Mbappé, les Espoirs, le PSG, Arsenal, Messi: l'interview intégrale événement de Thierry Henry dans Rothen s'enflamme sur RMC

Mbappé, les Espoirs, le PSG, Arsenal, Messi: l'interview intégrale événement de Thierry Henry dans Rothen s'enflamme sur RMC

Jérôme Rothen: On a de la chance. On est reçu par Monsieur Thierry Henry. Salut Thierry. Merci de nous recevoir, ça me fait quelque chose de spécial parce que tu sais que on a vécu des choses ensemble qu'on était plus jeune. J'ai eu la chance de rejouer avec toi après au niveau pro en équipe de France et déjà merci. Merci parce que c'était ta première dans mon émission. Et moi, c'est mon petit bébé, mon émission. Donc donc j'essaie d'en prendre soin et franchement, c'est un réel plaisir de t'avoir.

Thierry Henry: Merci. Comme tu l'as dit, d'abord, on a été opposés quand tu jouais au Racing Club de Versailles. On perdait souvent contre vous. Pourtant ton père était juge de touche.. il n'y avait jamais de hors-jeu en première mi-temps et il y en avait toujours en deuxième. Bizarre. Après, on se retrouve à Clairefontaine et on a joué ensemble aussi au FC Versailles. On a joué ensemble en équipe de France et voilà.

Rothen: Il y avait un bon recruteur à Versailles à l'époque. Tu sais qui c’était? C'était mon père (rires).

Benoît Boutron: Jérôme, tu retrouves un de tes amis d'enfance. Ça fait quelque chose, forcément, deux destins qui se retrouvent comme alors que vous étiez coéquipiers à dix onze ans.

Rothen: Oui, c'est vrai que c'est toujours un moment magique pour moi de recevoir... T'imagine, on parle de ça... Ça fait quoi? Presque 35 ans. Donc on a vécu beaucoup de choses de chaque côté. Mais ce qui est sûr, c'est que t'as une bonne mémoire. Tu te souvenais des anecdotes de mon père...

Henry: En même temps, je suis obligé de m'en rappeler.Tu partais de ton camp et il y avait hors-jeu! Mais bon, déjà, il y avait une bonne équipe à Versailles. Et il y avait des hors-jeu même du vestiaire!

Boutron: Mais est ce que tu peux nous dire la vérité? Est ce que Jérôme était déjà un bon joueur quand il était petit, est ce que tu l'avais remarqué déjà à l'époque?

Henry: Il est rentré à Clairefontaine donc à un moment donné, ce qu'il y avait de la qualité. Maintenant, c'est vrai que ce n'est pas lui qui mettait le maillot, c'est le maillot qui le mettait. C'est sûr qu'il était petit et frêle mais il avait oublié d'être bête. Très intelligent dans le jeu, un pied gauche, vous l'avez vu après. C'est vrai que si tu m'avais posé la question au moment où on est sortis de Clairefontaine, 's'il allait réussir?' Je t’aurais dit non. A un moment donné, il y a quelque chose dans ce qu'il a développé, c’est son mental, mis à part ce qu'il avait. Et c'est vrai que ça a été quand même quelque chose extraordinaire. Il a été pris à Caen pour être, comme on dit, dans le package et à l'arrivée, c'est lui qui a joué en premier avec William Gallas. Et d'ailleurs je crois que t’avais commencé arrière gauche.

Rothen: Bonne mémoire. Une encyclopédie.

Henry: Donc voilà. Et après? Après il est monté, il est passé plus haut. Et la suite, on la connaît. Tout ça pour dire qu'à un moment donné, souvent les gens parlent de Jérôme et souvent je me retrouve à le défendre. On connaît les raisons, on va pas rentrer dans les détails, mais on a vécu quelque chose, donc ça restera toujours un ami quoi qu'il arrive. Et j'ai toujours apprécié ce qu'il a dû endurer jeune. Personne ne pensait qu’il allait être pro. Ce n'est pas facile quand tu te retrouves dans ce genre de situations, où quelque part, tu n'es pas la risée de tout le monde mais tout le monde te regarde en disant “celui là ne va pas y arriver”. Et à l'arrivée, c'est celui qui est passé et il n'y en a pas beaucoup qui sont passés dans cette promotion. Même si on reste plus ou moins en contact, on se perd de vue, on se reparle. Mais ça fait plaisir de voir où il est à l'heure actuelle et de voir ce qu'il a pu faire quand tout le monde pensait qu'il ne pourrait pas le faire.

Rothen: C'est intéressant ce que tu dis sur le fait de souffrir. On en a parlé en privé, on ne va pas raconter nos histoires, mais on a tous plus ou moins souffert au bout d'un moment. Ça a été dur pour tout le monde, même pour toi. Et pourtant tout le monde te voyait avec le tapis rouge. Mais il n'y a pas eu de tapis rouge tout le temps. Moi, je me souviens des prises de bec avec ton père aussi, avec mon père aussi dans les voitures qu'on revenait de déplacement. Donc là, tu te souviens, c'était chaud!

Henry: Oui, oui, c'était chaud, mais il n'y a pas eu que ça. Il y a eu les parents, bien sûr, mon père, et je pense que tout le monde connaît mon père. Et puis tout le monde le connaissait dans la région parisienne. Mais il n'y a pas eu que ça aussi. Mais je vais parler de Clairefontaine parce que ça a été quelque chose de super important. J'ai toujours eu, quelque part... ce n'était pas assez. Tu le sais très bien, on était dans la voiture. Parfois, on ne parlait pas. Mon père ne me parlait pas de ce que j'avais bien fait et me disait toujours ce que j'avais mal fait. Donc j'étais un peu programmé à répondre à ça, à entendre ça, et c'est souvent ça qui m'animait. Jérôme savait pourquoi, il a vu le départ. En même temps, il n'était pas trop surpris après.

Rothen: Oui, même quand tu marquais cinq buts, je me souviens.

Henry: Ouais, il n'y avait rien qui changeait. Mais bon, est ce qu'on peut refaire ce qui s'est passé? Non, c'est ce qui a fait que je suis devenu ce que je suis devenu.

Rothen: Oui, mais c'est à la fois je rebondis là dessus. T'as raison, on ne va pas refaire le passé, puis c'est comme ça. Et puis on s'est construit comme ça. Mais à la fois, on t'a aussi reproché l'image que tu avais, que, quand tu marquais des buts, tu avais le visage fermé. Par moments, tu avais parfois du mal à communier avec le public de temps en temps. Et le manque de sourire quand tu marquais des buts. Et c'est aussi lié à ce que t'as vécu quand j'étais plus jeune.

Henry: Oui, je l'ai expliqué à maintes reprises, c'est à dire que des fois, quand je marquais un but, je repensais à celui que j'avais loupé avant. Donc dans ma course, je me disais dans ma tête “comment tu mets celui là et t’as raté l'autre cinq minutes avant?”. Mais par contre il y a un truc qui m'a toujours fait rire. Quand je faisais des passes, je rigolais...

Rothen: Ça on le voyait pas.

Henry: Ouais, c'est bizarre quand même. Bizarre. Ça aurait pu être soulevé. Cela aurait peut être soulevé. Quand c'était moi seul et je revenais toujours sur ce que je n'avais pas bien fait ok. Mais quand j'avais donné une offrande ou faire des passes et qu'on voyait bien mes dents, on voyait bien que je rigolais.

Rothen: Là, on n'avait pas envie de le mettre en avant.

Henry: Je ne sais pas. Je me pose une question: pourquoi? Et j'ai toujours dit je l'ai toujours dit et je le redirai encore: je préfère mes passes que mes buts, je l'ai dit, je le dis. Je vais mourir comme ça. Quand je le disais, quand j'étais joueur. Je vais le redire et je le dirai tout le temps. Je préfère mes passes que mes buts.

Rothen: Pour rebondir sur l'actu aujourd'hui: retrouver Clairefontaine. On a senti beaucoup de fierté, surtout que tu étais heureux. Qu'est ce que ça t'a fait de retrouver le château comme ça?

