Piqûres et violences sexuelles en festival: Comment ces associations assurent la sécurité

Application, mobilisation de bénévoles, stands ou encore conférences... Les associations Safer et Consentis tentent de protéger les festivaliers et prévenir les violences sexuelles.

FESTIVALS - Garorock, Les Eurockéennes, Mainsquare... Dès ce jeudi 30 juin, une vague de festivals se propage en France et pour tout le week-end. Après deux ans de pandémie, 2022 marque le retour des concerts et des foules.Mais pour les associations qui luttent contre les violences sexistes et sexuelles en milieu festif, cette année annonce également un programme chargé pourassurer la sécurité des festivaliers, et surtout des festivalières.

Car comme le rappelle Safiatou Mendy, coordinatrice pour l’association Consentis, qui lutte pour une culture du consentement depuis 2018, “60% des femmes ont déjà été victimes de violences sexuelles dans des lieux festifs, contre 10% chez les hommes”.

Application, stands et “brigades” de bénévoles


Dans cette perspective, l’association Safer a créé une application pour venir en aide aux personnes victimes de violences sexistes et sexuelles. Présente sur une trentaine de festivals cet été (Hellfest, Marsatac, Les Vieilles Charrue, Les Nuits sonores, ou encore We love green), son principe est simple:Si une personne se retrouve dans une situation inconfortable, voire une situation de danger, elle peut alors envoyer une alerte avec son téléphone, qui sera directement reçue par les bénévoles présents sur le site. La personne sera alors géolocalisée, permettant à un ou une bénévole en maraude de venir désamorcer la situation.

L'association
L'association

L'association "Safer" a lancé une application permettant d'envoyer une alerte à ses bénévoles en cas d'harcèlement ou d'agression sur un lieu festif. (Photo: Sébastien Blanc)

“N’importe qui peut devenir bénévole”, explique au HuffPost Johan Dupuis, l’initiateur du projet. Seulement, avant cela, tous doivent suivre une formation durant laquelle ils sont sensibilisés aux bons reflexes liés à ces violences: comment bien repérer une agression, intervenir en cas de besoin, ou écouter une victime. “Les vidéos de sensibilisation ont été conçues avec Consentis et le CIDFF (Centre d’information sur les droits des femmes et des familles, ndlr)”, ajoute-t-il.

“Entre le moment où la personne a déclenché l’alerte, et celui où le problème est réglé, trois minutes s’écoulent en moyenne”, affirme Johan Dupuis à partir de mesures effectuées sur le festival Marsatac en 2021.

Safermet également en place des tentes, qu’elle nomme des “safe zones” où les festivaliers peuvent se rendre en cas de besoin. Ils y trouveront alors des bénévoles et des professionnels, “qui travaillent dans un planning familial ou au CIDFF, dont c’est le métier de les écouter”, explique Johan Dupuis.

“Un festival idéal, c’est quand on a pas besoin de nous”

“Un festival idéal, c’est un festival où l’on a pas besoin de nous. Malheureusement, ce n’est jamais le cas”, continue-t-il. Selon une enquête menée par Consentis, 78% des personnes fréquentant les milieux festifs ont une personne de leur entourage qui y a été victime de violences sexuelles.

Néanmoins, ces lieux ne sont pas plus dangereux que d’autres, selon Safiatou Mendy. En comparaison, “80% des femmes en France ont déjà été victime de harcèlement dans la rue, et une femme sur dix subit des violences conjugales”, avance-t-elle. Ainsi, “on se rend compte que les violences sont partout. Seulement, en milieu festif elles peuvent prendre des formes plus violentes”, nuance-t-elle.

Pour lutter contre ces violences dans le milieu festif, comme il est nécessaire de le faire dans tous les secteurs, Consentis prend soin de partager les témoignages de victimes, fournir du matériel de prévention aux organisateurs ou encore réaliser des conférences. Safiatou Mendy a entre autres pris la parole aux Solidays, le vendredi 24 juin.

Les piqûres, “l’arbre qui cache la forêt”

La propagation des piqûres vient également augmenter des peurs liées aux lieux festifs. “En réalité, elle ne fait que les raviver, parce que la peur est là tout le temps”, explique Safiatou Mendy.

En revanche, ce qui fait sa spécificité, c’est le manque de contrôle qu’ont les potentielles victimes sur la situation. Les femmes ont intégré un grand nombre de stratégies d’évitement applicables la nuit: rester en groupe, connaître par cœur l’horaire des métros pour ne pas rentrer à pied, mettre un capuchon sur son verre pour ne pas être droguée... Mais les possibilités pour assurer sa propre sécurité face aux piqûres sont réduites.

Les festivals tentent alors de lutter tant bien que mal contre ce phénomène récent dont on ne comprend pas encore complètement les enjeux. Mais “arrêter une aiguille à l’entrée ou prendre quelqu’un qui pique en flagrant délit, cela relève de la chance”, rappelle Johan Dupuis.

Safiatou Mendy insiste néanmoins sur un point: ce phénomène, “c’est l’arbre qui cache la forêt”. Ancré dans une culture du viol toujours présente, il traduit des motivations qui n’ont rien de nouveau: faire peur. “Même si cela est encore difficile à tracer, on se rend compte à travers les tests toxicologiques que les agresseurs piquent à vide dans la majorité des cas”, précise-t-elle. Ainsi, les piqûres ne représentent qu’une partie d’un problème plus structurel, contre lequel les associations similaires à Consentis et Safer luttent d’arrache pied.

“Ce n’est pas parce que nous sommes présents qu’il ne va rien se passer”, explique Johan Dupuis. “On essaie juste de resserrer les mailles du filet, et rassurer tout le monde. On espère aussi que notre présence peut dissuader les potentiels agresseurs”, conclut-il.

Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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