La pollution atmosphérique serait plus nocive et dangereuse pour les femmes

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Dans le monde, "2,6 milliards de personnes sont exposées à des niveaux dangereux de pollution" rappelle sur son site l’Organisation des Nations-Unies (OMS).

Si la science ne cesse de montrer les effets délétères de la pollution de l’air sur notre santé, on n'a moins de détails quant aux spécificités de ces méfaits sur la santé des femmes.

Présentée le 4 septembre 2022 au Congrès international de l’European Respiratory Society, à Barcelone en Espagne, une étude inédite met en évidence l’impact grave de l’exposition au gaz d’échappement pour la santé des femmes par rapport à celle des hommes.

"Nous savons déjà qu'il existe des différences entre les sexes dans les maladies pulmonaires telles que l'asthme et les infections respiratoires", a déclaré en préambule Hemshekhar Mahadevappa, auteur principal de l'étude et expert en maladies inflammatoires chroniques à l'Université du Manitoba (Canada).

Avant de poursuivre : "Nos recherches précédentes ont montré que la respiration des gaz d'échappement diesel crée une inflammation dans les poumons et a un impact sur la façon dont le corps gère les infections respiratoires. Dans cette étude, nous voulions rechercher des effets dans le sang et comment ceux-ci diffèrent chez les femmes et les hommes". 

L'analyse du plasma sanguin comme outil

Pour mener ces recherches, les scientifiques de l’Université du Manitoba, en collaboration avec l’Université de la Colombie-Britannique, ont recruté dix participants.es non-fumeurs en bonne santé : cinq étaient des femmes et cinq autres étaient des hommes.

Tou.tes ont été exposés.es pendant quatre heures à de l'air filtré, et pendant quatre autres heures à de l'air contenant des gaz d'échappement de moteurs diesel à différentes concentrations (20, 50 et 150 microgrammes de particules fines (PM2,5) par mètre cube), avec un mois de pause entre chaque exposition.

Afin d’avoir des résultats précis, les chercheurs.es ont prélevés des échantillons de sang 24 heures après chaque exposition et ont procédé à des examens détaillés du plasma sanguin.

“Les échantillons de sang, ont été analysés à l'aide d'une technologie d'analyse bien connue appelée "chromatographie liquide-spectrométrie de masse" afin de détecter les changements dans les niveaux de différentes protéines du plasma sanguin après une exposition aux gaz d'échappement diesel”, précisent les auteurs de l’étude.

Des protéines en cause pour expliquer les différences de résultat

L’analyse a révélé que les niveaux de 90 protéines étaient nettement différents entre les volontaires féminins et masculins après une exposition aux gaz d'échappement des moteurs diesel.

Parmi les protéines qui différaient, certaines sont connues pour jouer un rôle essentiel dans l'inflammation, la réparation des dommages, la coagulation sanguine, les maladies cardiovasculaires et le système immunitaire.

"Ce sont des résultats préliminaires, mais ils montrent que l'exposition aux gaz d'échappement diesel a des effets différents sur le corps des femmes par rapport à celui des hommes et cela pourrait indiquer que la pollution de l'air est plus dangereuse pour les femmes que pour les hommes", a expliqué Neeloffer Mookherjee auteure principale de l’étude et professeure associée de médecine interne et d'immunologie à l'Université du Manitoba.

Des observations préliminaires qui restent à confirmer 

Si les auteurs de l’étude se félicitent pour cette initiative, ils précisent toutefois que d’autres travaux sont nécessaires pour mieux comprendre le rôle des protéines dans la différence entre les réponses immunitaires féminines et masculines.

"On sait que les maladies respiratoires comme l'asthme affectent différemment les femmes et les hommes, les femmes étant plus susceptibles de souffrir d'un asthme sévère qui ne répond pas aux traitements", a précisé Neeloffer Mookherjee.

"Par conséquent, nous devons en savoir beaucoup plus sur la façon dont les femmes et les hommes réagissent à la pollution atmosphérique et ce que cela signifie pour la prévention, le diagnostic et le traitement de leur maladie respiratoire”, conclut-elle.

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