Henry: Je vais être honnête avec toi, ça m'a fait bizarre. Le chemin déjà pour y aller. Combien de fois j'ai fait ce chemin? Que ce soit à Clairefontaine ou en équipe de France. Et là tu reviens en tant que coach.

Rothen: Tu as eu un peu les larmes, l'émotion.

Henry: Énormément d'émotion. Je suis arrivé, je vois le château, je vois le Platini en bas. Tu vois le stage, la cafèt. Il faut tourner à gauche pour aller au bâtiment Espoir. On va pas rentrer dans les détails. Franchement, ça m'a vraiment fait bizarre. Oui, vraiment bizarre. Beaucoup d'émotion. Après, il fallait mettre ça de côté.

Boutron: Thierry, on l'a dit, il y a moins d'un mois, tu es donc devenu sélectionneur des Espoirs. Tu as l'équipe de France vraiment attachée au plus profond de ton cœur. Donc c'est très important pour toi, le maillot tricolore, Est ce que tu peux nous raconter en quelques mots les coulisses de ton arrivée? Comment ça s'est fait? Est ce que tu as postulé?

Henry: J'ai reçu un coup de fil d'un ex-collègue qui m'a demandé si j'étais intéressé. Donc j'ai dit oui, que j'étais intéressé. Par la suite, j'ai reçu le coup de fil de Marc Keller, d'Hubert Fournier et du président. Donc on est rentré dans une discussion qui a duré et c'est tout à fait normal, une discussion logique, le contrat aussi. C'est tout à fait normal et j'ai tout de suite dit oui.

Boutron: Parce que c'est le maillot bleu. C'est pour ça que tu as dit oui?

Henry: Pour moi une, ça ne se refuse pas, une sélection se refuse pas. Entraîner une équipe de France non plus.

Rothen: Non mais c'est important ce que tu dis. C'est important que les gens aussi entendent ça parce que tu ne vas pas le dire par humilité. Et de toute façon, c'est ton job aujourd'hui d'entraîner, mais tu as mis l'argent de côté quand tu prends l'équipe de France Espoirs. Non mais franchement, je le dis parce que ça se perd aujourd'hui dans les générations.

Henry: Oui, mais je n'ai jamais fonctionné comme ça. Je n'ai même pas pensé à ça en vrai. J'ai vraiment pensé que c'était l'équipe de France. On fait appel à toi. J'ai toujours pensé comme ça. Je me suis retrouvé, je l'ai déjà dit champion du monde à retourner un an et demi en Espoirs. Franchement, ce n'était pas facile. Je vais pas vous mentir, je voyais la liste sortir, je me disais: Pourquoi je n'y suis pas? Je recommence à Arsenal je me dis "bon, écoute, tu te tais, tu y retournes et tu fais ce que tu as à faire". Je ne fais pas le fanfaron, le barbu, comme on dit bien souvent. Et puis tu retournes. Est ce que j'ai toujours été bon quand je suis retourné? Non, je n'ai pas toujours été bon, mais j'y suis allé. Donc donc voilà, c'est comme ça que je l'ai pris. Je n'ai pas pensé à ce que tu viens dire. Je n'ai pas pensé que c'était juste les Espoirs. J'ai vu le maillot bleu.

Boutron: Ce n'est pas un effet Paris 2024 non plus?

Henry: Non, non, non, franchement. Mais c'est important attention, on parle des JO quand même. C'est tous les 100 ans dans ton pays. Et je l'ai dit, à part les Américains qui l'ont eu à Los Angeles et à Atlanta, ça n'arrive pas souvent. J'ai dit oui, parce que j'aime travailler avec les jeunes. Ça me permettait aussi de retourner sur un banc. C'était aussi cohérent de par ce que j'ai pu faire avec cette sélection, ce que j'ai pu faire avec les Bleus, ça matchait. Les codes des jeunes, j'arrive à les comprendre, même si ce n'est pas toujours évident. Donc voilà, j'ai vu ça. C'était peut être juste naturel sur le moment et j'ai bien sûr eu plein de trucs à gérer après.

Rothen: T'as dû voir les matchs avant. Est ce que c'est aussi une motivation aujourd'hui de montrer à ces joueurs qu'il y a cette fierté de porter ce maillot et que tu te porte garant là-dessus? Qu'ils retrouvent un vrai plaisir de mettre ce maillot de l'équipe de France Espoirs? Franchement, ça date mais on ne l'a pas toujours senti.

Henry: Écoute, je l'ai dit en conférence de presse, un grand respect pour ce que Sylvain Ripoll a fait avec l'équipe de France. Se qualifier, ça n'arrivait pas depuis un petit moment. Ça faisait 13 ans quand même donc ce n'est pas évident. Maintenant, j'y ai joué et j'ai vu comme vous. C'est vrai que des fois, j'avais l'impression que c'était une punition. Je pense qu'à un moment donné, ce n'est pas une punition. Tu vas représenter ton pays, tu peux avoir des déceptions parce que tu pensais être au dessus, parce que des fois, il y a des jeunes qui se disent "il y avait des vacances"... je n'en sais rien, mais c'est quand même l'équipe de France et ça ne se refuse pas. Et surtout quand tu viens, essaie d'être compétitif. Après tu peux gagner ou tu peux perdre bien sûr. Quand tu regardes bien dans l'histoire, c'est une génération où on ne gagne pas souvent. Après tu peux perdre. On n'est pas souvent en finale, on se retrouve en demie. On gagne avant et puis on gagne après. Tant mieux aussi. Mais dans cette génération, il y avait, de l'extérieur, un manque. Pardon, ma génération aussi. Il y a eu des générations énormes qui sont passées et on a pas réussi à gagner.

Rothen: Et ça, ça te met une pression supplémentaire? Parce qu'à l'arrivée tu as raison, on accepterait plus ou moins l'échec entre guillemets, que tu ne gagnes pas les JO. Mais malgré tout, vu que c'est Thierry Henry, vu qu'il y a une belle génération, vu que là il y a les JO à domicile, automatiquement tout le monde s'attend à ce que tu gagnes les JO. Et c'est ton but, vu le compétiteur que tu es.

Henry: J'ai parlé au président. D'ailleurs, il l'a dit lui même. L'objectif, c'est la médaille d'or. Mais ça, c'est un objectif. Parce que si tu rentres dans une compétition et tu te dis "je vais la perdre ou j'essaie d'être troisième ou j'essaie d'être deuxième", ce n'est pas terrible non plus. Maintenant, je pense que ça va être l'objectif du Brésil, l'objectif de toutes les équipes qui vont être qualifiées. C'est un objectif. Tu es supposé gagner donc ça reste un objectif. Maintenant, il va falloir le faire. Il va falloir mettre les choses en place pour le faire. Mais encore une fois, je n'ai pas envie de mettre les JO de côté. Mais il le faut parce qu'il y a quand même des matchs de préparation et à un moment donné, tout le monde parlait des JO et tout le monde oubliait qu'on avait ce match en Slovénie. Et ce match contre le Danemark, où on avait déjà deux matchs de qualification. Nous, on arrive face à une nouvelle génération. Il faut qu'ils s'adaptent au coach. Il n'y a pas de retour facile. Le tout avec une nouvelle philosophie, une nouvelle identité et un nouveau système.

Rothen: Et ça tu découvre en fait..

Henry: Non, on ne découvre pas vraiment parce qu'avec la Belgique, je savais ce que c'était de se retrouver en sélection, de gérer des mecs qui jouent dans des systèmes différents où il va falloir mettre un truc en place en une journée. Ce n'est pas que j'ai essayé de calmer les gens, mais en fait, c'est ce qu'il y avait devant nous.

Boutron: Juste une remarque aussi Thierry, c'est que tu es une incarnation de cette équipe de France. T'as longtemps été le meilleur buteur de l'histoire des Bleus. Tu arrives sur le banc des Espoirs, ça claque, comme on dit du point de vue de l'image. Nous, on pense à Paris 2024. Tout le monde est ravi de te voir débarquer comme ça à la tête de cette équipe de France. Est ce que incarner cette équipe espoirs quand on s'appelle Thierry Henry, c'est une force supplémentaire, un handicap pour toi. Parce que tu parlais du match de Slovénie: en Slovénie, vous avez joué dans une petite ville sur un petit stade, mais les 500 spectateurs qui sont venus, ils sont venus voir Thierry Henry et pas ni l'équipe slovène ni l'équipe de France Espoirs. Donc ça met un coup de projecteur sur toi. Est ce que c'est un avantage pour tes joueurs, un désavantage pour toi à ton avis?

