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Moins de vaches pour le climat, ce rapport fait polémique au sein de la profession

Un rapport de la Cour des comptes demande que la France réduise ses élevages de vaches, afin de faire baisser les gaz à effet de serre émis par les bêtes.

CLIMAT - C’est une petite phrase écrite noir sur blanc, qui fait bondir le monde agricole. Dans un rapport publié cette semaine, la Cour des comptes recommande à la France de « définir et de rendre publique une stratégie de réduction du cheptel bovin », pour respecter ses engagements climatiques.

En clair : il faudrait réduire sensiblement le nombre de vaches élevées sur le sol français, car elles contribuent directement au changement climatique. Lorsqu’elles digèrent, les vaches rotent et produisent du méthane (CH4). Ce gaz à effet de serre est particulièrement puissant et le deuxième plus important derrière le CO2. La question est dans la manière...mais ce n’est pas ainsi que la profession l’a reçu.

« Une vraie blessure » pour les éleveurs

Depuis la publication du rapport de la Cour des comptes, les réactions se font vives au sein de la profession. « Lire que votre activité doit cesser ou largement diminuer, c’est très compliqué pour des éleveurs » confie à l’AFP le président du syndicat agricole majoritaire FNSEA, Arnaud Rousseau. « C’est vécu comme une vraie blessure », ajoute-t-il. Sur twitter plusieurs éleveurs ont réagi et témoigné leur colère et leur fatigue, alors que le métier attire de moins en moins.

« Ce rapport à quelque chose de douloureux car il fait fi des différences de pratiques et de situations » estime pour le HuffPost Laurence Marandola, porte parole du syndicat Confédération paysanne. « Il y a différents types d’élevages bovins en France et ils n’ont pas tous des impacts climatiques comparables » veut rappeler l’éleveuse.

Un troupeau en élevage intensif n’a en effet pas le même bilan carbone qu’un troupeau élevé en prairie, qui permettent de séquestrer du carbone accueillent de la biodiversité. De même, un élevage nourrit localement va moins polluer que celui qui importe de la nourriture à bas prix d’un autre pays.

Plus de 10 % des émissions du pays

Il n’empêche que pris en bloc, l’élevage de vaches représente la majorité des émissions du secteur agricole français (45 %), et 11,8 % des émissions du pays. Ce n’est pas anodin : la France est le premier producteur européen de viande bovine et le deuxième troupeau laitier derrière l’Allemagne. Le fait qu’un troupeau de vaches émet du méthane et que ce gaz contribue au changement climatique est établi de longue date.

Pour autant, l’élevage de bovins reste le plus subventionné en France : 4,3 milliards d’euros d’aides publiques y sont dédiés chaque année. Un choix que remet en question la Cour des comptes dans son rapport.

L’institution met la France face à ses propres engagements : notamment celui de réduire de moitié d’ici 2030 ses émissions de gaz à effet de serre, par rapport aux niveaux de 1990. Si on veut atteindre cet objectif, il faudrait arrêter de soutenir autant l’élevage bovin et l’encourager à réduire sa production.

Accompagner une baisse qui a déjà lieu

« Notre production ne cesse de diminuer ! » rétorque la Fédération nationale des producteurs de bovins viande dans une lettre ouverte à destination d’Élisabeth Borne. « Nous avons perdu près de 1 million de vaches sur les seules 7 dernières années. Mais selon la haute administration, nos vaches ne disparaîtraient pas assez vite des paysages français ? » interroge la branche de la FNSEA.

Le cheptel français a en effet déjà diminué de taille, de 10 % ces six dernières années pour être précis. Mais « cette diminution reste subie et ne fait pas l’objet d’un véritable pilotage par l’État, au détriment des exploitants » observe la Cour des comptes dans son rapport. Cette diminution est notamment due à l’arrêt d’activité et à la sécheresse, et non a une volonté politique du gouvernement.

Justement, « ce que conclut ce rapport c’est surtout qu’il faut accompagner la réduction du cheptel bovin, pour choisir quel élevage on souhaite développer en France » souligne Aurélie Catallo, experte à l’IDDRI (Institut du développement durable et des relations internationales). Élever les vaches en plein air dans des prairies permet d’à la fois d’absorber du CO2 et de favoriser la biodiversité. Mais préférer ce modèle implique des politiques publiques ambitieuses, car il est moins rentable et demande plus de terres. « Actuellement le gouvernement ne fait pas de choix, et ce sont les élevages herbagés extensifs qui en pâtissent » explique-t-elle.

Pour l’heure, l’État se garde de fixer un objectif de baisse du cheptel. Le secteur de l’élevage n’a pas été évoqué dans le plan de réduction des émissions de gaz à effet de serre présenté ce lundi 22 mai par Élisabeth Borne. « On perçoit vraiment une frilosité et une réticence du gouvernement à s’atteler au sujet de l’élevage. L’exercice de la planification écologique aurait été l’occasion rêvée pour le faire » regrette Aurélie Catallo, experte à l’IDDRI.

Réduire l’élevage bovin appelle aussi des choix alimentaires et de santé publique de la part du gouvernement. Pour qu’elle soit bénéfique pour le climat, la baisse de la production doit s’accompagner d’une baisse de la consommation de viande en France, et non d’une importation plus importante venue de pays voisins. Les autorités de santé recommandent de ne pas en manger plus de 500 grammes de viande rouge par semaine. Aujourd’hui, un français en consomme en moyenne 700 grammes par semaine.

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