Ce que révèle l'insondable pauvreté du lexique de Donald Trump

Mathieu Dejean
·2 min de lecture
© Chip Somodevilla/Getty Images/AFP
© Chip Somodevilla/Getty Images/AFP

S'il y a bien une chose qui caractérise Donald Trump, c'est sa passion de l'expressivité. Sur Twitter, il s'enivre compulsivement de l'affirmation de ses propres jugements ; à l'oral, il congédie, caricature, brocarde avec des formules définitives et un art consommé de l'invective. Si l'on glosait au début de son mandat sur la pauvreté de son vocabulaire, force est de constater qu'il a fait de ses mots des armes taillées pour faire mal.

La sémiologue Cécile Alduy, professeure de littérature à l'université de Stanford (Californie) et autrice de Ce qu’ils disent vraiment. Les politiques pris aux mots (Seuil, 2017), décrypte la vision du monde du président américain à travers dix de ses mots ou procédés rhétoriques.

Nasty

Trump véhicule une vision manichéenne du monde, où tout est noir et blanc, et même hyper-noir et hyper-blanc. Il divise tout en catégories binaires hyperboliques et essentialisées. Il y a ses adorateurs inconditionnels (“fantastic”) et les autres (“horrible”, “loser”), les bons et les méchants (“bad”).

Toute personne qui le critique subit ses foudres, notamment sur Twitter, même si ce sont d’anciens supporteurs ou collaborateurs, comme Omarosa Manigault Newman (ancienne participante de The Apprentice, directrice de la communication de la Maison Blanche jusqu'en janvier 2018 – ndlr). “Nasty” est l’un des adjectifs courts, simples, efficaces qui discréditent les critiques d’une flèche.

Trump l’utilise surtout contre les femmes (Nancy Pelosi, Kamala Harris, Meghan Markle, la journaliste April Ryan, la maire de San Juan à Puerto Rico), ce qui trahit sa misogynie : les femmes politiques sont systématiquement ramenées à des traits de caractère émotionnels infantilisant (“nasty” s’utilise notamment pour les enfants – “nasty little girl”).

Cela joue sur le cliché de la femme vengeresse et irrationnelle. Trump ne répond jamais aux critiques sur le fond, ni par une correction factuelle, puisque son administration a inventé les “faits alternatifs”, ni par un mea culpa, qui serait un aveu de faiblesse dans son système de pensée, où il est impératif de projeter constamment une image de surperformance, de masculinité, de force.

Loser

La cosmologie trumpienne est calquée sur un reality show : le monde est divisé en “winners” et “losers”. Cela peut sembler primaire ou peu sérieux, mais cette partition de la société est fondamentalement ancrée dans l’imaginaire américain, fondé sur le darwinisme social, et se retrouve dans l’idéologie managériale du capitalisme à tous crins. Trump est devenu une célébrité avec le show The Apprentice, où il “virait” ou gardait les candidats et dégommait vertement les “losers”.

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