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Patrick Bruel évoque sa "peur panique" de faire une valise due à ses origines

PARIS, FRANCE - MAY 30: Patrick Bruel attends the French Open 2022 at Roland Garros on May 30, 2022 in Paris, France. (Photo by Stephane Cardinale - Corbis/Corbis via Getty Images)
Patrick Bruel, qui a quitté l'Algérie à trois ans, évoque sa "peur panique" de faire une valise (Photo by Stephane Cardinale - Corbis/Corbis via Getty Images) (Stephane Cardinale - Corbis via Getty Images)

Patrick Bruel est né à Tlemcen, en Algérie. À 63 ans, le chanteur n'avait jamais revu sa terre natale, quittée en 1962, à l'âge de trois ans. Approché par les autorités algériennes, l'artiste s'est rendu dans le pays de son enfance avec sa mère. Ce mercredi 8 février 2023, il a raconté son périple sur France Inter.

"J'avais quel âge, trois ans à peine, et nous voilà tous les deux à Tlemcen", écrit Patrick Bruel dans sa chanson "Je reviens". Ce retour dans son pays natal, qu'il a dû quitter à l'âge de trois ans, le chanteur en a rêvé longtemps, jusqu'à en faire un titre, qui figure dans son album "Encore une fois", sorti en 2022.

"Au mois de juin dernier, j'écris cette chanson, je me dis : "Il est temps de rendre cette histoire tangible". Au même moment, je prends ça comme un signe, les autorités algériennes me font savoir que ça leur ferait plaisir que Patrick Bruel revienne en Algérie, qui plus est avec sa maman. À l'époque personne ne savait que la chanson que j'écrivais pouvait traiter de ce sujet", a rapporté l'artiste sur France Inter, ce mercredi 8 février.

"Je reviens" était donc prémonitoire, puisque le chanteur a saisi l'occasion et s'est rendu en Algérie avec sa mère. Un retour qu'il a notamment documenté sur Instagram.

En 1962, les parents de Patrick Bruel, juifs pieds-noirs, quittent l'Algérie pour fuir la guerre. L'artiste part en dernier avec sa mère. "On est partis tous les deux vraiment les derniers et c'est pour ça que c'était important de revenir tous les deux", a-t-il expliqué au micro de France Inter.

"C'était une guerre, une vraie guerre"

Comme pour beaucoup d'enfants ayant quitté tôt l'Algérie pendant la guerre, Patrick Bruel a dû se contenter de quelques bribes, dans le cercle familial, sur cette période de l'Histoire. "Le souvenir était parfois l'évocation d'un soleil qui pouvait un peu manquer. (...) Mon grand-père ne revenait pas trop dessus mais c'était signifié quand même, c'était une guerre bien sûr. Ça avait été difficile, ça avait été douloureux, beaucoup d'incompréhension, d'amalgames, d'erreurs. (...) Ça m'a été raconté pas uniquement par eux (sa famille, ndlr), ça m'a été raconté aussi par l'Histoire, la presse, la littérature", s'est-il souvenu. "On disait beaucoup "les évènements" à l'époque, ce qui était une erreur. Je pense qu'il faut nommer les choses, ce n'étaient pas des événements, c'était une guerre, une vraie guerre."

L'artiste estime cependant avoir eu la chance "de grandir dans un discours apaisé, jamais de mots violents, de sensation de haine, jamais de revanche".

Vidéo. La Minute de Patrick Bruel

Si Patrick Bruel pouvait avoir quelques appréhensions à l'idée de faire ce voyage, elles ont été rapidement dissipées par l'accueil que l'artiste et sa mère ont reçu à Tlemcen, Oran ou encore Alger, étapes de leur pèlerinage. "Les gens voulaient me signifier à quel point ils étaient heureux de me voir. Les mots qu'on a le plus entendus, c'était "bienvenue chez toi, tu es ici chez toi, merci de revenir"", a-t-il mentionné.

Le chanteur et sa mère ont eu la chance de retrouver les bâtiments de leurs souvenirs intacts. "On a revu la maison où je suis né, celle ou elle (sa mère; ndlr) a grandi, celle que mes grands-parents ont acheté quand elle avait 16 ans."

"Il y a des choses à réparer"

Pour Patrick Bruel, ce pèlerinage servait aussi à "réparer", à renouer avec les habitants de ce pays duquel il avait été déraciné. "Nous devions réparer, certainement, et puis de l'autre côté aussi il y a des choses à réparer. En se rencontrant, en se parlant et en se regardant surtout. Il y a eu de très jolis silences pendant ce voyage."

Le chanteur dit ne pas avoir de souvenirs de ses années en Algérie, mais son départ précipité semble avoir laissé des traces dans son quotidien. Il évoque ainsi chez lui "la difficulté de partir, de faire une valise. Ça m'intrigue, j'ai eu une enfance tout à fait joyeuse, mais aujourd'hui encore, j'ai du mal à faire une valise. J'ai une peur panique à l'idée de me mettre devant une valise, de savoir ce que je vais prendre, je fais des listes, je deviens fou et ça fait rire tout le monde, mes enfants, ma compagne..."

Vidéo. Patrick Bruel : les confidences de sa mère Augusta sur leur départ "dans l'urgence" d'Algérie

Aujourd'hui, fort de ce voyage, l'artiste espère désormais pouvoir revenir bientôt en Algérie : "Je le referai avec mes fils et j'espère le refaire aussi avec mes frères." Il souhaite même y donner un concert : "La boucle serait bouclée."

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