Rencontre avec Mélanie Thierry, la conquérante sensible de la fiction française

Olivier Joyard
·2 min de lecture
© Sabine Villiard
© Sabine Villiard

La série est une école de la patience. Au vingt-et-unième épisode d’En thérapie, une sensation animale s’est emparée de nous. Une évidence indiscutable. Non qu’elle ait été totalement absente avant ce moment, ni dans les vingt années de présence de Mélanie Thierry dans le cinéma et les séries françaises, mais quand même : un verrou a sauté d’un coup. La puissance de l’actrice, la beauté profonde de son jeu, tout cela s’est imposé sans discussion.

Dans cette série adaptée du concept génial de Hagai Levi, BeTipul (dont on connaissait mieux la version américaine In Treatment), Mélanie Thierry joue une chirurgienne. Elle ouvre le bal face à son thérapeute Philippe Dayan (Frédéric Pierrot) en lui racontant au premier épisode le week-end fou et noir qu’elle vient de traverser au bloc. Nous sommes le lundi 16 novembre 2015 dans un Paris sonné. La douleur et le choc post-attentats viennent de commencer. Ariane termine la séance en ramenant au premier plan son désir qui déborde : elle est amoureuse de son psy, elle a envie de lui et l’exprime frontalement.

A ce moment-là, Mélanie Thierry a déjà installé le mélange de férocité et de candeur qui caractérise son personnage. Mais l’intensité ira en décuplant au fil de la saison – le principe de la série étant de consacrer un épisode à un·e patient·e, du lundi au vendredi, Ariane revient tous les cinq épisodes – pour devenir renversante dans le vingt-et-unième, donc. On n’en dira rien de trop précis, spoiler oblige, sinon qu’un traumatisme est révélé et qu’il surgit sans prévenir, comme s’il s’échappait tel un alien du corps et du visage de l’actrice, qui à la fois se tendent et se déplient face à nous.

“Il y avait un saut dans le vide à effectuer avec En thérapie” Mélanie Thierry

Réalisateur de l’épisode et directeur artistique de la série, Mathieu Vadepied a été impressionné. “Mélanie propose un personnage très fort, très entier, qui passe la ligne du rapport patient/psy. Elle mélange une douceur et une forme de provocation, voire de violence. Il y a une tension amoureuse dont elle charge ses paroles, ses regards, et en même temps une grande détresse. La juxtaposition de ces deux énergies crée un rapport électrique avec Frédéric Pierrot. Tout le monde a été assez fasciné et ému pendant le tournage.

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