Qu'est-ce que le tabagisme ultra-passif ?

On connaît déjà les dangers du tabagisme passif.

Qu'il s'agisse de se prendre de la fumée dans le nez, de conduire avec un fumeur ou d'embrasser un bébé après avoir allumé une cigarette, le tabagisme passif serait associé à plus de 4 000 produits chimiques, d'après le projet Smokefree du NHS.

Et de plus en plus d’études indiquent que la nicotine et d'autres produits dangereux restent coincés dans les tapis, les rideaux et les vêtements pendant des années, voire des décennies.

Dans le cadre du tabagisme ultra-passif, le danger peut donc être présent bien après l’acte.

Qu'est-ce que le tabagisme ultra-passif ?

Le tabagisme ultra-passif fait référence à l'exposition aux résidus de nicotine et d'autres produits chimiques sur les surfaces intérieures.

Ces derniers réagiraient avec d'autres « polluants intérieurs », créant ainsi un « mélange de composés cancérigènes toxique », d'après la Mayo Clinic.

Les polluants intérieurs peuvent inclure des composés organiques volatils (COV) que l'on trouve dans d’innombrables produits, de la peinture aux produits anti-mites, en passant par les produits nettoyants et le maquillage.

La US Environmental Protection Agency associe les VOCs à l’irritation des yeux, du nez et de la gorge, ainsi qu’à des maux de tête, des nausées et même des problèmes de reins, de foie et du système nerveux central.

Il a été prouvé que certains VOCs sont à l’origine de tumeurs chez les animaux, et d'autres sont « suspectés ou à l’origine de cancers chez l'homme ».

La Mayo Clinic nous met en garde en précisant que les effets du tabagisme ultra-passif peuvent s'accumuler au fil du temps.

Il pourrait être dangereux de respirer les produits chimiques ou même de toucher une surface contaminée.

En gros, le tabagisme ultra-passif ne peut pas simplement être éliminé en ouvrant les fenêtres ou en mettant la climatisation en route.

L’unique solution pour l'éviter semble être de vivre sans fumer.

Comment le tabagisme ultra-passif peut-il nuire à la santé ?

Le tabagisme ultra-passif est un sujet d’étude relativement récent.

Des scientifiques de l'université Drexel à Philadelphie font partie des premiers à s'être penchés sur l’impact des résidus de nicotine dans nos maisons.

Ils ont analysé une ancienne salle de classe et ont trouvé des « composés d'azote réduit » dans 29 % des particules en suspension dans l'air.

L'équipe a associé cela à des « composants du tabagisme ultra-passif » présents sur des « surfaces intérieures ».

« Dans une salle de classe vide, où le tabagisme était interdit depuis un certain temps, nous avons constaté que 29 % de l'ensemble [des particules d'air] contenaient des composants associés au tabagisme ultra-passif », a déclaré l'auteure de l'étude, le Dr Anita Avery.

Dans une deuxième partie de l'expérience, l'équipe a rempli un récipient scellé de fumée de cigarette avant d’« évacuer » la fumée à l’aide d'air frais, rapporte The Independent.

Le lendemain, ils ont envoyé de l'air filtré dans le récipient afin de recréer une forme de ventilation intérieure.

Malgré cela, le récipient renfermait encore 13 % plus de substances nocives que les récipients de contrôle.

Les scientifiques pensent que l'air humide et libre, comme celui qu’on retrouve dans les bureaux, peut « soulever » des produits chimiques fixés aux surfaces qui finissent ainsi en suspension dans l’air.

Les résidus de nicotine peuvent persister tout autour de nous, mais on ne connaît pas encore très bien les risques pour la santé.

Pour en savoir plus, les scientifiques du Lawrence Berkeley National Laboratory en Californie ont exposé des bébés souris au tabagisme ultra-passif.

Les animaux exposés avaient un poids bien inférieur à celui des animaux de contrôle non exposés.

Le tabagisme ultra-passif a également « transformé » la composition sanguine des souris.

Les nouveau-nés avaient beaucoup plus d'éosinophiles, protéines associées au système immunitaire, suggérant ainsi que leur système immunitaire avait été activé.

Le nombre de plaquettes, qui permet au sang de coaguler en cas de coupure, avait également baissé.

Les scientifiques ont conclu que « le tabagisme ultra-passif pouvait avoir des effets néfastes sur la santé de l’homme ».

Chez l’humain, les bébés et les tout-petits seraient les plus touchés.

Dr Jonathan Winickoff, du Harvard Cancer Center, a confié à Scientific American : « Le cerveau en développement est particulièrement sensible aux taux extrêmement faibles de toxines ».

Le pédiatre mentionne également que les enfants se trouvent plus près des résidus de fumée dans les tapis ou les meubles, en raison de leur taille.

« Ils ont tendance à toucher, voire mettre la bouche sur les surfaces contaminées », confie-t-il.

Des scientifiques du Massachusetts General Hospital affirment que les enfants ingèrent jusqu’à 0,25 grammes de poussière par jour, soit plus du double que les adultes.

Ils se demandaient également si la population réalisait bien les dangers du tabagisme ultra-passif.

Ils ont donc demandé à 1 478 personnes, dont 273 fumeurs, si les résidus de fumée étaient néfastes pour les enfants, selon eux.

Moins de la moitié (43 %) des fumeurs ont répondu que « oui », contre 65 % des non-fumeurs.

Les preuves sont limitées, et le NHS a confié qu'il est « possible, mais pas encore prouvé » que les résidus de cigarette aient des conséquences néfastes sur la santé.

Alexandra Thompson