Qu’est-ce que le Conseil national de la Nouvelle résistance, qui vient tout juste d'être créé ?

Amélie Quentel

“Notre ambition est d’offrir un point de ralliement à toutes celles et ceux qui pensent que “les Jours heureux” ne sont pas une formule vide de sens mais le véritable horizon d’un programme politique.” Le tacle à Emmanuel Macron, qui, dans son allocution du 13 avril, avait fait référence au programme du Conseil national de la résistance (CNR), est assez explicite dans le manifeste du Conseil national de la Nouvelle résistance.

Lancé mercredi 13 mai, ce CNNR, dont le secrétariat est composé du réalisateur et co-fondateur de Citoyens Résistants d’Hier et d’Aujourd’hui Gilles Perret, du cinéaste et romancier Gérard Mordillat, de l’éditeur Florent Massot, du journaliste et écrivain Denis Robert, de Katell Gouëllo du Média TV et de l’agrégé et prof d’économie Bertrand Rothé, ambitionne de “mener le combat du jour d’après”, notamment contre “les ravages du néolibéralisme”.

Dix hommes et dix femmes, aux profils divers - la sociologue et philosophe Dominique Méda, le comédien et défenseur des droits des intermittents Samuel Churin, la politologue Fatima Ouassak, Pablo Servigne, l’un des théoriciens de la collapsologie, la médecin et militante Sabrina Ali Benali... - dont deux Résistant·es en co-président·es d’honneur, Anne Beaumanoir et Claude Alphandéry, vont entamer un travail commun de réflexion sur les “principes selon lesquels notre société devra désormais être gouvernée”.

Leurs travaux seront alors présentés publiquement le 27 mai, journée nationale de la Résistance, afin que, comme nous l’explique Danièle Linhart, membre du CNNR, “tout le monde puisse se joindre à ce débat collectif, l’alimenter, le démultiplier territorialement”. Pour la sociologue du travail - qui précise parler en son nom tout le long de l’entretien ci-dessous -, il est actuellement indispensable de “se donner le droit de repenser et de déconstruire la société prédatrice dans laquelle nous sommes plongés”.

En quoi le conseil national de la résistance et son programme sont-ils une source féconde d’inspiration pour “mener le combat du jour d’après”, comme il est écrit dans le manifeste du CNNR ?

Danièle Linhart - Le CNR de la fin de la Seconde Guerre mondiale a effectivement voulu poser une démarcation entre la logique du monde antérieur, qui avait conduit notamment à cette horreur totalement inhumaine que représentait cette guerre - avec cette dérive fascisante d’extrême droite qui avait submergé l’Europe et conduit à un désastre social, humain, et économique -, et l’idée de reconstruire un monde basé sur une solidarité. Un monde basé sur un sentiment de responsabilisation des responsables politiques par rapport aux citoyens, sur l’idée de leur donner des droits, une égalité par rapport à ces droits, la possibilité de gagner leur vie... 

En somme, refonder, changer de prisme idéologique, et s’autoriser à remettre en question tout une série de cadres juridiques qui étaient dominants à l’époque : le monde, on peut le rebâtir, c’est une question de volonté, de décisions, une question de choix de rationalité politique, économique et sociale. Et, au sortir de la guerre, ils ont gagné la liberté de changer les choses.

L’idée de départ est donc celle-ci : essayer de repenser l’ensemble des dimensions politiques, économiques, sociales, juridiques du pacte social. Se donner le droit de repenser et déconstruire les choses à partir d’une critique, voilà ce qui m’a vraiment incitée à participer à ce CNNR : nous sommes en droit, légitimement, de déconstruire la réalité dans laquelle nous sommes plongés, et de montrer qu’elle est le résultat non pas d’un fatum inéluctable, mais d’une série de décisions politiques, économiques, prises par les dirigeants à des moments particuliers.

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