La philosophe Hélène L’heuillet : « Comment apprendre à accepter les temps mort… »

Catherine Robin

Le confinement va-t-il transformer notre rapport au temps… et aux autres ? Eléments de réponse avec la philosophe et psychanalyste Hélène L’Heuillet, auteure de « Eloge du retard : Où le temps est-il passé ? » et « Du voisinage » (Albin Michel.

ELLE. Avec le confinement, on a le sentiment confus que le temps s’est arrêté. Est-ce une illusion ?

Hélène L’Heuillet. Je crois qu’il faut nuancer ce constat. Malgré le confinement, les journées continuent d’être très chargées pour beaucoup de gens. Parce que le télétravail est dévoreur de temps, parce qu’il faut s’occuper des enfants, des repas, de la maison… Cependant, quelque chose a changé malgré tout. Dans un monde où le temps s’est accéléré, on s’est peu à peu laisser dévorer par le rythme social. Notre temporalité était complètement aliénée, aux mains des autres. On n’avait pas à se poser de questions. Là soudain, chacun est obligé d’organiser son temps. Chacun d’entre nous doit arriver à structurer sa journée, son temps, pour sortir d’un schéma de remplissage qui était le nôtre jusqu’à présent. Car structurer n’est pas remplir. Remplir le quotidien, c’est fuir le vide en passant des coup de téléphone à rallonge, en regardant jusqu’à plus soif des vidéos… C’est s’épuiser à se distraire, car il faudrait à tout prix éviter les moments de vide, potentiellement angoissants. Structurer sa temporalité personnelle, au contraire, c’est s’autoriser des intervalles de vide, une forme de souplesse. C’est se donner quelques grands repères qui permettent de sentir le temps passer. Car la vie, c’est du temps. Structurer son temps, c’est introduire des contrastes entre les différents...

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