Henry: Moi, je le vois comme un point positif. Les gens viennent aux matchs, les gens regardent le match. Ça permet à cette équipe de se faire voir, de montrer ce qu'on sait faire. Ça fait plaisir sur le plan personnel, Encore une fois, je l'ai dit: avant, j'aurais balayé tout ça, j'aurais dit non, ce n'est pas grave. Mais non, ça fait plaisir. Voilà, ça ne va pas plus loin que plaisir. Pour moi, il y a un travail à faire, mais pour les joueurs, je pense que c'est quand même mieux s'il y a du monde au stade, si les gens regardent le match. Pression. Pression positive, comme l'a dit Jérôme. Sur un plan personnel, ça a toujours été le cas depuis que je suis petit, tu vis avec et c'est comme ça. Est ce que c'est facile? Non, bien sûr que ce n'est pas facile. Mais tu sais très bien que quoi qu'il arrive, il n'y a pas souvent de juste milieu. Quand c'est bien, c'est trop bien. Quand ce n'est pas bien, c'est nul. Donc nous, on essaye de rester au milieu tout en essayant d'être ouvert, d'être assez honnête dans ce que je dis et j'essaie de donner des infos aussi sur ce qu'on fait. Il y a des trucs que tu ne peux pas toujours divulguer parce que c'est comme ça. Mais je sais que je ne peux pas empêcher les gens de venir et de penser d'une certaine façon à moi, à ce que j'ai fait avant ça, je ne peux pas le contrôler.

Rothen: Tu reste la même personne.

Henry: J'essaie de me concentrer sur ce que j'ai, sur ce que je dois faire. Je n'ai pas pensé à ça. Pour être honnête, en fin de match, je me suis dit comment "on va essayer de reproduire le même jeu, la même envie d'aller presser, mettre la balle au sol, jouer comme on a joué contre le Danemark sur un terrain qui n'était pas facile". On n'a pas parlé de terrain, on a parlé de jeu et d'essayer de se procurer des occasions. Je pensais à ça. Après, oui, là, maintenant, ça fait plaisir.

Rothen: C'est intéressant parce que je veux parler de ta méthode, de ton style. Ce que tu veux mettre en place, on va en parler. Mais juste pour rebondir sur les JO, je sais que tu as répondu et j'attends de voir ta réponse. Kylian Mbappé, il sera là?

Henry: Il faut lui demander.

Rothen: Il a envie. Et je pense que tu as envie de toute façon qu'il soit là. Si lui a envie.

Henry: Il faut demander déjà à son club, je ne sais pas s'il sera au PSG, je ne sais pas où il sera. Après Didier Deschamps, on verra ce qu'il va décider ou pas. Après on verra qui va venir vers moi ou pas. Là franchement, je ne peux pas te répondre.

Boutron: Jérôme ton avis à toi: Mbappé c'est obligatoire?!

Rothen: Franchement, je sais que la position de Thierry est délicate aujourd'hui et de toute façon, quoi qu'il dise, je sais qu'il en a envie. Au fond de lui, qui n'aurait pas envie d'avoir Mbappé dans son équipe? Après, il y en a d'autres qui ont montré leur candidature. Antoine Griezmann aussi veut le faire. Comme quoi ça donne des envies. Et d'avoir tiré Henry sélectionneur.. C'est dingue ça.

Henry: Franchement, je ne sais pas, je le dis franchement. Jérôme, pour ne pas botter en touche, même si je l'ai fait là, dans ma tête je pense déjà à la Bosnie et comment battre Chypre, une équipe qui n'est pas facile à manœuvrer en Espoirs. Donc ma tête allait plutôt là. Je pensais à ça ce matin.

Rothen: Moi, ça m'intéresse de parler de ton style, de tes méthodes. T'as eu des grands entraîneurs. Tu as eu Pep Guardiola, Arsène Wenger, Raymond Domenech. Tu vas s'inspirer de Raymond ou pas?

Henry: Le coach m'a donné pas mal de choses en Espoirs quand je suis revenu, au niveau du mental, de ne pas lâcher. J'ai appris des choses avec Domenech, j'ai appris des choses avec Arsène, j'ai appris des choses avec Pep, Ancelotti aussi, que j'ai connu à la Juve. J'ai appris aussi avec Aimé Jacquet. Tout le monde le sait. On ne va pas faire un peu revenir dessus. Il avait visualisé cette victoire. Il y avait pensé depuis 1996, même si je ne faisais pas partie de l'aventure. Son premier match, c'était en Italie, il avait déjà une vision. Ce n'était pas gagné en 1996. Après, au niveau du jeu, Pep a eu une influence énorme sur moi. Ça, c'est sûr. Roberto Martinez aussi dans la façon dont il demande à ses joueurs de se positionner: sélectionneur de la Belgique maintenant au Portugal donc.

Rothen: Tu essaies de prendre le meilleur.

Henry: C'est tout à fait normal.

Rothen: Thierry, tu sais que j'ai brillé quand même à Londres?

Henry: Oui, un match.

Boutron: Demi-finale de Ligue des champions 2004. Exceptionnel. C'était Maradona.

Rothen: J'étais sur le toit de l'Europe et après je suis tombé (rires).

Boutron: J'avais une dernière question sur le choix que tu as fait en Espoirs. Tu as choisi de nommer capitaine Warren Zaïre-Emery, le tout jeune Parisien qui est beaucoup plus jeune que ceux avec qui il joue en équipe de France Espoirs. Est ce que tu peux nous expliquer le cheminement de ton choix?

Henry: C'est normal. Je sais ce qu'il a dans la tête, je sais ce qu'il a dans les pieds, je veux savoir ce qu'il a dans le ventre et il a su répondre présent. Et puis j'avais dit aussi, ce nest pas une boutade, que moi, ce qui me surprend le plus, c'est qu'il soit titulaire au PSG, pas qu'il soit capitaine en Espoirs. Il a montré qu'il pouvait être capitaine. Pour l'instant, c'est lui le capitaine. Il n'y a pas de problème.

Rothen: Mais moi j'ai envie de savoir ce que tu leur demandes, la façon de jouer.

Henry: Ils rigolent quand je leur dis ça déjà: la structure. C'est super important parce que pour moi, dans ma tête, je pars du principe qu'un joueur ne sait pas dribbler. Donc il faut lui donner des options de passes. Si tu sais dribbler, dribble où il faut le faire, bien sûr. Je leur dis souvent aussi de s'autoriser à faire des erreurs dans la structure. Si tu le fais pas, on va avoir un problème. Donc on essaye de toujours donner au porteur du ballon une solution, deux ou trois, voire quatre, de passe. Et après c'est à eux de jouer. Il y a des trucs qu'il faut qu'ils respectent entre les deux surfaces. Et un match se gagne ou se perd dans les deux surfaces en général. Donc à eux de faire la différence parce que t'as travaillé avant d'arriver dans la surface. Si tu respectes ce qui est à respecter, t'auras forcément un peu plus de temps. Quand vous regardez sur les deux matchs, il n'y a pas beaucoup de joueurs qu'on dribblé. Voire aucun.

Rothen: Pourtant, certains aiment ça, Cherki en fait partie.

Henry: Mais pas que lui. Ça dépend ce que tu demandes à ton équipe. Je leur demande de respecter ça et ils l'ont respecté. Encore une fois, ça nous a réussi. Ça peut ne pas nous réussir. Mais pour l'instant, voilà, c'est ce qu'on a essayé de faire. Et oui, je suis vraiment content, surtout en si peu de temps. Quand tu te demandes à ton équipe de faire quelque chose, que tu leur dis "croyez moi, si vous faites ça, ça va marcher" et que tu peux remontrer les images.... Oui, ça a fonctionné et je l'ai dit à la fin du match contre le Danemark. D'ailleurs, je dis le but qui m'a fait le plus plaisir, c'est celui de Wahi. Parce que pour moi, l'équipe de France doit presser. On l'avait travaillé à l'entraînement. Je n'ai même pas parlé de la finition, d'ailleurs extraordinaire. Mais quand t'es fort en équipe, il y a quelque chose qui se dégage. C'est contagieux. Que tu le veuilles ou non. Et une équipe, elle est vulnérable quand elle souffre.

