Michelle Perrot : « L’histoire est un formidable instrument de liberté »

Manou Farine

Elle est celle qui, la première, a donné aux femmes une place dans le récit de l'histoire. Alors que paraît un ouvrage somme compilant ses recherches, elle revient avec nous sur son parcours, solidement féminin et féministe.

Elle reçoit avec une politesse aussi gaie qu’exquise –« restes d’une éducation catholique », sourit-elle, espiègle – dans un vaste et calme appartement parisien à parquet craquant et livres reliés dans bibliothèques. Rencontrer Michelle Perrot, c’est aller à la source. C’est rencontrer celle qui, en 1973, imposa avec deux collègues de Paris-VII le tout premier cours consacré à l’histoire des femmes. Celle qui, pionnière de l’histoire sociale, fit sortir de l’oubli et du silence les ouvriers, les prisonniers et, bien sûr, les femmes. Intimidation presque balayée par une tasse de thé, des petits chocolats, des éclats de rire et un verbe aussi vif et précis que pudique et attentif. À 91 ans, l’historienne réunit une copieuse sélection de ses écrits, sobrement titrée « Le Chemin des femmes ». Mille pages, cinquante ans de recherche et d’engagement au service des invisibles et de l’histoire, sa grande affaire. Rencontre avec une passeuse militante.                

ELLE. Travailler à cette anthologie vous a-t-il permis d’identifier ou de clarifier des choses que vous ignoriez de votre parcours ?

Michelle Perrot. C’est sûr qu’un tel projet oblige à « faire la pause ». Sans doute cela m’a-t-il aidée à voir en une fois les sujets auxquels je me suis intéressée, pourquoi je m’y suis intéressée et les liens éventuels entre eux. Mais il y a un peu d’artifices à faire ce type d’exercice : si on cherche les...

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