Pourquoi les cancers professionnels ne cessent d'augmenter ?

Chez les hommes, 85% des cancers de la plèvre et 10 à 20% des cancers du poumon seraient d'origine professionnelle.

En cette journée mondiale contre le cancer, Yahoo Actualités vous propose de revenir sur les cancers professionnels, ou cancers liés au travail, qui touchent de plus en plus de monde au fil des ans. Explications avec un spécialiste.

En France, 356 000 nouveaux cancers sont diagnostiqués en moyenne chaque année, avec environ 197 000 cas pour les hommes et environ 159 000 cas pour les femmes, selon Santé publique France. En 2015, le tabagisme était la cause principale des cancers (20%), suivi de l’alcool (8%). Les expositions professionnelles seraient quant à elle responsables de 5,7% des cancers chez l’homme et 1% chez la femme.

En moyenne, plus de 1 800 cancers d’origine professionnelle sont reconnus chaque année dans l’Hexagone. Un chiffre qui a plus que triplé en 20 ans, puisque 540 cas ont été reconnus en 1998 contre 1 940 en 2017, d’après les dernières données dévoilées par l’assurance maladie.

Une augmentation “logique” selon le cancérologue et fondateur de l'Institut national du cancer, David Khayat : “La contamination des ouvriers avec des métaux lourds et des substances toxiques et la contamination des agriculteurs avec des pesticides date des années 1950 à 1980. Après la guerre personne ne faisait attention à rien... C’est seulement après qu’on a commencé à faire des efforts en portant des masques. Mais comme il faut 20, 30 ou 40 ans pour faire un cancer, ils sortent seulement maintenant.”

Qu’est-ce qu’un cancer professionnel ?

Les cancers professionnels résultent d’une exposition à certains produits ou à certains procédés dans le cadre de l’activité professionnelle. En gros, ils sont qualifiés comme tels lorsqu’ils sont la conséquence de l’exposition d’un travailleur à un facteur cancérigène sur son lieu de travail. Comme ils apparaissent plusieurs décennies après cette exposition, ils touchent très souvent des gens qui sont déjà à la retraite.

Comment les différencier des cancers d’une autre origine ?

Ces cancers professionnels sont listés. Il existe une liste reconnue par la sécurité sociale des cancers dits professionnels, comme l’explique le cancérologue le plus réputé de France : “Il faut pour cela que ça soit un certain cancer, comme celui du poumon ou de la plèvre, que le patient ait eu un certain métier avec un certain niveau d’exposition cancérigène mis en cause, comme par exemple l’amiante. Ensuite c’est au patient, avec le soutien de son médecin traitant ou de la médecine du travail, de faire une demande de reconnaissance de sa maladie comme maladie professionnelle et il y a par la suite une commission qui regarde le dossier et qui dit oui ou non.”

Les chiffres sont donc “très précis” selon le professeur David Khayat, car chaque nouveau cas est déclaré et étudié sérieusement : “Ce n’est pas le médecin qui diagnostique un cancer professionnel mais il imagine que ça puisse l’être, avant que le cas du malade soit étudié par une commission officielle et que ce dernier soit reconnu comme atteint d’un cancer professionnel.”

Qui concernent-ils ?

Tout le monde peut être concerné par les cancers liés au travail, mais en particulier les travailleurs qui sont, ou ont été, exposés à des produits ou procédés susceptibles d’augmenter le risque de cancer. Selon une enquête nationale SUMER (surveillance médicale des expositions aux risques professionnels), ce sont les ouvriers, les travailleurs de nuit et les salariés à contrats précaires qui sont les plus concernés. Selon l’institut national de recherche et sécurité (INRS), les secteurs d’activité les plus exposés sont ceux de l’industrie du bois, de la métallurgie, de la chimie et plasturgie, du bâtiment et des travaux publics, et de l’activité minière. D’autres secteurs comme les activités de maintenance, de nettoyage, de dépannage, de désinfection en milieu hospitalier ou dans l’agroalimentaire, le travail dans un laboratoire d’anatomopathologie ou dans un laboratoire de recherche présentent également des risques potentiels.

Au total, 10,2 % des salariés seraient exposés à au moins un facteur cancérigène sur leur lieu de travail, ce qui représente 2,37 millions de travailleurs. Dans 70 % des cas, il s’agirait d’ouvriers, et dans 83,8 % ils concerneraient les hommes.

Comment les éviter ?

La partie la plus importante pour permettre au maximum d’éviter ces cancers concerne la prévention faite par l’employeur ou la branche professionnelles, comme l’explique l’oncologue : “La prévention de ces cancers passe par des mesures qui doivent être instaurées par l’employeur, mais aussi les branches professionnelles, qui vont mettre en place des stratégies de prévention comme le port des masques, ou éviter les poussières d’un chantier, etc.” Mais il tient à préciser que tout n’est pas de leur ressort : “Il faut aussi qu’il y ait une certaine responsabilité de la part des ouvriers et des agriculteurs. Par exemple, les agriculteurs utilisent souvent des pesticides cancérigènes mais ne se protègent pas assez. Après, il faut déterminer si la personne qui a vendu le pesticide a bien expliqué les dangers, ou si c’est l’agriculteur qui n’a pas bien compris ou tout simplement s’il s’en fiche”.

En France, entre 4 et 8,5 % des cancers ont une origine professionnelle, ce qui représenterait 13 000 à 30 000 cas chaque année, de nombreux patients n’étant pas toujours au courant des origines de leur maladie.

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