Manifestations, Russes en fuite... Vladmimir Poutine est-il menacé?

Manifestations, Russes en fuite... Vladmimir Poutine est-il menacé?
Vladimir Poutine - AFP
Vladimir Poutine - AFP

Depuis l'annonce par Vladimir Poutine d'une mobilisation partielle en Russie pour envoyer de nouvelles troupes en Ukraine, les signes de protestations, jusqu'alors rares, se multiplient dans le pays.

Dès le 21 septembre, jour du discours président russe, des manifestations ont eu lieu dans une trentaine de villes russes, selon OVD-Info, une ONG dont le travail consiste notamment à assurer le suivi des manifestations. L'ONG a décompté plus de 1300 arrestations liées à ces manifestations lors de cette soirée.

Depuis, des dizaines de milliers de personnes ont fui à l'étranger. En réaction, le portail d'information du gouvernement a annoncé sur son site mercredi que la Russie ne délivrera plus de passeports à ceux qui sont mobilisés par l'armée. Les Russes ont besoin d'un passeport international pour se rendre dans la plupart des pays étrangers. Ils peuvent néanmoins aller en Arménie, au Bélarus, au Kazakhstan et au Kirghizstan avec leur seul passeport interne, équivalent d'une carte d'identité.

Un "moment de bascule"

Invité sur BFMTV ce lundi soir, Alexandre Melnik, ancien diplomate à Moscou, estime que la Russie connaît actuellement "un moment de bascule." La fuite de dizaines de milliers de Russses "prouve l'incurie, le désordre existant au sommet du pouvoir. C'est l'agonie", selon lui.

"Poutine n'a aucune feuille de route, il essaie de sauver sa peau mais le sol se dérobe sous ses pieds", explique le diplomate.

"Poutine appelle au patriotisme, mais la mayonnaise ne prend pas, il n’y a plus d’élan patriotique", explique encore Alexandre Melnik.

Pour Anna Colin Lebedev, maîtresse de conférences à l'université Paris Nanterre, la mobilisation décidée par Vladimir Poutine signe un tournant politique majeur en Russie.

"Comme beaucoup de régime autoritaires", le régime russe "a encouragé la passivité de la population" depuis l’arrivée de Poutine au pouvoir en 1999: "Voter si on vous demande, approuver les actions du pouvoir si on vous demande, mais guère plus", explique la spécialiste des sociétés post-soviétiques sur Twitter.

Or, cette mobilisation soudaine est "plus qu’un choc: c'est un séisme pour la société russe".

"Son caractère peu sélectif - que les Russes vont découvrir petit à petit - rend vulnérable chaque famille. Les bases mêmes du contrat social sont ébranlées: les Russes n’ont pas signé pour ça", écrit-elle.

En effet, alors que ceux ayant une expérience militaire ou des compétences "pertinentes" devaient être mobilisés, certains profils ayant dépassé l'âge de combattre, malades ou exemptés pour d'autres raisons ont finalement été appelés.

Poutine chassé du pouvoir?

La chercheuse affirme ne pas savoir quel impact cela va avoir, puisque l'appareil répressif russe est puissant face à la protestation. S'il lui semble "peu probable" que les événements actuels entraînent un renversement du pouvoir par la rue, ils vont certainement avoir un effet sur l'opinion publique russe. "La montée des mécontentements est probable, de même que les conflits entre le Kremlin et ses élites périphériques qui seront rendues responsables de la mobilisation", estime-t-elle.

Certains s'avancent même quant à une possible date de départ pour Vladimir Poutine. "Je suis persuadé qu’il sera chassé du pouvoir avant la fin du mois d’octobre, la fin de l'automne tout au plus", affirme David Gaüzère, directeur du Centre d’observation des sociétés d’Asie centrale, à La Dépêche. Il pourrait être forcé de quitter la présidence par "un coup d’État qui viendra du sérail militaire, car l’opposition démocratique a été décimée dans le pays".

"Mais attention, prévient le spécialiste, le départ attendu de Poutine ne signifiera pas forcément la fin du poutinisme ni même la fin de la guerre en Ukraine."

Article original publié sur BFMTV.com