Rokhaya Diallo : “La solidarité doit s’exprimer à travers les choix politiques que l’on fait”

Mathieu Dejean
(© Mario Epanya)

#OnResteOuvert : Fermons nos portes, pas nos esprits !

Retrouvez les épisodes précédents de notre série : 

>> Episode 1 : Philippe Quesne : “Il va falloir entrer en résistance”

>> Episode 2 : Marie Darrieussecq : “Changer l’image que nous nous faisions du futur, voilà l’espoir”

>> Episode 3 : Jean-Michel Jarre : “Il faut être optimiste par subversion”

La journaliste et militante antiraciste et féministe Rokhaya Diallo, réalisatrice de plusieurs documentaires et autrice de nombreux essais dont La France, tu l'aimes ou tu la fermes ? (Textuel, 2019), estime que la crise sanitaire a accentué des inégalités sociales préexistantes. Alors qu'une solidarité déclarative s'exprime de manière unanime avec toutes les personnes qui sont au front, elle souhaite que celle-ci se traduise dans nos choix politiques, car pour l'instant, “les choix politiques que nous avons faits, de manière consciente, sont hostiles aux plus faibles”.

Comment abordez-vous la période du déconfinement ? Quels sentiments vous touchent en ce moment ?

Rokhaya Diallo - Je suis assez curieuse de voir comment les gens vont reprendre leurs marques, même si ce sera progressif. Je me pose beaucoup de questions. Les interactions humaines, les rapports sociaux et affectifs vont-ils changer ? Ce n’est pas une appréhension négative que j’ai, mais plutôt de la curiosité.

Après deux mois de confinement, pensez-vous que la société est transformée, que nos relations sociales sont marquées ?

Il y a des choses qu’on fera peut-être moins. On est dans un pays où les gens sont assez tactiles : on se fait la bise, on se touche… Or ce sont des comportements identifiés comme étant “à risque”. Je me demande dans quelle mesure cela va freiner nos élans, et nous affecter. On ne va pas tout de suite se tomber dans les bras les uns des autres, et je pense que ça va forcément marquer une distance.

Le déconfinement ne sera donc pas la délivrance, l’exutoire qu’on aurait pu imaginer ?

Beaucoup de personnes, les jeunes notamment, auront envie d’arpenter les rues, de faire ce qu’ils ne pouvaient plus faire. Mais le sentiment de délivrance sera surtout lié aux conditions dans lesquelles on a expérimenté le confinement, et à l’espace dont on a disposé ou pas. Difficile de savoir ce à quoi ça va ressembler, mais en tout cas les choses se feront plus progressivement que ce qu’on pensait.

Craignez-vous que les grands espoirs de transformation sociale et écologique, soulevés au début de cette crise dans certains milieux militants, soient dilués par la crise économique qui s’ouvre ?

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