Mansfield.TYA paufine son art de la mélancolie heureuse

Maxime Delcourt
·2 min de lecture
© Philippe Jarrigeon
© Philippe Jarrigeon

“Réinvention” est un joli mot, mais les mots et la beauté ne servent pas à grand-chose s’il n’y a pas, derrière eux, une réelle signification. Et beaucoup de travail. Voilà pourquoi Julia Lanoë et Carla Pallone n’ont jamais envisagé Mansfield.TYA comme une simple déclinaison de leurs différentes formations – Sexy Sushi et Kompromat pour la première ; l'ensemble baroque Stradivaria et le trio à cordes VACΛRME pour la seconde.

A chaque nouvel album, il s’agit pour elles de fuir la paresse, de tourner le dos aux habitudes et de jeter un serpent dans le jardin de la bien-pensance : celle-là même qui incite tant de formations à interpréter des paroles vides de sens, passe-partout, là où ce duo semble capable de concentrer en quelques phrases, quelques fulgurances, perpétuellement interprétées avec élégance, les tourments de l’âme humaine.

Avec un sens de la dramaturgie à faire baver Shakespeare et ses douleurs lancinantes. “J'ai tatoué un couteau sur mon biceps droit/Pour découper le ciel et égorger les Dieux”, tels sont les premiers mots de ce cinquième album qui, malgré ses racines électroniques et ses digressions new wave, repose moins sur un épais tissu d’influences que sur une fibre humaine absolument fascinante.

De l’opéra-rock à la fougue électronique

Si elles reconnaissent volontiers avoir écouté The Cure et Portugal d’Eleven Pond – “le premier morceau que j’ai entendu après avoir retrouvé l’ouïe il y a deux ans, soit un électrochoc”, dit Julia –, c’est bien la volonté de tout tenter, la liberté de tout dire qui semble les guider. Et leur permet, d’après elles, de susciter une réelle attente après six ans d’absence. “Le fait que l’on ne déguise pas notre propos, que l’on ose dire des choses qui paraissent parfois indicibles dans la chanson française, c’est certainement un aspect de notre musique qui nous distingue.”

Carla appuie sur un ton similaire, quoique avec un peu de ferveur supplémentaire : “A notre époque, c’est une chance de pouvoir avoir une carrière sur le long terme, d’avoir le temps de déployer pleinement notre univers. Cela dit, s’absenter durant plusieurs années n’est pas simplement un luxe que l’on s’accorde. C’est aussi un devoir, un temps nécessaire au renouvellement, là où on ferait plus ou moins le même album si occupait constamment l’espace.”

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