Rugby : le Stade français Paris dans la tourmente financière due au Covid

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Pour faire face à une saison très difficile sur le plan budgétaire en raison de la crise sanitaire, le club parisien a la chance de pouvoir compter sur le soutien indéfectible de son propriétaire. Mais il redoute les prochains mois si les mesures d'aide gouvernementale annoncées ne sont pas rapidement versées.

Les cinq lettres PARIS n'ont jamais eu une telle exposition dans le stade Jean Bouin, situé dans l'ouest de la capitale. Peintes sur des sièges, elles sont habituellement cachées par les spectateurs présents en tribune. Mais face à l'Union Bègles Bordeaux (UBB), le Stade français Paris (SFP) a une nouvelle fois joué à huis clos, samedi 21 novembre, en remportant à la clé une précieuse victoire (28-16) qui lui permet d'intégrer la première partie du classement du Top14 après les neuf premières journées.

Cette rencontre devait initialement se disputer le 4 septembre, jour de la reprise du championnat de rugby après une interruption de six mois due à l'épidémie de Covid-19. Mais comme toutes les autres équipes du championnat, le SFP connaît une saison 2020/2021 rythmée par les reports de matchs, au gré des cas de contamination constatés dans les différents effectifs. Et il a encore un match à rattraper contre le Montpellier Héraut Rugby.

Ce calendrier très changeant complique logiquement la gestion sportive et la préparation des joueurs contraints de redoubler de vigilance pour pouvoir continuer à jouer. C'est cependant sur le plan financier que les conséquences de la crise sanitaire se font le plus ressentir. Sur les cinq matchs disputés à domicile cette saison, le Stade français n'a pu accueillir que deux fois du public, avec une jauge de 1 000 personnes par rencontre. La saison dernière, il en avait accueilli en moyenne près de 11 000 par rencontre dans son stade d'une capacité de 15 500 places.

"Sur les matchs, on subit une perte de l'ordre de 2,5 millions d'euros depuis le début de la saison", avance Thomas Lombard, directeur général du Stade français, en incluant à la fois la billetterie et les prestations de réception dans le cadre de contrats de sponsoring. Et le club déplore également la disparition des revenus liés à la location de certains espaces de son stade qui accueillent régulièrement des conférences ou des séminaires.

Un plan d'austérité pour résister

Le SFP, qui possède l'un des plus gros budgets du Top 14 – 36 millions selon Thomas Lombard – , dispose pour la quatrième saison consécutive du généreux soutien de Hans Peter-Wild, un milliardaire qui l'a acquis en mai 2017. "On a la chance d'avoir un propriétaire qui, pour le moment, peut compenser les pertes. Mais c'est un modèle qui n'a aucun sens et qui ne peut pas durer", explique Thomas Lombard à France 24.

Pour lui, "la situation n'a de normale que le fait que l'on s'entraîne et que l'on joue les matchs". Car le SFP ne peut pas compter sur ses rentrées financières habituelles et il se retrouve contraint de jouer la carte de l'austérité. Des économies ont été réalisées pour réduire les dépenses au maximum et les salariés, à commencer par les joueurs, ont accepté des réductions de salaire de l'ordre de 20 %. Des mesures qui ont débouché sur un budget parisien en baisse de 4 millions pour la saison en cours par rapport à la précédente.

Les 30 clubs professionnels (Top 14 et Pro D2) ont agi chacun de la même manière pour réduire la voilure. Selon Emmanuel Eschalier, directeur général de la Ligue nationale de rugby (LNR), ils ont ainsi réussi "à passer le cap du premier confinement sans trop de dégâts. Mais la la saison 2020/2021 est autrement plus complexe à gérer. La présence du public est au cœur du modèle économique des clubs et les jauges réduites, puis le huis clos, ont fait voler en éclats la situation". Et certains sont menacés de faillite s'ils ne reçoivent pas rapidement des aides financières. "La situation est très grave et elle peut devenir dramatique", assure Emmanuel Eschalier à France 24.

Tous les regards sont donc tournés vers l'exécutif qui a annoncé, mardi 17 novembre, le déblocage d'une enveloppe de 400 millions d'euros au bénéfice du secteur du sport, dont un quart viendra compenser les pertes en billetterie pour les clubs masculins et féminins ainsi que les organisateurs de manifestations sportives dont les fédérations. Le rugby attend de savoir quels montants exacts seront redistribués aux clubs, en espérant que des acomptes puissent être versés d'ici à la fin novembre. Et il bénéficiera également d'une autre mesure très importante, l'exonération des charges salariales sur le dernier trimestre 2020.

À plus long terme, les clubs professionnels espèrent bien sûr que l'évolution de la situation sanitaire permette bientôt aux supporters de revenir dans les stades, selon un système de jauge proportionnelle à la capacité d'accueil de leurs enceintes sportives. D'ici là, ils vont continuer de redoubler d'efforts pour garder la tête hors de l'eau. Et les résultats sportifs peuvent grandement les aider dans ce combat. "Nous n'avons pas beaucoup de choses auxquelles nous raccrocher en ce moment, sauf les victoires qui font beaucoup de bien à tout le monde", analyse Thomas Lombard. Et celle obtenue contre l'UBB, la troisième de suite, y contribuera grandement.