Rothen: Mais le fait qu'ils réagissent tout de suite, ça veut aussi dire qu'ils sont très à l'écoute de Thierry Henry, sélectionneur. Ça, c'est important d'avoir ce respect. Là, c'est toi qui leur parle. Et c'est vrai qu'on a senti qu'il y avait un système respecté, parce qu'ils ont beaucoup de respect par rapport à toi.

Henry: Franchement Jérôme, je ne sais pas si c'est parce que c'est moi ou pas. Moi, dans ma tête, je viens installer un projet, je ne me dis pas "ils vont plus m'écouter parce que c'est moi". Après vous, vous ressentez les choses différemment. On arrive avec le staff, On a dit qu'on allait jouer comme ça sur ces deux matchs. Ça ne sera pas la même chose sur les autres matchs par contre. Par contre, l'identité, la philosophie ne changera jamais. Mais le système peut changer. Le système peut changer un petit peu, jouer à trois derrière, comme tu peux jouer ailier ou écarté. Mais là, on avait ciblé qu'on allait jouer comme ça et que l'identité et la philosophie ne changeraient pas.

Rothen: C'est lié aussi à la présence à cette équipe. Alors ça, c'est peut-être les difficultés que tu vas avoir toi, en tant que sélectionneur des Espoirs, C'est que comme tu l'as dit d'un rassemblement à un autre, ça peut vraiment changer. Il peut y avoir des joueurs qui jouent pas dans leur club et tu ne vas pas les prendre parce que ceci cela et donc tu vas t'adapter au niveau du système. Parce que j'imagine qu'avec un joueur comme Cherki... Tu ne peux pas jouer de cette façon là avec tous les joueurs.

Henry: Je pense qu'à un moment donné, tu dois regarder ce que t'as. Et les joueurs aussi doivent s'adapter à ce que tu demandes tout simplement. On peut parler de Bradley Barcola. Il y a des gens qui m'ont dit pourquoi il a joué 9, mais pourquoi pas?

Rothen: Il a marqué.

Henry: Mais pourquoi pas? C'est un attaquant.

Rothen: Il a bien fait d'aller au PSG pour trois ans.

Henry: C'est à lui de nous montrer et nous démontrer s'il a bien fait ou pas bien fait. Je pense qu'il a la capacité et le potentiel pour s'imposer. Mais à un moment donné aussi, je reviens encore à la structure, vous allez rigoler. Mais si les joueurs respectent ce qu'on leur demande, peu importe qui joue 10, il aura les mêmes occasions. On va le trouver au même endroit. Après ça, au joueur, avec sa qualité, de faire ce qu'il a à faire dans cette position. Et c'est ce que Rayan a fait. C'est ce que Bradley a fait, Elye a fait... Je ne vais pas citer tout le monde. Peu importe qui allait jouer dans ce système, il savait ce qu'il avait à faire.

Rothen: Les retrouvailles avec Didier Deschamps, je sais que tu as beaucoup de respect.Tu sais que j'en ai fait un entraîneur champion du monde quand même. Et en 2004, on était sur le toit de l'Europe en finale. Derrière sa carrière...

Boutron: Sa carrière a explosé.

Rothen: Les gens ne le voient pas non plus mais tu as un petit rictus.

Henry: Un gros rictus.

Rothen: Blague à part, est ce que tu t'inspire de son management?

Henry: Enorme respect. On a pu gagner ensemble, on le sait. Partout où il va, il gagne. Moi, on me disait ma tante, "c'est la chance": non, c'est pas la chance. En tant que joueur, partout où il va, il gagne. En tant de coach, partout où il va, il gagne donc. C'est qu'à un moment donné, il y a quelque chose qui est important, qu'il a, un savoir. Comme tu le dis, il sait gérer les joueurs, il sait ce qu'il veut, il sait comment leur parler.

Rothen: Quand t'es sélectionneur, c'est quand même la qualité première, non?

Henry: Oui, il faut ça. Après, quand t'as un noyau dur, une ossature et quand même des joueurs qui reviennent à répétition, ils savent déjà comment le coach veut jouer, ça devient différent. Mais rassembler des joueurs qui jouent dans des systèmes différents dans des clubs, peut-être parfois les faire changer de position en sélection, qu'ils arrivent à comprendre que c'est pour le bien de l'équipe, pour la gagne, ce n'est pas toujours évident. Et le coach, en l'occurrence DD, arrive à faire ça. Combien de finales déjà? Oui il y a eu des finales perdues.

Rothen: Mais bon quand même, on y est déjà en finale.

Henry: C'est plus qu'extraordinaire.

Rothen: Mais on est des enfants gâtés.

Henry: Moi je me rappelle quand même que tu reviens du coup franc de Platini pour battre les Hollandais pour aller en Coupe du monde, et tout le monde était content d'y aller. On a vu les cassettes et tout le monde était content d'y aller. On va là bas, on ne fait rien mais on s'est qualifiés, ce n'est pas grave. Maintenant, "oh on n'a pas gagné". Tant mieux. Il faut en profiter et essayer de continuer.

Rothen: Sur Didier Deschamps, sélectionneur, son mode de sélection a aussi évolué. Ce n'est pas du tout la même forme que nous on avait à l'époque, les générations changent, le système change. Mais à l'époque, rappelle toi, pour être en équipe de France et même en Espoirs, il fallait jouer. Il y a des joueurs qui commencent à être en manque de temps de jeu et tu vas faire comme Didier, tu vas faire abstraction de ça et s'ils sont bons en sélection, tu les rappelles?

Henry: On en a discuté en fin de rassemblement, pas mal de joueurs ont pu profiter de la préparation physique du début de saison, octobre-novembre c'est plus dur. Il y a des joueurs qui jouent aussi dans des championnats où il y a des Coupe de la Ligue, où il y a pas mal de coupes, où ils vont pouvoir peut-être y apporter une rotation, puis avoir une rotation en Europa League et en Conférence League. Sinon ce n'est pas évident, surtout la génération Espoirs. En général, si tu es en équipe de France quand même, tu es titulaire dans ton club. Mais en Espoirs, tu peux te retrouver dans une équipe super forte et ce n'est pas parce que tu n'es pas bon mais il y a de la concurrence et meilleur que toi. Il va donc falloir bien regarder où ils sont au niveau des minutes. C'est vrai que quand tu es en sélection, tu arrives et tu penses que tu vas être bon mais tu es en manque de rythme.Il ne faut pas faire tout et n'importe quoi aussi. Il faut essayer de regarder où le joueur en est et pourquoi: il y a meilleur devant lui ou alors il n'arrive pas à s'imposer alors que normalement c'est lui qui devrait jouer? Il y a pas mal de choses qui rentrent en compte dans. Il faut gérer ça.

Boutron: On va pouvoir en parler avec toi et juste éclaircir un point et nous dire la vérité aussi par rapport à une rumeur qui a circulé. Est ce que cet été, tu as eu des discussions avec le PSG?

Henry: Non, non, non et non! Non, au revoir, see you later. Les gens aiment parler pour moi, ça c'est un truc aussi agaçant.

Rothen: C'est vrai que non, mais là dessus, je rebondis sur autre chose. Je trouve qu'à Amazon, l'image a changé. Les gens ont appris un peu plus à te connaître. D'accord, mais ce qui m'a surpris, c'est que t'as toujours cherché un poste d'entraîneur. Tu l'as toujours dit mais le téléphone a eu du mal à sonner. Pourtant, il y a plein de clubs français qui cherchaient...

