Réouverture des écoles : encore beaucoup d’inconnues

Les enfants sont-ils à risque de Covid-19 ? Sont-ils un vecteur important du virus ? A ces questions, Santé publique France donne des éléments de réponse incomplète. Certes les « cas pédiatriques de Covid-19 représentent une faible partie (1 à 5%) de l’ensemble des cas rapportés dans le monde », car les enfants présentent souvent des formes asymptomatiques ou peu symptomatiques. Mais « ils semblent autant sujets à l’infection par le SARS-CoV-2 que les adultes », rappelle Santé publique France. Laquelle ne fait pas mention des myocardites pédiatriques rapportées ces dernières semaines par les cardiologues de plusieurs pays.

Concernant leur rôle dans la propagation du virus, la question reste sans réponse. « L’importance des enfants dans la transmission du virus reste mal connue », révèle Santé publique France. « L’appréciation du rôle des enfants lors du « déconfinement » est à ce stade des connaissances très incertaine. » Pas étonnant dans ces conditions que « la réouverture des écoles suscite de nombreuses interrogations de la part des parents et des enseignants ».

Alors, dans ces conditions faut-il vraiment ouvrir les écoles ? « Au sein des mesures de distanciation sociale, les études de modélisation indiquent que l’effet de la fermeture des écoles sur l’atténuation du pic épidémique est limité mais que le maintien à un niveau contrôlé de la transmission passe par le maintien prolongé de cette fermeture », note l’agence. « Il n’existe pas d’études disponibles évaluant l’effet spécifique de la réouverture des écoles. » Bref, on ne sait pas.

Des mesures barrière applicables et suffisantes ?

Malgré ces incertitudes, la date a été fixée et les établissements scolaires, ainsi que les crèches devront rouvrir. Sur recommandations du Conseil scientifique notamment, des mesures d’hygiène doivent être mises en place. « L’éviction des enfants symptomatiques ou contacts, l’adaptation des mesures « barrières » et de distanciation sociale à l’âge des enfants accueillis, la mise en place de mesures environnementales spécifiques » sont les trois axes majeurs rappelés par Santé publique France. Mais, même adaptées, les plus petits seront-ils capables de respecter ces mesures ? Les enseignants pourront-ils les faire appliquer dans de bonnes conditions ? « L’apprentissage des gestes « barrières » par les enfants apparaît être une stratégie positive pour impliquer les enfants en tant que promoteurs/défenseurs de la prévention », assure l’agence.

Des arguments sociaux

Face aux questionnement sanitaires, Santé publique France rappelle les arguments sociaux avancés par le gouvernement pour justifier l’ouverture des écoles à un mois et demi des vacances scolaires. « La fermeture des écoles et le confinement, mesures nécessaires à la gestion de l’épidémie, par l’impact qu’ils entraînent sur les déterminants psycho-sociaux, sociaux et environnementaux de la santé, peuvent avoir des conséquences sur la santé physique, mentale et le bien-être des enfants aujourd’hui et à long terme », indique-t-elle. En somme, les inégalités sociales – décrochage scolaire en raison d’un manque de matériel et de connexion internet, malnutrition liée à des difficultés économiques, violences familiales… – se creusent avec le confinement. Mais la réouverture partielle, dans un contexte de pandémie et d’incertitudes, permettra-t-elle de les combattre ?

« Pour la population générale, les plus grandes menaces que fait peser l’épidémie sur la santé présente et future des enfants sont en dehors du risque infectieux », estime Santé publique France, malgré les inconnues indiquées précédemment. Le confinement exacerbe notamment l’insécurité alimentaire. « Selon Eurostat, 6,6 % des ménages avec enfants dans l’Union européenne ne peuvent pas se permettre un repas avec de la viande, du poisson ou un équivalent végétarien tous les deux jours. » Or « le déjeuner fourni par les cantines scolaires est associé à l’amélioration des performances scolaires ». Il est toutefois important de noter que certains établissements demandent aux parents de fournir le repas froid à leurs enfants scolarisés… En Loire-Atlantique par exemple, « de nombreuses communes de taille moyenne demandent aux parents de gérer les repas », indique Ouest France dans son édition de ce jour.

La santé mentale au doigt mouillé

La santé mentale des enfants est également évoquée dans la synthèse de l’agence. « Le stress toxique peut produire des perturbations physiologiques », rappelle-t-elle, en référence au stress induit par un confinement prolongé. Qu’en est-il du stress induit par le déconfinement lui-même, par l’ouverture des écoles ? La note n’en fait pas mention. Elle souligne toutefois l’importance de déployer « des mesures spécifiques pour prévenir la stigmatisation et soutenir la santé mentale ». Dans le détail ? « L’apport d’un soutien en santé mentale est indispensable et les parents doivent être incités à encourager leurs enfants à exprimer leurs inquiétudes et à parler autour du coronavirus ». Aucune précision n’est donnée concernant un soutien apporté par des professionnels de la santé mentale dans un contexte de très forte tension.