Philippe Conticini : "Le jour où j’ai adoré l’infâme purée à l’eau de l’hôpital’’

Ce jeudi 27 janvier 2011, sur mon lit d’hôpital où je survis depuis douze mois, l’aide-soignante m’annonce une nouvelle majeure : « Ce soir, vous allez remanger. » Le début d’une renaissance.

Le 4 janvier 2010, j’entre, le cœur tranquille, dans une -clinique privée, pour un by-pass -gastrique. Un standard de la chirurgie de l’obésité, qui consiste à dériver les aliments à l’extérieur de l’estomac. Lequel a déjà subi une réduction il y a un an, par cœlioscopie, sans problème. La décision est lourde, on l’a longuement discutée avec mon épouse. Le succès de La Pâtisserie des Rêves me rend heureux, mais… je pèse 200 kilos. Depuis mes plus tendres années, je suis -terrassé par mon poids. Je compense le manque d’amour par la bouffe. Mon père m’a toujours dénigré, humilié, et mon grand frère, qui fut mon idole, n’a jamais voulu rassurer ce cadet à la sensibilité exacerbée. Quand je travaillais avec lui à La Table d’Anvers, je me souviens de mes retours à la maison en faisant un crochet au McDo pour engloutir plus d’une douzaine de hamburgers. Sans les apprécier. Compulsivement. Moi qui, dans mes desserts, ne recherche que le plaisir des sensations.

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Je suis plongé dans le coma pendant deux mois, plus près de la mort que de la vie

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Là, il s’agit de changer de logiciel. Catastrophe opératoire : non seulement le chirurgien ne va pas au bout de l’opération du by-pass, mais, en plus, il perce le gros intestin en plusieurs endroits. Et referme ! Les matières se répandent dans l’abdomen, provoquant une gigantesque infection qui n’est pas diagnostiquée tout de suite. Durant deux semaines, je bascule dans les douleurs et l’incertitude, ne sachant pas si mon état est grave. En fait, il est alarmant. Je l’apprends quand je suis transporté d’urgence à l’hôpital Bichat avec une quadruple dose de tonicardiaques. J’ai une péritonite, une surinfection des organes vitaux qui induit une septicémie. Le Pr Fournier me réopère et(...)


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