Henry: Déjà, moi j'en veux à personne. Franchement mea culpa, c'est moi. Je n'ai pas peut-être montré comment j'étais tout ça. Je dis juste que les personnes qui avaient des infos ne les divulgaient pas comme il fallait le faire, c'est une vérité aussi. Par ailleurs, il n'y a aucun problème, je n'en veux à personne. Après maintenant, le compétiteur est mort, le joueur, il est mort. C'est fini. Donc à un moment donné, je ne peux plus rester dans ce genre de "Je suis énervé parce que j'ai marqué un but mais raté l'autre d'avant". C'est fini tout ça. L'être humain prend le pas sur le compétiteur et sur le joueur. C'est tout à fait normal. Je n'ai vraiment pas fait exprès et tu le vois bien, je le fais. Tu le sais bien Jérôme, mes yeux bougent tout seul quand quelqu'un dit quelque chose qu'il ne faut pas dire, mes sourcils se lèvent, j'ai des mimiques. Je ne sais pas d'où sortent, mais elles sortent. Et j'aime parler de foot aussi. Encore une fois, tu l'as dit, je remercie Amazon de m'avoir donné cette opportunité aussi, mais encore une fois, c'est tout à fait normal: le joueur ne prenait pas le pas sur sur l'être humain.

Rothen: Tu fais ton autocritique. Le passage d'entraîneur à Monaco, il t'a fait du mal?

Henry: Il y a des trucs que tu ne peux pas contrôler. Il y a pas mal de choses qui étaient incontrôlables. Encore une fois, je reviens, merci Monaco de m'avoir donné l'opportunité. Mais le seul truc, c'est quand les gens disaient "il n'est pas patient avec les jeunes", c'est un gros mensonge. Il y a eu beaucoup de mensonges.

Rothen: Après tu t'es refait une petite santé.

Henry: Au Canada, une santé? Un an confiné, seul...

Rothen: Je sais que t'as souffert. Mais tu as su rebondir de toute façon. Après le Canada tu es arrivé sélectionneur adjoint de Martinez en Belgique. Rappelle toi le départ de Martinez, les joueurs voulaient que ce soit toi.

Henry: Oui, oui, c'est vrai que ça m'a énormément touché. Je vais être honnête avec vous, voir des joueurs de ce calibre me dire qu'ils me voulaient moi... Après, ça ne s'est pas fait. Mais ça m'a redonné un petit... je me suis dit "ah tiens!" Douter c'est normal. Si tu ne doutes pas, tu as un problème. Le téléphone ne sonne pas, personne ne te calcule. Et puis ils n'ont pas calculé non plus. Mais c'est un constat encore une fois.

Rothen: Mais en Ligue 1 Thierry, personne ne t'a contacté?

Henry: Non, mais ils n'ont pas à me contacter non plus. Je veux dire, ce n'est pas une obligation, si?

Rothen: Mais quand tu as des équipes comme Lyon et je vais même aller plus bas parce que je sais que tu es un passionné. Des équipes comme Troyes l'année dernière, tu vois qu'ils veulent se maintenir en Ligue 1...

Henry: Personne m'a contacté. Mais encore une fois, j'ai attendu patiemment, sans perdre la foi. Et voilà, j'ai cette opportunité magnifique. Mais c'est vrai que quand j'entends les anciens de cette génération de Belgique parler comme ça, moi ça m'a fait chaud au cœur.

Boutron: On parlait d'exigence au début de cette émission, celle fixée déjà par ton père. Tu as toujours été formaté comme ça. Tu as fait l'INF Clairefontaine, tu es allé à Monaco, tu as joué très tôt: 1994, ton premier match en pro. Est ce que le jeune Thierry de l'époque Clairefontaine s'attendait à connaître une carrière aussi prestigieuse?

Henry: Non, pas du tout. Je vais être honnête, je savais juste que j'allais vite quand j'étais petit. Pas besoin de se prendre la tête. Il fallait au moins facilement six occasions pour en mettre deux. Donc le ratio n'était pas terrible. Mais je savais que j'allais vite. Donc en général, en jeunes, j'ai fait la différence avec la vitesse. Il n'y avait rien d'extraordinaire, je n'étais pas dans le dribble, c'était juste la profondeur. Et à un moment donné, quand tu arrives à Clairefontaine, tu vois qu'il y a des bons joueurs. Donc jamais je me serais dit que je serais arrivé à Monaco et que ça serait passé comme ça. En plus, quand j'ai signé à Monaco, je me rappelle, j'ai signé après six mois à Clairefontaine. Et je me rappelle la deuxième année, ils sont venus dans ma chambre à cette époque là et ont tous dit "Qu'est ce que tu fais ici à Monaco? Quelle erreur, tu aurais dû aller à Nantes, à Auxerre" et ils m'ont tous tué. Et à l'arrivée, j'ai joué avant eux. Donc tu peux jamais savoir. 1994, derby, on le perd. Deux zéro. On perd mais bon, c'est un début. Je crois que j'étais mort après. Après, je regardais le temps et avec dix minutes de jeu, j'étais déjà carbo. J'ai touché dix ballons et j'en ai perdu quinze. Mais j'étais content d'avoir joué, d'être là. Mais franchement, je pensais pas que... Pas aussi tôt.

Rothen: Mais c'est quand même tu as eu une ascension incroyable parce que là, on parle de 1994. On était ensemble en 1991, donc de 1991 à 1998, t'imagines sept ans après? Champion du monde?

Henry: Oui, c'est extraordinaire. Mais ce que je vais parler de ce que les gens n'ont pas vu parce que les gens ne s'arrêtent pas sur ça. Alors ce que vous avez vu, c'est ce que je viens de dire. Ce que vous avez vu c'est mon premier match, c'est 1998, c'est les championnats du monde en Malaisie, gagné le championnat d'Europe avec les moins de 18 ans à Besançon. Mais ce que je ne vois pas, c'est que de 17 ans jusqu'à1998, je n'ai pas eu de vacances.

Boutron: Tous les étés tu étais engagés sur une compétition.

Henry: 17 ans, tu grandis. Il faut gérer le dos, ton corps, tout gérer. Coupe du monde 98. Je me rappelle toujours, avec les Espoirs sur la mini plaine. On doit jouer l'équipe Espoirs d'Ukraine Russie. Hernie discale. 17 ans jusqu'à jusqu'à 1998. T'as pas de vacances. J'avais mes saisons et j'étais content d'être appelé. Attention j'étais content d'être appelé pour commencer la saison avec les championnats d'Europe. Mais quand tu fais un championnat d'Europe, après il faut reprendre avec les pros. Six jours de repos. Hernie discale. Et quand tu reviens, on te dit "il fait exprès, il a attrapé la grosse tête parce que parce qu'il est champion du monde". Et ça, c'est des trucs que les gens ne comprennent pas. À 17 ans. Bien sûr, j'étais content. On a gagné la Coupe du monde, bien sûr. Mais il y a un truc beaucoup plus important: l'aspect mental, l'aspect physique que les gens mettent de côté de temps en temps. Et ça fait longtemps que les joueurs jouent beaucoup. Il faut jouer, il fallait courir. Moi, je suis en train de parler. Je suis en train de vous dire ce que vous avez pas vu, pas entendu, pas vécu. C'était juste après la Coupe du monde, je retourne un soir et bien sûr, ça tape, ça dit que je ne veux pas jouer. Donc j'ai joué comme un imbécile et j'ai aggravé ça. Maintenant, on en parle un peu plus. Le joueur est un peu plus ouvert. Il y a des rotations parce que la vitesse du jeu a changé. Par contre, le nombre de matchs n'a pas changé.

Rothen: Je veux rebondir sur la Coupe du monde 1998: comment tu l'as vécu, cette Coupe du monde? Tu fais un premier tour incroyable. Je me souviens, moi, j'ai une image marquante, j'étais dans le stade et je n'étais pas loin de ton père. Je me souviens, quand tu tires le penalty contre l'Italie. Ça montre aussi tout ce qu'on a expliqué sur la première heure. Toute la pression vécue... Comment tu l'as vécu vraiment cette Coupe du monde 1998?

Henry: Déjà, je ne savais pas ce que le coach avait dans la tête, qui allait faire partie de la liste. Moi, tout ce que je sais, c'est qu'à l'époque, tu lis tout, tu regardes tout. Et mon nom n'était même pas sur les peu probables. Donc je me suis dit "Oh, si tout le monde pense ça, ça va être dur. Mais encore une fois, le mental.

