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Réintégration des soignants non-vaccinés : combien de concernés, une question épineuse

Depuis le 15 septembre 2021, des milliers de soignants n’ont plus le droit d’exercer. Mais difficile de savoir combien reprendront leur poste maintenant que l’obligation vaccinale est levée.

SANTÉ - Cela fait 20 mois qu’ils ne peuvent plus exercer leur métier. À partir de ce lundi 15 mai, dans la foulée de la publication du décret qui publié ce dimanche qui lève l’obligation de vaccination contre le Covid-19, les soignants qui avaient été suspendus pour n’avoir pu présenter de schéma vaccinal complet seront considérés comme « réintégrés ».

Cela signifie qu’ils devront être réaffectés dans un emploi « équivalent » à celui qu’ils occupaient avant leur suspension. Mais combien de personnels sont réellement concernés par cette réintégration, qui a pris un tour politique ces dernières semaines ?

Au départ, lorsqu’elle a été votée en août 2021, l’obligation vaccinale concernait 2,7 millions de personnes, parmi lesquelles des pompiers, des auxiliaires de recherche à l’hôpital ou des aides à domicile par exemple. Mais surtout de très nombreux soignants. À compter du 15 septembre de cette même année, lorsque le texte est entré en vigueur, tous ceux qui ne pouvaient justifier de l’injection d’une dose étaient mécaniquement suspendus. Environ 15 000 personnes, en comptant le privé et le public, avait estimé à l’époque le ministère de la Santé.

Au fur et à mesure de l’évolution de l’épidémie, à mesure que le schéma vaccinal complet se densifiait, il a fallu attester d’une deuxième, puis d’une troisième dose. Une contamination au Covid équivalant à une dose de vaccin, certains soignants non-vaccinés ont pu paraître de nouveau pendant quelques semaines après avoir été testés positifs. Et d’autres, en près de deux ans, ont fini par changer d’avis et accepté de se faire vacciner.

« Ils ne vont pas forcément être accueillis avec des roses… »

Ce qui nous ramène donc à l’épineuse question du nombre de soignants actuellement suspendus et à qui la levée de l’obligation vaccinale va bénéficier. « C’est assez compliqué et difficile à dire puisque les chiffres varient fortement », déclarait le 6 mai dernier sur franceinfo Agnès Firmin-Le Bodo, la ministre déléguée en charge des professions de santé. Et d’ajouter : « Je me garderai bien de donner des chiffres. On verra au moment où ça se produit. »

Et pour cause : fin mars, le ministère estimait à environ « 0,3 % » la proportion d’agents hospitaliers suspendus (ce qui représenterait environ 4 000 personnes sur un total de 1,2 million de personnes), pendant que l’assurance l’Assurance maladie parlait de moins de 2000 concernés uniquement parmi les libéraux. De son côté, le ministre de la Santé François Braun a parlé sur France Bleu de « 0,2 % » du personnel hospitalier, et chiffré en guise d’exemple à environ 600 le nombre d’infirmiers suspendus.

Mais entre ceux qui ont changé de métier et ceux qui ne comptent de toute façon pas revenir après avoir passé de longs moins à l’écart du système de soin, le nombre de personnes à réintégrer est peut-être encore plus mince. D’autant que le personnel qui refuserait sa nouvelle affectation pourrait être radié au motif d’un abandon de poste, faisant diminuer encore le nombre de soignants de retour.

C’est la raison pour laquelle, la ministre Firmin-Le Bodo préférait saluer l’immense majorité du personnel des hôpitaux et autres structures de soin. « N’oublions pas que ce sont plus de 99 % de soignants qui se sont vaccinés, et c’est à eux qu’il faut rendre hommage. » Une sortie évoquant celle, quelques jours plus tôt, de son ministre de tutelle François Braun, qui déclarait à propos des soignants bientôt réintégrés : « Ils ne vont pas forcément être accueillis avec des roses… » Une manière de montrer leur faible nombre par rapport à l’écrasante majorité des vaccinés.

Un phénomène marginal et un combat qui continue

Et pour ce qui est de l’ampleur des retours à prévoir ce 15 mai, reste les témoignages, qui illustrebt le caractère marginal des réintégrations à venir. Sur franceinfo, l’infectiologue Benjamin Davido, très présent médiatiquement tout au long de la crise du Covid pour marteler l’importance de la vaccination, a par exemple déclaré qu’à sa connaissance, aucun soignant ne souhaite « revenir travailler » dans son hôpital de Garches, près de Paris. Et cela en partant déjà d’un nombre très réduit de soignants suspendus, « les rares qui ont déserté l’établissement ».

Un son de cloche que l’on retrouve un peu partout en France, notamment dans les décomptes tenus la presse locale. Ils ne sont par exemple que sept soignants encore suspendus au CHU de Brest, rapporte Le Télégramme, une douzaine au CHRU de Tours en comptant les agents administratifs d’après La Nouvelle république, et ils seraient environ une cinquantaine dans les hôpitaux publics d’Alsace (sur près de 20 000 personnes), relate France Bleu. Des chiffres qui augmentent légèrement Outre-mer, où l’opposition au vaccin a été plus forte que dans l’Hexagone, à l’image de la Guyane, raconte La 1ère.

Mais, et c’est bien là que se pose la difficulté du chiffrage, pas sûr que tous ces derniers récalcitrants reprennent leur poste ce 15 mai. Privés de paie et donc d’années de cotisation pour la retraite durant leur suspension, et désormais menacés d’abandon de poste s’ils n’acceptent pas leur nouveau poste, certains suspendus prévoient en effet de poursuivre juridiquement leur combat. D’autres, en revanche, n’attendent que de retrouver leur travail. Reste à savoir combien.

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