Marie Darrieussecq : “Changer l’image que nous nous faisions du futur, voilà l’espoir”

Nelly Kaprièlian
(Capture d'écran librairie mollat)

#OnResteOuvert : Fermons nos portes, pas nos esprits !

>> Retrouvez notre épisode précédent : Philippe Quesne : “Il va falloir entrer en résistance”

La dernière fois que je t’ai interviewée, pour ton roman La Mer à l’envers, tu me disais que le monde deviendrait un mélange de La Soif de JG Ballard, et de 1984 d’Orwell, entre catastrophes liées à l’urgence climatique et une nouvelle forme de surveillance - comme la Chine. Aurait-on pu prévoir cette pandémie ?

Marie Darrieussecq - Tout ce que je peux dire c’est que le principe de précaution des années 2000-2010, appliqué à la santé, n’était pas une si mauvaise idée. La fiction a toujours annoncé les désastres, je me souviens d’avoir lu ado Stephen King et son Fléau, pas son meilleur roman sans doute, mais une fiction très réaliste.

D’après toi, est-ce que ce virus est un moment nécessaire pour réfléchir à comment changer le monde ? A agir pour le transformer ?

Comme l’a dit Christophe Honoré, avec d’autres, le sida a été un entraînement terrible pour notre génération. Nous avons eu à penser notre finitude très tôt, et nous avons élaboré des stratégies d’évitement, et pour certain.es de survie. Nous avons appris très jeunes que nous sommes faits de cellules, de sang, et finalement d’atomes. Mais nous n’avions pas perçu la dimension “écologique” du sida. Le fait qu’il nous venait probablement des singes semblait une plaisanterie à la Kundera, ça restait impensé, on ne faisait pas le lien avec la forêt, la forêt réelle, la déforestation, avec notre attitude envers les autres vivants. On ne voulait pas savoir que nos atomes nous sont seulement prêtés par cette planète. C’est cela qu’il faudra changer, et qui change je crois.

Quel monde vois-tu se profiler après ?

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