes "(prenant) conscience des violences qu’elles subissaient avant et pendant cette période de crise."

"Les violences conjugales ont vraiment augmenté pendant le confinement", note Suzy Rojtman. Selon le collectif #NousToutes, les appels au 3919 ont augmenté de 400 %, les dépôts de plaintes pour violences conjugales de 36 % et il y a eu cinq fois plus de signalements sur la plateforme de la police. Selon Yona Miralles, "ce sont des chiffres a minima : beaucoup de monde n’a pas encore aujourd’hui la possibilité de parler, même si la parole des femmes se libère."

Prévention à l’école et formation à distance

Qu’elle se joue sur les réseaux sociaux ou sur le parvis de la place de la République, la défense des droits des femmes reste un enjeu de société d’importance pour les collectifs féministes, qui n’hésitent pas à maintenir la pression sur les pouvoirs publics. "Il nous faudrait un milliard d’euros pour lutter efficacement contre les violences conjugales", assurait la membre du collectif #NousToutes, Anaïs Leleux, en 2019. Cette revendication est toujours d’actualité pour le rassemblement du 25 novembre.

>> À voir aussi sur France 24: ACTUELLES - Violences conjugales : à l’épreuve du confinement

"On voudrait vraiment que le gouvernement prenne des mesures concrètes", demande aussi Suzy Rojtman. La porte-parole du CNDF propose notamment que des tribunaux spéciaux soient créés pour juger les violences sexistes et sexuelles, la création d’un délit spécifique de violences conjugales ou encore le renforcement de la prévention à l’école sur ces questions.

Pour que la prise de conscience collective soit plus forte, la formation de la population est aussi mise en avant par #NousToutes. Le collectif propose depuis mars 2020 des formations vidéo à distance à propos des violences sexistes et sexuelles. Et celles-ci semblent rencontrer un certain succès : "On a formé environ 40 000 personnes, se félicite Yona Miralles, c’est comme ça qu’on peut faire changer les choses".