Boutron: Parce que dès le début, tu as eu l'espoir d'y être?

Henry: Si tu m'invite, c'est ton problème. Si tu m'invites à la soirée et que je sais danser, c'est ton problème. Blague à part, si t'as une chance devant toi, tu essaies de la saisir. Moi, je ne savais pas ce que ce que le coach avait dans la tête. Je me suis réveillé tous les matins. La façon dont j'ai mangé, la façon dont je me suis étiré, la façon dont je me suis entraîné, la façon dont je regardais les gens, tu voyais bien qu'il ne fallait pas me laisser de côté. Mais après, il faut le démontrer sur le terrain, à l'entraînement, avoir l'envie. C'est ce que d'ailleurs le coach Aimé Jacquet a dit. Si je n'avais pas eu ce côté compétiteur, ce côté un peu chiant, la confiance... Après il faut faire ce qu'il y a à faire. J'avais et j'ai toujours un respect énorme pour cette génération et tous les anciens, tous ceux qui ont porté le maillot bleu, qui ont fait quelque chose. A part quand on allait sur le terrain. Il un peu de respect oui, mais on essaie de gagner une place. C'est la même chose pour les penalties. Le coach cherchait un tireur et moi je le regardais. Après l'histoire dit que c'est exactement ce qui s'est passé. J'aurais pu le rater aussi, mais quand il s'est tourné, il m'a regardé et j'ai dit oui, je me rappellerai toujours. Il m'a dit oui.

Rothen: Mais parce que des anciens ne voulaient pas tirer. C'est ça qui est incroyable.

Henry: C'est aussi une force de reconnaître que tu ne peux pas le tirer. Et il y a des moments, il faut savoir aussi se retirer. Je sais qu'à un moment donné, les gens peuvent prendre ça pour une faiblesse. C'est quelque part aussi une force. Il y a deux manières de voir les choses. Il n'a pas voulu tirer ou il savait qu'il allait rater, ou il pensait à rater, ou il le sentait pas. Alors je reviens: Warren, pourquoi il ne serait pas capitaine? Pourquoi je ne peux pas aller tirer? Tu fais partie d'un groupe et à un moment donné, on aura besoin de toi. À un moment donné, on aura besoin de lui. L'âge, moi personnellement, sur le sur le moment, je n'ai même pas pensé à ça. Le coach, lui, cherche des tireurs. Moi, je me sens concerné. Tout simplement. Et je le regarde bien sûr, encore une fois. Je suis parti, j'aurais pu le rater.

Rothen: Par contre, c'est intéressant ce que tu dis sur la Coupe du monde. Comment tu l'analyses ta Coupe du monde dans son ensemble? Quels moments marquants?

Henry: Il y a pas mal de moments. Mais s'il y a un moment vraiment marquant, c'est quand David (Trezeguet) pleure sur le côté. T'es là, tu fais ce que tu as à faire et des fois... c'est un peu mon côté trop en mode combat et méchant. J'ai été le voir et il me dit "On va être champion du monde". Et là, j'ai vu! Moi aussi j'ai fait "Oh! On va être champion du monde". L'arbitre a sifflé, On est champions du monde.

Boutron: À cet âge là en plus.

Henry: Oui mais franchement, je ne pensais même pas à ça parce que pour moi, dans ma tête... je ne sais pas, mais j'y pensais. Après, les gens vont me dire "ouais c'est ça!" Non, c'est vrai. Quand j'ai vu David pleurer, j'ai dit "Oh". Je dis "qu'est-ce qu'il y a?" Il m'a dit "On va être champion du monde, c'est trop beau". Quand tu as ce sentiment de puissance... à un moment, les trucs qui tournent en faveur

Rothen: Est-ce que tu n'as pas au fond de toi ce petit regret de ne pas avoir joué?

Henry: Je vais être honnête avec toi, ça a duré une seconde. Je suis le premier à m'échauffer à la mi-temps. Marcel est expulsé. Le coach est venu voir, il m'a dit "Tu vas rentrer". J'ai déjà dans mon truc. Je me suis dit ils sont en train de sortir, ils vont laisser des espaces. Alors là... Marcel est expulsé, il envoie Duga. Je sais qu'il va peut-être préférer un attaquant qui garde un peu le ballon pour nous faire sortir, et après je savais que j'allais pas rentrer parce que la façon dont on était là, je le savais. Mais ça a duré une seconde. Ça c'est des trucs. Tu y penses sur le moment parce que t'es quand même un être humain. L'émotion est venue mais je ne suis pas devenu de l'émotion.

Boutron: Alors on était à 98. Les larmes de David Trezeguet, Thierry qui réalise justement qu'il devient champion du monde à cet âge là. On voulait parler de ton expérience à Arsenal puisque ça aussi, c'est gravé à vie. Toi, la légende du club, tu as une statue devant le stade. C'est quand même assez dingue d'avoir sa propre statue devant un stade aussi grand. Arsenal dans ton cœur, tu le mets au niveau de l'équipe de France?

Henry: C'est incomparable parce que la nation c'est la nation. L'équipe de France, j'ai grandi avec ça. Et puis on ne peut pas comparer la nation et les clubs.

Boutron: Mais si on parle de club, Arsenal...

Henry: C'est au dessus de tout. Je suis devenu supporter en jouant ici et ça ne changera pas.

Rothen: T'es tombé sur un chef d'orchestre, un vrai chef d'orchestre, Arsène Wenger.

Henry: Il n'y a eu pas mal de chef d'orchestre. Arsène, bien sûr. Les idées. J'ai dit Arsène m'a éclairé le cerveau et Pep m'a ouvert les yeux. Arsène, c'est un mec juste brillant dans pas mal de choses. Quand il te parle, tu vas sur le terrain et t'as l'impression d'être le meilleur joueur du monde. Il a une façon de parler aux joueurs et je pense que vous l'avez déjà entendu parler. Si Arsène te dit bonjour, t'es mort, il a déjà gagné. Je suis déjà arrivé dans son bureau. C'est juste extraordinaire. Mais après, ne pas sous estimer aussi les anciens qui étaient là. Quand t'as David Seaman, Lee Dixon, Nigel Winterberg, Martin Keon, Tony Adams, Ray Parlour.... Si tu fais une erreur... Quoi? Tu sais très bien Jérôme, ton club, c'est le PSG, tu sais bien ce qu'il a fait à Ginola. Ppas seulement au PSG, mais à Newcastle. Ça ne rigolait pas à l'entraînement. Les mecs, comme je dis bien souvent, ils m'ont mis des coups pour que je comprenne ce que c'était Arsenal, c'était leur façon d'être. Et grâce à eux, grâce à Arsène, que j'ai réussi à comprendre ce que c'était que The Arsenal. Et ça ne m'a jamais lâché. Et c'est vraiment un club que j'ai dans le cœur et j'ai du mal à rester objectif. C'est le seul moment où tu verras que de temps en temps, j'ai du mal à rester objectif, c'est suand je parle d'Arsenal, c'est dur.

Rothen: C'est un rêve d'entraîner Arsenal un jour? Quand tu as passé tes diplômes d'entraîneur, il me semble que tu étais chez les jeunesà Arsenal, c'était Arsène qui était encore entraîneur. Comment ça se fait que il n'y a pas une passation de pouvoir?

Henry: Le coach avait des trucs à gérer. Ce n'était pas évident cette époque là. Il y a une opportunité, à un moment donné Arsène m'a demandé de voir si je pouvais coacher chez les moins de 18 ans. Mais il fallait que je lâche tout ce que j'avais à côté. À ce moment là ce n'était pas évident. Surtout que Steven Gerrard, à Liverpool, pouvait être sur une chaîne et entraîner les moins de 18 ans. J'étais content là bas, on m'a donné l'opportunité de de pouvoir, de pouvoir entraîner et après j'ai eu l'opportunité d'aller, comme tu le sais, avec l'équipe de Belgique.

