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« Rencontres Ados » : contre les pédocriminels infiltrés, quels sont les moyens de lutte qui existent ?

Face aux inquiétudes de parents qui dénoncent l’infiltration de pédocriminels sur les sites de rencontre pour ados – mais aussi TikTok et Snapchat, notamment –, la ministre Charlotte Caubel a rappelé les législations en cours.

« Il y a plein de lieux de rencontres pour les ados et les enfants entre eux et pour d’éventuels adultes qui se font passer pour des ados : les messageries Tik Tok, Snapchat, Instagram », constate la ministre.
« Il y a plein de lieux de rencontres pour les ados et les enfants entre eux et pour d’éventuels adultes qui se font passer pour des ados : les messageries Tik Tok, Snapchat, Instagram », constate la ministre.

JEUNES - « L’objectif n’est pas d’interdire certains sites [de rencontre en ligne], parce qu’on sait très bien que ça conduira les enfants et les ados et les adultes à aller sur d’autres. L’objectif, c’est de réglementer. » Interrogée ce mardi 22 août sur franceinfo, la secrétaire d’État chargée de l’Enfance Charlotte Caubel a réagi après que des parents se sont inquiétés sur les réseaux sociaux que certains sites de rencontre pour ados soient des repères de pédocriminels.

Le plus connu d’entre eux, « Rencontre Ados », qui apparaît en premier dans les résultats de recherche, est particulièrement dénoncé par les parents. Créé en 2006, il est censé être réservée aux 13-25 ans. Mais les propositions sexuelles, tarifées ou non, et les propositions d’envoi de « nudes » à des adolescentes émanant d’adultes semblent y être monnaie courante.

« J’ai 26 ans, ça ne te dérange pas ? », « Ça te dit un snap coquin ? » : voici les messages reçus en seulement quelques minutes par franceinfo, qui s’est inscrit en créant le faux profil d’une jeune fille de 13 ans.

Ce phénomène n’est pas nouveau. En 2019, une journaliste de Libération s’était inscrite sur le réseau. En 2021, c’était une journaliste du Figaro. Le constat n’a pas changé : aucune vérification de l’âge ni de l’identité n’est requise. Si « Rencontre ados » note que « les mineurs de plus de 13 ans doivent demander l’autorisation à leurs parents », rien n’est fait pour contrôler cet accord.

Thomas Mester, développeur web belge et fondateur du site, qu’il a lancé lorsqu’il avait 16 ans, expliquait il y a quelques mois auprès du Figaro que le manque de contrôles était dû au manque de modération, faute de moyens. En 2021, il gagnait 2 000 euros de recettes publicitaires par mois, un montant insuffisant pour engager des modérateurs à plein temps.

Autorisation pour les moins de 15 ans

Mais que dit la loi concernant la régulation de ces sites ? « Depuis l’été [2023], nous avons une loi qui impose aux sites d’obtenir l’autorisation des parents pour que les moins de 15 ans puissent s’inscrire sur ces sites. Nous sommes engagés pour que le décret d’application de cette loi sorte très vite. C’est un formidable levier, car cela impose le contrôle de l’âge de l’ensemble des clients », affirme Charlotte Caubel sur franceinfo.

Mais comme le souligne la secrétaire d’État, outre les sites spécialisés, « il y a plein de lieux de rencontres pour les ados et les enfants entre eux et pour d’éventuels adultes qui se font passer pour des ados : les messageries Tik Tok, Snapchat, Instagram. » Toutes ces plateformes devront donc mettre en place un système certifié pour vérifier l’âge des inscrits et obtenir le consentement d’au moins un titulaire de l’autorité parentale pour les mineurs de moins de 15 ans – sachant que les réseaux sociaux sont en théorie interdits aux moins de 13 ans.

En cas de non-respect de cette obligation, les plateformes s’exposeront à une amende pouvant aller jusqu’à 1 % de leur chiffre d’affaires mondial. Mais sa mise en pratique interroge. Pour vérifier cet âge, chaque plateforme devra mettre en place une solution technique, non précisée. C’est toute la difficulté.

Majorité numérique

Le concept de « majorité numérique » existait déjà. En effet, 15 ans correspond au seuil fixé en 2018 par la loi « informatique et libertés » et à l’âge à partir duquel une personne est propriétaire de ses données personnelles et de son image et peut accepter, sans accord parental préalable, que les sites et plateformes y aient accès.

La même question du contrôle de l’âge des utilisateurs se pose d’ailleurs pour savoir comment empêcher l’accès aux mineurs aux sites pornographiques. La difficulté est de faire en sorte que les plateformes vérifient l’âge de tous les utilisateurs sans porter atteinte aux données personnelles.

« C’est un problème auquel la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) réfléchit depuis de nombreuses années car demander directement aux plateformes de vérifier l’âge des utilisateurs, et donc d’avoir accès à des données personnelles sensibles, n’est pas souhaitable. La seule solution préconisée par la Cnil est de passer par une instance tiers de confiance », expliquait Sophie Jehel, maîtresse de conférences en Sciences de l’information et de la communication à Paris 8 auprès d’Europe 1.

Reste que « Rencontre ados » est hébergé en Belgique, ce qui rend compliqué une enquête, une convocation, voire une condamnation.

Alerter en cas d’agression

Outre les mesures préventives, Charlotte Caubel a par ailleurs rappelé l’existence de plusieurs outils en cas de message pédocriminel. « Le 30 18 est aujourd’hui un numéro qu’il faut connaître. On peut faire part de ce type d’agressions. Le 30 18 peut exiger de la plateforme qu’elle retire les contenus », souligne la secrétaire d’État en référence au numéro national de lutte contre le cyberharcèlement géré par l’association e-Enfance.

Et de rappeler aussi l’existence de la plateforme Pharos de la police nationale chargée d’enquêter sur les signalements des utilisateurs qui constatent des infractions en ligne.

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