Porno : le rapport choc sur la « pornocriminalité » jugé « autoritaire » et fallacieux

Plusieurs membres démissionnaires du HCE remettent en cause les méthodes utilisées pour écrire ce rapport remis ce mercredi 27 septembre à la ministre déléguée chargée de l’égalité femmes-hommes.
Thibaut Durand / Hans Lucas / Reuters Plusieurs membres démissionnaires du HCE remettent en cause les méthodes utilisées pour écrire ce rapport remis ce mercredi 27 septembre à la ministre déléguée chargée de l’égalité femmes-hommes.

PORNOGRAPHIE - Tandis qu’Élise Lucet et son émission Cash Investigation comptent faire trembler l’industrie du porno dans un nouveau numéro du magazine de France 2 diffusé jeudi 28 septembre, le tout récent rapport du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE) sur le sujet est également mis à mal par plusieurs membres démissionnaires de cette instance consultative.

Intitulé « Pornocriminalité. Mettons fin à l’impunité de l’industrie pornographique », ce document de 230 pages a été remis ce mercredi 27 septembre à la ministre déléguée chargée de l’égalité femmes-hommes, Bérangère Couillard.

Dans une tribune publiée sur Mediapart ce mercredi, Florian Vörös et Béatrice Damian-Gaillard souhaitent pourtant dénoncer une « dérive autoritaire » de l’instance. « Nous alertons sur son manque d’objectivité ainsi que sur le caractère autoritaire de ses méthodes et préconisations », écrivent les deux auteurs de la tribune.

Pour cela, ils regrettent par exemple « qu’aucune actrice ou réalisatrice de vidéos sexuellement explicites n’a été auditionnée, alors qu’elles sont nombreuses à s’être mobilisées contre les violences sexistes et sexuelles ».

Exclu du rapport pour « raisons idéologiques »

Selon ce membre démissionnaire et cette professeure en sciences de l’information et de la communication, Céline Piques, en charge de la direction de la commission violences du HCE (et donc à l’origine de ce rapport), « n’a lu et auditionné que des personnes dont le présupposé de départ est que la pornographie est en soi un problème à éradiquer ».

Pour justifier ces accusations, Florian Vörös évoque sa propre lettre de démission remise au HCE après avoir été « exclu des travaux de cette commission pour des raisons idéologiques ». Chercheur spécialiste des questions de pornographie et d’éducation à la sexualité, il cite plusieurs « travaux essentiels » qui ont été « sciemment ignorés » par le rapport.

Parmi ces sujets : « les recherches sur la réception des images sexuellement explicites », « les conditions de travail dans la pornographie » et « son encadrement juridique ». Le chercheur évoque également « les biais sexistes et LGBT-phobes des politiques de censure de ’la pornographie’ mises en place par les plateformes numériques ».

Une image tronquée et stéréotypée

Sur le fond du rapport, les deux auteurs de la tribune regrettent que le HCE n’assume pas son « parti pris idéologique anti-pornographie et se retranche derrière le constat pseudo-scientifique selon lequel ’90% des vidéos contiennent des actes de violence physique ou verbale’ ». Un constat présent dans le rapport et rendu possible après l’analyse d’un corpus de 50 vidéos que les deux auteurs jugent « non représentatives de la diversité des pornographies accessibles en ligne ».

Ils accusent d’ailleurs le HCE de « traiter les violences dans la pornographie de manière sensationnaliste, en insistant uniquement sur les faits les plus spectaculaires ». Ce qui implique une représentation stéréotypée des sexualités non conventionnelles (comme le BDSM, le sexe anal ou le sexe en groupe). Par conséquent, ils dénoncent l’assimilation de ces pratiques sexuelles autres « à la violence, tout en laissant penser que les pratiques sexuelles conventionnelles seraient par nature plus sûres et égalitaires ».

Sur les réseaux sociaux, Florian Vörös et Béatrice Damian-Gaillard ont été largement soutenus dans leurs critiques contre ce rapport. Parmi leurs soutiens, des professeurs, chercheurs et conférenciers spécialisés ou non sur la question de la pornographie.

À commencer par Sébastien Chauvin, membre du HCE, qui annonce sa démission ce mercredi dans un tweet après avoir voté contre la publication de ce rapport « caricaturalement prohibitionniste sur la pornographie ».

Le sociologue a d’ailleurs reçu le soutien de l’actrice française Liza Del Sierra, connue pour son implication contre les dérives de l’industrie du porno. Celle qui avait été auditionnée par le Sénat pour un rapport sur la pornographie publié en fin d’année 2022, s’est permis de répondre à la présidente du HCE sur Twitter (rebaptisé X).

« Je me sens salie et humiliée par votre ’travail’. Vous pouvez effectivement être fière de votre féminisme à deux vitesses noyé sous votre morale personnelle. Tout ce que je lis m’agresse. Je suis victime de votre rapport », a dénoncé l’actrice aujourd’hui reconvertie dans la production.

L’exécutif passe la seconde

Des critiques qui n’ont visiblement pas freiné la ministre déléguée chargée de l’égalité femmes-hommes. Après avoir pris connaissance du rapport, Bérangère Couillard a annoncé ce mercredi qu’il permettait d’engager un débat public et le début d’un combat contre la « pornocriminalité ».

L’occasion d’annoncer la création d’un groupe de travail, qu’elle présidera, impliquant les ministères de l’Intérieur, la Justice, le Travail, la Culture et le Numérique pour mener une « réflexion approfondie » sur trois thèmes : « le respect du droit du travail » dans l’industrie pornographique, « le retrait des contenus comprenant des tortures et actes de barbarie » et la « suppression des contenus pour les victimes de l’industrie pornographique qui le souhaitent ».

Les conclusions de ce groupe de travail sont attendues pour le « printemps 2024 » pour que des « mesures soient ensuite rapidement mises en œuvre », a d’ores et déjà assuré la ministre.

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