"Tu n'es pas sorti de tes vacances ?" : Pourquoi ces jeunes ne souhaitent plus bronzer

Wassila Djellouli
Journaliste lifestyle

Tous les étés, le rituel est le même : sur les plages, les jeunes étendent leurs serviettes pour se dorer la pilule sur toutes les faces. Enfin, pas tous. Certains ont en effet décidé de ne plus chercher à bronzer, préférant profiter de la plage autrement ou se consacrer à d’autres activités. Mais pourquoi ce choix et comment l’assument-ils ? Voici leurs réponses.

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“J’ai 31 ans, et depuis quelques années, j’ai des soucis de santé. cela m’a fait prendre conscience de la fragilité de mon corps…”, raconte Estelle, qui a en conséquence décidé de faire davantage attention à sa peau. Celle qui s’est longtemps “exposée au soleil, parfois sans protection, pour tenter de bronzer rapidement” mesure aujourd’hui “bien plus les conséquences de [s]es actes et de [s]es choix” : “Je réfléchis à long terme plutôt qu’à court terme. Je me protège. Je suis peut être moins bronzée au retour des vacances, mais ma peau restera élastique peut-être plus longtemps que celle des autres, et surtout je m’évite d’éventuels problèmes de santé supplémentaires…”

A 31 ans, elle a des taches brunes à cause du soleil

Honnête avec elle-même, la jeune Parisienne avoue qu’il y a aussi des raisons esthétiques à cela : depuis cet été, elle a vu des taches pigmentaires apparaître sur son front à cause du soleil. “Des taches un peu brunes, comme ont les femmes d’âge mûr”, explique celle qui avoue ne jamais avoir imaginé que la peau pouvait vieillir si vite. Depuis cette découverte, elle ne se sépare plus de son petit chapeau et se couvre de crème solaire sur la plage et ailleurs.

En adoptant ces gestes de prévention, Estelle sait qu’elle fait le bon choix. Mais elle a aussi conscience d’être en total décalage avec les autres jeunes de son âge. “Passer des aprem à lézarder sur la plage ne revêt plus le même intérêt pour moi qu’avant. Et côté apparence, je suis moins dans les diktats de la mode, c’est comme si on me trouvait moins fraîche, moins jolie…”. Et ce ne serait pas une impression à en croire le sondage Ipsos pour La Roche-posay datant de 2015 : sur 10 Français interrogés, plus de 7 affirmaient que le bronzage était sexy.

L’injonction de la “bonne mine”

Depuis les années 30, un teint hâlé est synonyme de vacances, de repos et même de bonne santé. Avec l’avènement des congés payés en 1936, les Français commencèrent à afficher leur mine dorée, à l’image de Coco Chanel, dont le bronzage marqué à son retour de vacances en mer du Nord fit des émules. Mais alors que l’effet de surenchère hissa quelques décennies plus tard le “crâmé” au top de la mode, la tendance serait actuellement plutôt à la prudence : les jeunes d’aujourd’hui recherchent plutôt l’effet “bonne mine”, comme l’explique Bernard Andrieu dans son livre Bronzage, une petite histoire du soleil et de la peau. Un véritable progrès pour la santé, mais une injonction qui reste toujours très forte.

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Heureusement, cela n’empêche pas certains adeptes du “sans-bronzage” de tirer profit de leur singularité. A l’instar de la blogueuse Maman Lempika, qui a dû arrêter de s’exposer à cause de naevus à risque : “En septembre, je me présente, triomphalement, avec tout au plus trois taches de rousseur supplémentaires sur le nez et une légère coloration du buste […] J’aime l’idée de ne pas être à la mode. J’adore, même. Mon teint me démarque, et se démarquer, c’est arracher à cette existence vaine et tragique une part de gloire éternelle…non ?”, affirme-t-elle non sans emphase.

Elle arrête de vouloir “devenir son contraire”

Si elle ne l’a pas fait dans l’intention de sortir du lot, Nina du blog ninaah.com a pris la décision d’arrêter de bronzer pour apprendre à s’accepter comme elle est : “Les Asiatiques, qui ont une peau miel souhaitent une peau blanche et les Européens qui sont blancs de peau, souhaitent une peau miel. On veut toujours le contraire de ce que l’on a, et j’ai décidé de dire stop à toutes ces bêtises”. Aujourd’hui, la jeune femme veut “consacrer [s]on énergie à d’autres activités, plutôt que de [s]e fatiguer à essayer de devenir [s]on contraire”.

Mais difficile pour ces personnes de se confronter aux remarques parfois déplacées de leur entourage. “J’essuie pas mal de réactions ou de réflexions pas très agréables et surtout pas très tolérantes !” nous confie à ce sujet Jennifer du blog jenicherie.fr, confirmant-là l’injonction du bronzage. “Ce que j’entends le plus souvent, c’est : “Bah, tu es toute blanche, va falloir penser à aller te bronzer !”, “Oh la la, mais tu n’es pas sortie pendant tes vacances”, “un vrai cachet d’aspirine”, et j’en passe…”.

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Pourtant, rien ne pourrait venir perturber cette “fan inconditionnelle des pin-up des années 40/50 et de leur peau porcelaine de poupée”. Pour conserver un teint pâle, elle porte tous les étés “un bon chapeau de paille assez grand qui cache bien [s]on visage et [s]es épaules. Une bonne paire de solaire, car il ne faut pas négliger ses yeux et une très bonne crème solaire indice 50”. Et à ceux qui penseraient qu’elle s’interdit de profiter des joies de la plage, elle répond : “Je n’ai absolument aucune patience pour rester à faire la crêpe pendant des heures […] mais j’aime y aller !”. Preuve qu’arrêter de se dorer la pilule n’empêche en rien de profiter de l’été…

Wassila Djellouli