Boutron: Juste petite digression parce que c'est un peu le fil rouge de ce Rothen s'enflamme. Ton père revient beaucoup, évidemment, c'est celui qui t'a façonné. Est-ce qu'enfin il a tavouer qu'il était fier de toi quand tu es devenu champion du monde? Quand tu as fait la carrière que tu as fait?

Henry: Bien sûr qu'il est fier de moi. Oui il me l'a dit, à maintes reprises.

Boutron: On voulait reparler de cette année 2006 qui a été complètement dingue pour toi, parce que déjà en club, tu as été fantastique. Et puis cette Coupe du monde en Allemagne où là aussi l'équipe de France nous a fait rêver, cette finale...

Rothen: Si j'avais été là, on aurait gagné.

Boutron: C'est ça la question: est-ce que, avec Jérôme, vous auriez été champion du monde?

Henry: On parle sérieusement? Tu aurais fait quoi?

Rothen: Zizou, il aurait mis un coup de tête à moi, ce serait peut être mieux passé (sourire). Non est-ce que c'est un regret cette Coupe du Monde 2006? Parce que toi, tu en as fait quatre. Mais celle là a été énorme.

Henry: Oui, cela a été énorme. Les qualifications, je pense que ce n'était pas terrible. Il fallait absolument gagner en Irlande ou en Suisse. On est parti gagner en Irlande. Après, en poule, tu joues de ce premier match contre la Suisse. Là, il faisait au moins 45 degrés. On fait 0-0, tout le monde disait on est trop vieux, ce n'est pas terrible. Ils sont morts. On monte en puissance et à l'arrivée pour perdre contre l'Italie, ils nous ont peut-être donné ce qu'on leur a donné à l'Euro 2000, où ils avaient peut-être mieux joué que nous et ça a tourné en leur faveur cette fois ci. Mais comme je le dis bien souvent, tu gagnes et tu perds ensemble. Ça peut arriver et malheureusement, cette année là, je perdsdeux finales. Je perds la finale contre le Barça au Stade de France, au Stade de France et je perd celle-là aussi. J'ai l'opportunité d'en gagner une après en Champions League et en Coupe du monde avant. Après, avec le recul, c'est vrai que le chemin, de temps en temps... ce sont es choses que je n'arrivais pas à bien gérer et comprendre quand j'étais joueur. Parce que pour moi, il y avait une finalité, la gagne. L'année n'est pas vraiment vilaine.

Rothen: Quand tu les perds, ça fait mal. Moi ce n'est pas la finale de l'Euro parce qu'on était ensemble en 2004, on se fait sortir contre les Grecs qui gagnent l'Euro. On perd la finale de Ligue des champions avec Monaco, on perd le titre à la dernière journée aussi et tout le monde en parle de cette année là. Et c'est vrai qu'avec le recul c'est une magnifique année, mais tu gagnes rien.

Henry: Oui, c'est vrai qu'avec le recul, maintenant, j'arrive à regarder ce qui est super important pour moi: l'héritage. Pour moi avant, l'héritage c'était le titre. Mais maintenant, avec le recul, je pense que comment ce que tu transmets et comment tu transcende les gens, c'est aussi important. J'aime beaucoup le basket, Allen Iverson n'a jamais rien gagné mais il m'a transcendé et il a transmis pas mal de choses. Mais à un moment donné, quand tu es dedans... je ne faisais pas attention à tout ça. Tu sors, tu as perdu et on m'a toujours dit que quand tu ne gagnes pas, ce n'est pas terrible.

Rothen: Sur le moment, est ce que tu en as voulu à Zizou?

Henry: Non. Je sais qu'il y a des mecs dans l'équipe qui l'ont dit ouvertement. Maintenant, moi personnellement, je le dis tout le temps, tu gagnes et tu perds en équipe. En 2006, on n'arrêtait pas de dire ça, mais à un moment donné, il faut aussi le dire quand tu perds. C'était notre phrase et il faut rester avec ça.

Boutron: On est revenu sur cette année 2006 complètement dingue. Deux finales, celle de la Ligue des champions et celle de la Coupe du monde. Thierry, avançons dans le club qui a succédé, c'est le FC Barcelone. Tu l'as dit, tu as réappris le football avec Pep Guardiola et ça a encore modifié ta vision du football à l'époque...

Henry: Je pensais que j'étais bien. J'arrivais à comprendre et voir les choses sur le terrain assez rapidement. Après les exécuter avec la vieillesse, c'est devenu un peu plus dur mais je voyais. Et quand je suis arrivé au Barça... J'ai dit mais ça, c'est quel genre de football?! Franchement, il fallait que je reprenne pas mal de choses parce qu'à un moment donné, tu ne peux pas appuyer sur un bouton comme un ordinateur reset. A un moment, reste écarté et ne vient pas dans l'espace du 8... Mais de quoi il parle? Moi je sais jouer au foot, laisse moi venir jouer, on court. Non, il fallait respecter ce qu'il avait mis en place et faire ce que tu avais à faire après, faire parler ta qualité quand il faut la faire parler. Tout ce qu'il disait arrivait. Quel entraîneur arrive sur son premier job et gagne toutes les coupes. L'année d'avant, on a encore Thuram, on en a encore Zambrotta, on a Deco, on a Ronaldinho. Il y avait encore plus de noms mais on gagne rien.

Boutron: Mais en quoi c'est si différent?

Henry: La discipline. On ne rigole pas avec lui, il ne rigole avec personne. Si tu ne respectes pas ce qu'il a dit, tu ne joues pas. Point barre. Et il te donne un schéma et une structure pour aller sur le terrain, tu sais exactement ce qu'il y a à faire en possession ou hors possession. Et pour moi, de très loin, c'est le meilleur que j'ai eu. Et de très très, très, très, très, très, très loin.

Rothen: Je reviens à mon histoire de Coupes du monde. Et c'est qu'on a eu un débat la semaine dernière parce que Daniel Riolo a dit que Griezmann était passé dans la hiérarchie devant Thierry Henry en équipe de France. Moi j'ai du mal avec ces classements là. Mais je t'ai défendu. On s'est chopé là dessus. Pour moi, c'est Kopa, Platini, Zidane, Henry.

Henry: Et je vais être honnête avec toi: chacun sa génération. Sans le carré magique, sans Platini et sans Kopa, il n'y a pas nous. Et sans nous, il n'y a pas le reste aussi. Donc c'est tout à fait normal. Et je dis souvent que les records sont là pour être battus. J'ai une admiration pour Griezmann, elle est énorme parce que ce qu'il fait à son âge, à l'heure actuelle. Contre l'Irlande, il y a un contre, c'est lui qui vient de tacler. Moi j'appelle ça des discussions de bar. Je suis vraiment désolé. Les gens s'assoient en disant qu'ils préfèrent lui ou lui. Franchement, il n'y a pas de problème. On parle de très grands quand même. Mais il y a un truc que j'ai toujours dit: pourquoi j'aime Griezmann, et puis Olivier (Giroud) aussi, c'est pareil. J'ai souvent des discussions avec Olivier, avant, après match, il n'y a pas de problème. Mais où Griezmann est vraiment impressionnant, c'est le nombre de buts et de passes. Je répète. Le nombre de buts et de PASSES. Aun moment donné, c'est toujours laissé de côté. Qui peut mettre des buts sans passe? Et dans l'histoire, qui pouvait?

Boutron: Maradona, Ronaldinho.

Rothen: Messi. Ronaldo.

Boutron: Le Thierry 2006, Arsenal.

Henry: Il n'y a pas qu'en 2006. A un moment donné, c'est que la passe est importante. Donc quand je regarde ça, Griezmann est complet. Buts. Passes. C'est là où c'est vraiment impressionnant. Parce à un moment donné, les gens n'aiment pas regarder les passes. Dans son histoire, il a réussi à faire les deux et ça, c'est vraiment impressionnant pour moi. Si on véhiculait un peu plus important de la passe... Quand je travaillais à Sky, j'ai toujours dit qu'il fallait faire un trophée pour le meilleur passeur. Je suis vraiment désolé, ça conditionne, ça peut conditionner la nouvelle génération.

Boutron: Alors justement, on parlait de joueurs capables de marquer des buts à eux tout seul. On peut citer tout de même Mbappé qui est en train de réaliser une carrière fantastique, qui rentre dans la légende de l'équipe de France et qui multiplie les saisons extraordinaires. Quand tu vois Mbappé, qu'est ce que ça t'inspire? Tu nous dis que t'as un immense respect pour Griezmann. On imagine que c'est la même chose pour Mbappé. Tu le vois aller jusqu'au bout, Kylian?

Henry: Comme on dit en anglais “The sky is the limit”. Là on parle pareil: buts, passe.s Moi ça ça m'impressionne, quand tu peux faire les deux. J'ai du respect pour tout le monde mais ceux qui savent faire les deux. Mais ça veut dire que tu le sors comment? Ça veut dire que même s'il n'a pas encore marqué, tu sais qui peut faire la passe. Mais s'il a fait, il peut marquer.

Rothen: Il y a quand même des similitudes avec toi. C'est fou quand même.

Henry: Je ne sais pas s'il y a des similitudes, je n'aime pas trop.

Rothen: Non mais moi non plus. Attention Thierry. Moi aussi je ne suis pas là à trouver la copie conforme de l'époque. J'ai la chance d'aller au Parc de le voir tous les 15 jours jouer. On a grandi ensemble, je t'ai vu jouer. Après, c'est vrai qu'il y a des similitudes, et en plus vous avez les valeurs. En plus il y a des choses dans lesquelles il peut progresser; le jeu dos au but, le jeu de tête...

Henry: Mais c'est ça qui fait peur. S'il commence à bien comprendre les mouvements dans la surface, en plus de ce qu'il fait en dehors de la surface, et le jeu de tête... Là, il en est un très beau à Reims, sur un centre, il revient là, il attaque la balle de la tête au premier poteau. Tu sais, il y a un truc que personne n'aime: c'est quand on arrive à voir un peu plus ce que tu ne sais pas faire. Il se met toujours dans les situations où tu vas voir ses qualités. Mais s'il commence à comprendre les mouvements dans la surface, marquer de la tête et être meilleurs dos au but... Et puis s'il arrive à faire ça, on arrête tout.

Rothen: Mais est ce que pour passer un cap, tu le vois aller obligé de partir dans un grand club à l'étranger?

Henry: Ecoute, je vais être honnête avec toi. Je pensais qu'il allait partir. Il a prolongé de deux ans. Là, il a respecté ce qu'il a dit, ce qui l'est. Il est là, il est toujours là. Il y un truc qui m'a toujours frappé avec lui, c'est qu'il veut toujours jouer.

Boutron: Tu te reconnais un peu?

Henry: Oui, oui. Il vient jouer le premier tour de Coupe de France. Après la Coupe, il vient jouer, il vient jouer. Il n'a jamais manqué de respect à personne sur ça.

Rothen: Parce qu'il est passionné.

Henry: Il est passionné, il peut parfois - ça arrive comme tout le monde - ne pas être bon, mais il est toujours là, toujours en train de se battre, toujours en train de faire les efforts, d'essayer de donner le maximum pour son équipe avec ses qualités. Après, il y a toujours quelques trucs à peaufiner, comme tous les joueurs. Mais c'est un joueur extraordinaire, hors pair. Pour avoir joué à l'étranger, un joueur étranger, il est chouchouté, il est chouchouté, il est aimé, il a un peu plus aidé. Et nous, de temps en temps, je trouve qu'on lui cherche la petite bête. Il a prolongé de deux ans parce qu'il devait partir. Vous voulez quoi? Qu'est ce qu'il a fait de mal? En vrai, il n'a rien fait de mal. Et est-ce qu'il a le droit de respecter son contrat? Oui, parce que quand un club va te faire partir et que tu as envie de respecter ton contrat, tu pars et ils font tout pour que tu puisses partir. Donc il n'a jamais, pour moi, manqué de respect au PSG ou à ses coéquipiers, il a toujours fait ce qu'il avait à faire. C'est toujours un mec impliqué, il a respecté ce contrat et il le respectera.

Boutron: Justement, avant d'accueillir nous nos supporters, le regard de Thierry sur ce qui se passe au PSG. Marco Verratti célébré ce soir au Parc puisqu'il a signé au Qatar. On a eu le départ de Verratti, celui de Neymar, celui de Messi, que tu connais bien. Qu'est-ce que tu penses de cette révolution qui est en train d'arriver au PSG?

Henry: Déjà, premièrement, je suis content que Verratti puisse dire au revoir parce qu'il le mérite. On peut dire ce qu'on veut, mais il a quand même été plus que bon au PSG. Neymar aussi. Après j'ai vu ce qu'il a dit, les gens... Moi, je reste sur ce qu'il a fait sur le terrain. Est-ce que ça aurait pu être un peu mieux? Oui, ça aurait pu être mieux. Mais quand même, il a représenté le PSG. Maintenant, l'équipe qui est en train de se construire me parle beaucoup. Je n'étais pas spécialement supporter du PSG mais je vais être honnête, là je pense que les supporters se voient dans cette équipe. Ils voient des mecs qui aiment le PSG. Le recrutement, je trouve qu'il a été plutôt bon. Aller chercher des Français qui aiment le PSG... bon attention, moi j'ai joué à l'étranger.

Rothen: Mais des Français champions du monde.

Henry: Et qui aiment le PSG. Quelle équipe là, à l'heure actuelle dans notre championnat, peut faire revenir des stars françaises?

Rothen: Il y a que le PSG.

Henry: OK d'accord, ils l'ont fait. Je pense que c'est cohérent. Maintenant, si on parle du coach, si on parle de la transformation tactique, on voit ce que veut faire Luis Enrique. Tu aimes ou pas, c'est un autre débat. Mais on voit ce qu'il veut faire.

Boutron: Tu vois une patte.

Henry: À la construction, sortie de balle, ça part vite en transition. Il faut rester dans les positions, ça reste trop écarté à droite, sur le côté gauche ça bouge un peu parce que le monstre est de l'autre côté. Quand Ousmane Dembélé reste au écarté à droite, c'est important. Les gens ne le voient pas. Alors on peut te dire que "oui, il touche un peu moins la balle". Oui,le monstre de l'autre côté. Mais si lui rentre, tout le monde rentrer et tout le monde s'amuse... La dernière fois, on disait justement qu'ils manquaient de structure. La position de Ousmane Dembélé qui reste haut à droite, bien écartée: elle est super importante et je sais que les gens vont me dire ce'est pas un dribble mais c'est super important. Élargir le jeu à l'intérieur et la défense qui reste. T'es obligé de tenir la ligne haute. C'est super important. Et on voit aussi, dans un schéma structuré, Vitinha a l'air épanoui. Si tu lui donne une structure, il sait ce qui se passe et c'est quand même un peu mieux.

Rothen: Thierry, tu dois être déçu des deux ans de Messi au PSG, non?

Henry: Non, je vais dire pourquoi. Je te rappelle quand je suis arrivé au début, sur Amazon, j'ai dit "moi pour faire jouer cette équipe, c'est un mal de tête". Je parlais encore une fois de structure, d'organisation. Je sais que vous allez rigoler encore une fois, mais comment tu joues avec les trois en même temps?

Rothen: Ils pouvaient faire mieux quand même, ils pouvaient être un peu plus investis, non? C'est juste dans son comportement.

Henry: Je ne peux pas dire ça. Pourquoi? Parce que ça m'est arrivé. Quand il jouaitavec l'équipe d'Argentine, une structure. Il n'y a pas trois Messi mais juste lui. Tu le mets dans une ossature où c'est lui seul le patron. Mais à un moment donné, je vais te dire un truc: je suis parti d'Arsenal. C'est quelque chose de super important. J'ai pleuré quand je suis parti d'Arsenal au Barça. Ça m'a mis un an pour réaliser que j'étais parti d'Arsenal, justement.

Rothen: C'est la fin. Ça a été passionnant. Encore une fois, je te remercie énormément de cette interview. Moi, mon émission est importante et je prends ça à cœur. Je te souhaite vraiment le meilleur avec l'équipe de France Espoirs. Et puis on va se reparler dans l'année. On va voir comment tu structure tout ça.

Henry: Merci.

Article original publié sur RMC Sport